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L'Usine Santé

Les génériques des biotechs débarquent

Gaëlle Fleitour

Publié le

Enquête Ils sont chers à fabriquer, mais représentent un marché d'avenir. Du coup, pour les produire, big pharmas, génériqueurs et sociétés de biotechnologie multiplient les alliances.

Les génériques ne sont plus réservés aux médicaments chimiques traditionnels. Ils existent également aujourd'hui pour les biomédicaments. On les appelle des biosimilaires. Depuis 2006, les premiers brevets des traitements biologiques, produits à partir de cellules ou d'organismes vivants, ont commencé à tomber dans le domaine public. De quoi attiser la convoitise de tous les industriels de la santé : génériqueurs, sociétés de biotechnologie, laboratoires pharmaceutiques... sans oublier de nouveaux entrants, comme le coréen Samsung. Vendus 30 à 50 % moins cher, les médicaments biosimilaires ont d'ailleurs les faveurs des pouvoirs publics - toujours en quête de réduction des dépenses de santé - et des pays émergents. Or, d'ici à 2016, huit des dix principaux médicaments dans le monde devraient être des biomédicaments !

En conséquence, le marché mondial des biosimilaires, estimé à 300 millions de dollars en 2010, explose. Il devrait atteindre 3 milliards de dollars en 2016 et plus de 20 milliards de dollars à l'horizon 2020. Car d'ici là, les brevets d'une génération de médicaments biologiques, dont les ventes représentent actuellement 90 milliards de dollars, vont expirer. De quoi mettre un terme au quasi-monopole des trois pionniers du générique : le suisse Sandoz, l'israélien Teva et l'américain Hospira (lire l'encadré page suivante), qui se partageaient 90 % des ventes de biosimilaires. Ceux-ci sont très prisés sur le Vieux Continent. L'Europe s'était en effet mondialement illustrée en autorisant, dès 2006, la mise sur le marché des premiers biosimilaires. Mais « les cartes sont rebattues aux États-Unis, avec une nouvelle réglementation », remarque Anne Hays, l'executive vice-president de SGS Life Science Services.

Le marché est prometteur, mais le ticket d'entrée très élevé. « Il faut encore sept à huit années pour développer un biosimilaire », rappelle Frédéric Collet, le président de Sandoz France et le vice-président du syndicat des génériqueurs. Contrairement à un générique classique, qui coûte entre 400 000 et 2 millions de dollars, le développement d'un générique de biomédicament s'élève à 150, voire 200 millions de dollars. La raison ? La bioproduction reste beaucoup plus complexe que la synthèse chimique traditionnelle. Les hormones ou les facteurs de coagulation sont produits à partir de cellules animales ou végétales, de bactéries ou de levures, cultivées en milieu artificiel. Il s'agit d'un processus vulnérable à la contamination virale et très sensible. Ce qui explique pourquoi la reproduction exacte du médicament « vivant » est techniquement impossible.

S'allier pour rester dans la course

Les instances réglementaires ont donc dû trancher. Pour être homologué, un biosimilaire doit présenter les mêmes caractéristiques que son princeps en termes de principe actif, de propriétés physico-chimiques et biologiques, de forme pharmaceutique. Mais aussi démontrer une équivalence en termes d'efficacité et d'innocuité. Alors que le fabricant de génériques traditionnels en est exempté, le fabricant de biosimilaires doit réaliser des essais cliniques de phase I et de phase III, certes plus restreinte en nombre de patients que pour un médicament traditionnel. Autant de contraintes qui font que les petits acteurs n'ont aucune chance de se faire une place sur ce marché. Sans compter qu'il faut investir dans la promotion des biosimilaires auprès des médecins, étape indispensable car la substitution automatique entre les biomédicaments et leurs génériques n'est pas autorisée en Europe, contrairement aux États-Unis. « La compétition sera moins intense avec trois à quatre acteurs sur les anticorps monoclonaux, contre 15 à 20 compétiteurs pour les génériques traditionnels », estime Paulina Niewiadomska, gérante chez Pictet. En outre, « de nouveaux types de collaboration entre de grandes entreprises dotées de capacités financières et des biotechs ou pharmas disposant de l'expertise technique » sont apparus, observeK. Srinivas Sashidhar, analyste de Frost et Sullivan.

Grâce à son savoir-faire dans les génériques de fabrication complexe, le génériqueur Sandoz, filiale de Novartis, a pu réussir seul. Il développe actuellement dix biosimilaires. Mais la tendance est aux alliances, à l'image de celle entre le leader des génériques Teva et le laboratoire suisse Lonza. L'allemand Boehringer Ingelheim, qui s'est diversifié dans les biosimilaires depuis septembre 2011 via sa division biotech, n'exclut pas de s'associer. Un virage que n'a pas pris Genzyme, racheté il y a un an par Sanofi. « Nous préférons nous concentrer sur de nouveaux traitements. Nous viendrons peut-être aux biosimilaires si nous sommes à court d'idées nouvelles », explique David Meeker, le nouveau PDG de cette biotech. Ses concurrentes, elles, ont franchi le pas. En décembre, Amgen (lire page suivante) a annoncé un partenariat avec le génériqueur Watson, chacun apportant 400 millions de dollars pour produire des biosimilaires co-brandés après 2015. « Les trois autres concurrents de Watson étaient déjà dans les biosimilaires, il ne voulait pas être un dinosaure », ironise Scott Foraker, le vice-président et responsable de la division biosimilaires d'Amgen. Deux semaines plus tôt, c'était Biogen, l'autre biotech américaine phare, qui avait annoncé un joint-venture de 300 millions de dollars avec... Samsung. Car si aucun Français n'a investi ce segment, les acteurs des pays émergents, comme les Indiens, semblent plutôt bien engagés. Ils bénéficient de barrières réglementaires locales moins fortes ou d'un soutien national. Samsung tire ainsi profit des ambitions de la Corée du Sud qui entend détenir 22 % du marché des biosimilaires dès 2020 ! Les concurrents occidentaux essaient de minimiser la déferlante de ces nouveaux venus. « L'approbation que Samsung a obtenue pour lancer des essais cliniques sur un biosimilaire de MabThera n'est actuellement valable que pour le marché coréen. Leur développement sur les marchés américain et européen dépendra donc de leurs partenariats dans ces régions du monde », relativise-t-on chez Teva. Quoi qu'il en soit, la course mondiale aux biosimilaires a bel et bien démarré.

LA VALEUR DES BIOSIMILAIRES

20 milliards de dollars, le potentiel du marché mondial en 2020 150 à 200 millions de dollars, le coût de développement d'un biosimilaire

L'EUROPE EN AVANCE SUR LA RÉGLEMENTATION

La Communauté européenne a été la première, en 2006, à réglementer les médicaments biosimilaires, inspirant depuis l'Australie, le Japon ou le Canada. Elle autorise la copie de biomédicament onze ans après la commercialisation de l'original. Aux États-Unis, les brevets des biomédicaments sont protégés, comme les médicaments, durant douze ans. En retard sur l'Europe, la Food and Drug Administration se montre néanmoins plus souple sur les biosimilaires (notamment sur les études cliniques) et favorise l'interchangeabilité entre un biomédicament et son générique. Après les hormones de croissance, les érythropoïetines et les G-CSF, l'insuline, les héparines de bas poids moléculaire et les anticorps monoclonaux pourront être copiés.

LES TROIS PIONNIERS DU GÉNÉRIQUE BIOTECH

SANDOZ LA FILIALE D'UNE BIG PHARMA 48 % de part de marché en 2010 Filiale du laboratoire suisse Novartis, le fabriquant de génériques Sandoz a gagné le statut de leader des biosimilaires en étant le premier sur ce marché. En avril 2006, il obtient l'autorisation des autorités européennes, puis américaines, de commercialiser l'Omnitrope, une copie de l'hormone de croissance, avant de se lancer dans les biosimilaires de l'EPO. Depuis, il multiplie les projets, dont des études cliniques de phase III sur deux traitements d'Amgen contre des troubles sanguins. TEVA LE GÉANT DES GÉNÉRIQUES 22 % de part de marché en 2010 Leader mondial des génériques, l'israélien Teva multiplie les acquisitions à travers le monde pour se renforcer dans les biosimilaires. Dernière acquisition en date, le rachat, en 2010, de Ratiopharm pour 3,6 milliards d'euros. Disposant désormais de deux sites de bioproduction (en Allemagne et en Lituanie), il est numéro un dans les biosimilaires de G-CSF, un facteur de croissance d'un certain type de globules blancs, et développe plusieurs copies d'anticorps monoclonaux. HOSPIRA LE CHALLENGER AMÉRICAIN 20 % de part de marché en 2010 Fabricant américain de produits injectables (ex-division hôpital du laboratoire Abbott), Hospira a lancé en 2008, en Europe, une copie de l'EPO en s'associant au génériqueur allemand Stada. Pour développer son portefeuille de biosimilaires, il multiplie depuis les partenariats, comme avec le coréen Celltrion, dont il distribue huit produits dans le monde, hors Asie. Hospira espère lancer ses propres produits aux États-Unis entre 2013 et 2015.

LE LEADER AMÉRICAIN AMGEN CONTRE-ATTAQUE

Deux de ses molécules ont déjà été copiées. En réaction, la biotech californienne doit, elle aussi, produire des biosimilaires. Un tournant nécessaire face à l'expiration des brevets.

Un campus verdoyant de 40 hectares, parsemé de terrasses, de fontaines et de jardins japonais... Bienvenue à Thousand Oaks, le siège d'Amgen. Les statues de ses fondateurs trônent en bonne place pour accueillir le visiteur. Ici, à quelques kilomètres de Los Angeles, la première biotech indépendante au monde (15 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2010) mène une partie de sa R et D (à laquelle sont consacrés 20 % du chiffre d'affaires) et de la bioproduction. C'est là, dans ce qui n'était alors qu'un hangar, qu'aurait été créée, en 1980, cette biotech qui allait découvrir l'EPO et confirmer l'intérêt des traitements fondés sur les protéines recombinantes. Depuis, Amgen grandit. En janvier 2012, la société a racheté Micromet, une biotech allemande partenaire, spécialisée en oncologie, pour 1,16 milliard de dollars. Elle a parfois délaissé les ressources du vivant pour concevoir à son tour des petites molécules afin d'atteindre plus de cibles thérapeutiques, comme en oncologie. Elle s'est également convertie à la médecine personnalisée, incontournable, en développant biomarqueurs et diagnostics compagnons. Un milliard de dollars investis sur cinq ans Pourtant, Amgen n'a pas pu échapper au mal qui ronge l'industrie pharmaceutique : l'expiration des brevets. Depuis quelques années, deux de ses dix molécules présentes sur le marché ont été copiées en Europe. Et même si, étonnament, la biotech est parvenue à prolonger jusqu'en 2028 les droits de l'Enbrel, son traitement de la polyarthrite rhumatoïde, médicament phare aux États-Unis, elle a décidé de passer à l'offensive. Il y a un an, elle a créé sa propre division de biosimilaires. Une stratégie difficilement compatible avec ses propres gènes, Amgen s'étant toujours positionné comme une entreprise fer de lance de l'innovation. Copier ne lui est pas naturel, mais force est de constater que cela peut être une source potentielle de création de valeur pour les actionnaires et d'ouverture vers de nouveaux patients ainsi que vers les pays émergents, « tant que les biosimilaires sont sans danger, efficaces et respectueux de l'innovation », affirme Scott Foraker, le responsable de cette unité aux fonctionnement et budget dédiés. Pour rattraper son retard sur ses concurrents, Amgen compte investir 1 milliard de dollars sur cinq ans. Son objectif consiste à développer six à huit biosimilaires en oncologie et en inflammation. Afin d'aller plus vite et de renforcer ses capacités de bioproduction, la biotech s'est offert le fabricant brésilien de génériques Bergamo pour 215 millions de dollars et a signé un partenariat avec le génériqueur américain Watson. Pourtant, avec une copie dont le coût de développement est compris entre 150 et 200 millions de dollars par molécule, pas question pour Amgen de s'attaquer à ses propres princeps ou à de simples protéines qui perdront leur brevet avant 2015. « Nous nous focalisons sur la deuxième vague de biosimilaires, des anticorps plus complexes à réaliser, qui perdront leur protection d'ici à 2020 », a confié Scott Foraker à « L'Usine Nouvelle ». À Thousand Oaks, c'est l'effervescence.

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