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Les géants du luxe partent à la chasse aux savoir-faire

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Entretien Dans le Centre-Val de Loire, le conseil régional finance des formations initiales et de reconversion dans la filière cuir pour répondre aux demandes des industriels.

Les géants du luxe partent à la chasse aux savoir-faire
En deux ans, le maroquinier Rioland a quasiment doublé son effectif.

Ce fut l’annonce de l’été en Centre-Val de Loire. Le malletier Vuitton s’implante à Vendôme (Loir-et-Cher), le berceau des gants que le duc de Vendôme a introduits à la cour du roi de France. "Leur cuir était si fin, si souple et si résistant que les tanneries de toute la région ont longtemps prospéré ", rappelle Philippe Rouillac, commissaire-priseur et historien. Malgré les délocalisations en Inde, en Chine et en Roumanie, la filière cuir n’a jamais complètement disparu. Aujourd’hui, le cuir vient d’Espagne et d’Italie, on n’utilise plus les eaux du Loir et de la Brenne pour le tanner, mais des ateliers de transformation ont subsisté.

Depuis quelques jours, les recrutements ont démarré à Vendôme pour la 18e usine Vuitton, avec le soutien de Pôle emploi. "C’est en

cours ", confirme sobrement une porte-parole de Louis Vuitton, qui n’a jamais communiqué sur cette implantation. La branche maroquinerie du leader mondial du luxe a jeté son dévolu sur une ancienne caserne du XVIIIe siècle afin d’y installer un atelier où 180 personnes fabriqueront des sacs et des valises. En ce mois d’octobre, les travaux ont débuté à l’extérieur de ce bâtiment d’architecture classique. Dans le quartier Rochambeau, du nom d’un compagnon d’armes du marquis de La Fayette, on pourra croiser une soixantaine de nouvelles "petites mains "de Louis Vuitton à partir de 2019, avant la mise en service de l’usine dans le courant de l’année 2020. L’investissement du groupe s’élèverait à quelque 20 millions d’euros.

Risque de pénurie de main-d’œuvre

La filière cuir et maroquinerie représente 160 entreprises et 4 530 emplois dans le Centre-Val de Loire. Cela reste modeste, mais la progression des emplois impressionne : + 5,6 % en un an selon le dernier bulletin de l’Urssaf. Une hausse inédite qui fait de cette filière la championne 2018 toutes catégories confondues, avec 240 nouveaux emplois. En comparaison, l’emploi industriel régional stagne. À l’échelle du pays, la filière cuir et maroquinerie présente un honorable + 0,6 %. Bref, c’est l’euphorie, avec les risques de pénurie de main-d’œuvre que cela fait craindre. Parmi les 160 entreprises de la région, on compte quelques leaders mondiaux, à l’instar de Chanel, qui a racheté l’un de ses fournisseurs, Bodin-Joyeux, spécialiste de la peau d’agneau à Levroux (Indre), et de Vuitton, déjà présent avec deux usines de 350 salariés chacune dans l’Indre, à Issoudun et à Condé. Quelques pépites encore familiales ont résisté à la concurrence des pays à bas coût de production, comme les chaussures Arche à Château-Renault (Indre-et-Loire), une belle ETI familiale de 350 salariés, qui a une usine en Chine, "pour le marché asiatique ", précise la dirigeante, Catherine Hélaine. Ou encore la maroquinerie Rioland, qui profite de la relocalisation en Europe et en France et de la croissance des ventes de ses donneurs d’ordres.

Rioland s’installera début 2019 dans une friche commerciale que vient d’acquérir l’agglomération de Châteauroux (Indre). La production de sacs à main devrait démarrer dès le début 2019 avec une vingtaine de salariés. Ce fournisseur de toutes les grandes marques, notamment Hermès et ­Chanel, a recruté 200 personnes en deux ans et en prévoit d’en ­embaucher encore une cinquantaine l’an prochain. Son ­effectif devrait bientôt atteindre 500 salariés.

La confidentialité des marques freine l’attractivité

Pour répondre à la croissance de l’activité, le PDG de l’entreprise, Jean-François Rioland, a mis en place des formations d’opérateurs piqueurs, accueillies en interne et financées par la région Centre-Val de Loire. "C’est un métier que je découvre. Il est gratifiant de réaliser des articles luxueux ", raconte Sabine, 32 ans, penchée sur sa machine à coudre au sein d’un atelier dédié, dans l’usine de Valençay (Indre). Après un début de vie professionnelle dans l’agroalimentaire puis un congé parental, la jeune femme a entamé un mois de formation avec Pôle emploi suivi d’un contrat de professionnalisation au sein de l’entreprise, comme sept autres stagiaires. "Au-delà des compétences techniques que nous leur enseignons, nos futures salariées ont besoin d’entrer en contact avec le cuir. C’est un savoir-faire qui doit être transmis ", résume Aurélie Pollet, la responsable des ressources humaines de Rioland.

Implanté à Vicq-sur-Nahon (Indre), ce sous-traitant étend ses unités de Valençay et de Luçay-le-Mâle (Indre), où il recrutera une vingtaine de personnes, et prévoit d’en ouvrir une nouvelle à Châteauroux (Indre), où travailleront plusieurs dizaines de salariés. Son chiffre d’affaires a bondi de 25 % entre 2016 et 2017, à 25 millions d’euros.

La filière s’appuie aussi sur le lycée professionnel Balzac-d’Alembert d’Issoudun, spécialisé dans les métiers du cuir, qui reste le centre de formation le plus important de la région. Reste un handicap, la communication, selon Isabelle Gaudron, la vice-présidente de la Région chargée de la formation. "Nous sommes confrontés à une difficulté majeure : ces entreprises nous demandent d’attirer des jeunes et des adultes et de les former, mais nous ne pouvons pas communiquer sur les produits finis ni sur les marques pour des raisons de confidentialité. C’est un frein qui nous empêche d’attirer un public plus vaste. "

+ 5,6 %: c’est la progression en un an de l’emploi dans la filière cuir et maroquinerie du centre-val de Loire.

 

3 QUESTIONS A:

"Un fonds nous permet de répondre aux besoins ponctuels"
Isabelle Gaudron,vice-présidente formation professionnelle et orientation de la région Centre-Val de Loire

Le secteur est en attente d’opérateurs qualifiés. L’offre de formations est-elle suffisante ?

Le territoire dispose de 24 formations permanentes aux différents métiers du cuir et de la maroquinerie. Parmi elles, nous finançons un centre de réadaptation professionnelle, en Indre-et-Loire, qui remet dans l’emploi des personnes qui sont handicapées ou ont connu un accident de la vie, et cela fonctionne.

Disposez-vous d’une solution rapide et immédiate ?

Nous n’ouvrirons pas une formation initiale pour deux ou trois ans de période de recrutement. Toutefois, la région Centre-Val de Loire a été pionnière en instaurant un fonds "réactif ", que nous avons porté à 10 millions d’euros cette année. Cela nous permet d’adapter la réponse de formation aux besoins ponctuels des entreprises, au plus près de leur implantation. Nous sommes capables de monter très vite des formations qualifiantes avec Pôle emploi.

Pour quels résultats ?

Quand on intègre les entreprises dès le début du projet, la correspondance entre les stagiaires sélectionnés et les emplois à pourvoir atteint presque 100 %. C’est le cas pour l’industrie ferroviaire à Tours, pour la mécanique avec Faurecia à Nogent-sur-Vernisson (Loiret). Si Vuitton, à Vendôme, nous le demande, nous pouvons former et recruter des gens qui vivent sur place. Ni les entreprises ni les collectivités ne veulent dépenser des sommes conséquentes pour attirer des compétences éloignées.

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