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L'Usine Santé

Les Français, toujours accrocs aux médicaments

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

La Ministre de la Santé l’a encore affirmé le 1er octobre dernier : la France serait une grosse consommatrice de médicaments… aux prix plus élevés que ses voisins. Les industriels du médicament infirment. Nos réponses chiffrées.

Les Français, toujours accrocs aux médicaments © Melancolie en velours - Flickr - C.C.

Championne ou pas ? Non, il ne s’agit pas des Jeux Olympiques. Mais de la place mondiale de la France dans la consommation des médicaments. Lundi dernier encore, la question est revenue sur le tapis. Pour justifier un milliard d’euros de baisses de prix sur les médicaments et dispositifs médicaux dans le cadre du PLFSS 2013,  la Ministre de la Santé Marisol Touraine a expliqué vouloir "obtenir des économies spécifiques sur le médicament, car la France reste un pays dans lequel on consomme plus en volume par rapport aux pays comparables et à des prix plus élevés".

Faux, s’exclame Christian Lajoux, président du Leem, dans une interview à L’Usine Nouvelle. "L’OCDE le démontre : le prix du médicament et sa consommation ne sont pas plus élevés en France qu’ailleurs. Cela fait plus de dix ans que nous ne sommes plus les champions du monde par classe thérapeutique !" Où se situe la vérité ? L’Usine Nouvelle vous donne les réponses, chiffres à l’appui.

La France est-elle championne mondiale de la consommation de médicaments ?
A voir… Elle l’était encore en 2005, ex aequo avec l’Espagne, suivie par les Etats-Unis et l’Australie selon la dernière étude publiée par l’OCDE en 2008. Depuis, aucune nouvelle étude mondiale n’a été réalisée. Mais l’Hexagone s’est fait doubler par le Royaume-Uni selon un rapport de la CNAMTS publié en mars 2011, qui a comparé l’évolution, en France et dans sept pays européens, des huit principales classes de médicaments entre 2006 et 2009.

"La France continue d’occuper, ex-æquo avec l’Espagne, le second rang européen en  termes de volumes consommés, sans que cette consommation ne soit nécessairement justifiée par des différences épidémiologiques avérées", regrette la CNAMTS. Qui se félicite néanmoins que nous ayons enregistré "la plus faible évolution des volumes de consommation de  médicaments, avec une croissance annuelle moyenne de +0,5% seulement" sur cette période".

Pour Valérie Paris, économiste de la santé à l’OCDE, "il est difficile de parler de sur ou sous-consommation en France. Le vrai problème réside dans l’utilisation inappropriée de médicaments." Comme le très haut niveau d’utilisation de somnifères et d’anxiolytiques chez les personnes âgées, qui augmente non seulement les hospitalisations, mais aussi le risque de développer une démence de type Alzheimer.

Les Français sont-ils vraiment accrocs aux antibiotiques et antidépresseurs ?
Aux antibiotiques, oui, mais plus aux antidépresseur. Les célèbres campagnes contre la surconsommation d’antibiotiques n’ont manifestement pas suffi. Car la France était toujours, en 2009, deuxième consommatrice mondiale d’antibiotiques avec 29,6 doses journalières pour 1 000 personnes par jour derrière la Grèce (38,6 doses). Alors que la moyenne des pays de l’OCDE était de 21,1 ! Une situation "assez désespérante" pour Valérie Paris.

Malgré une prévalence de la dépression deux fois plus élevée qu’en Allemagne dans les années 2000, la consommation française d’antidépresseurs a moins progressé que ses voisins : nous serions sous la moyenne de l’OCDE, et 10e en Europe. En France, "l’augmentation de la consommation d’antidépresseurs a été associée à une durée allongée des traitements pharmaceutiques, mais l’utilisation inappropriée d’antidépresseurs a aussi été identifiée comme un facteur contributif", écrit l’OCDE. Enfin, nous sommes les septièmes plus grands utilisateurs au monde d’antidiabétiques (6e en Europe), et neuvièmes pour les médicaments contre le cholestérol.

La France dépense-t-elle plus que les autres pays de l’OCDE ?
Plus maintenant. Alors que la France était en 2004 deuxième mondiale, derrière les Etats-Unis, avec 599 dollars de dépenses de médicaments par habitant, elle est passée en 2009 au septième rang (et cinquième en Europe) selon l’OCDE, avec 626 dollars. Soit beaucoup plus que les 487 dollars dépensés en moyenne dans les pays de l’OCDE, mais nettement moins que les 947 dollars injectés par un habitant des Etats-Unis !

L’évolution des dépenses françaises en la matière est même parmi les plus basses de l’OCDE : sa consommation de produits pharmaceutiques a connu une croissance annuelle moyenne de 1,9% sur la période 2000-2009, contre 11,1% pour la Grèce, 3% pour l’Allemagne et 3,5% pour les pays de l’OCDE. Si l’on compare ses dépenses de médicaments en part du PIB, elle figure en 2009 après les Etats-Unis et quatre pays européens, avec 1,9% du PIB contre 2,4% en Grèce par exemple.

La France dépense-t-elle plus que les autres pays européens ?
Oui. L’étude européenne de la CNAMTS est moins positive pour la France. "En termes de dépenses, la France reste en tête sur les 8 classes étudiées malgré une légère baisse sur la période 2006-2009 avec 114 € par habitant. Les pays voisins enregistrent des dépenses nettement moins élevées : 90 € et 94 € respectivement pour l’Italie et l’Espagne, 70 € en Allemagne."

Comment le justifie l’industrie du médicament ? Son syndicat, le Leem écrit : "Certes, le coût collectif du médicament est légèrement supérieur en France en raison non des prix et à peine des volumes, mais d’un effet structure qui lui fait consommer des produits plus récents et plus innovants. Elle a fait le choix d’un large accès des patients à l’innovation, qui se traduit par de meilleurs indicateurs de santé publique et d’une prise en charge par l’Assurance Maladie obligatoire importante. Les prescriptions portent, plus que dans les pays voisins, sur des produits plus récents, souvent plus innovants, encore brevetés et donc plus chers que les traitements de base génériqués."

Une démonstration qui n’est "pas tout à fait vraie, estime Valérie Paris, car de nombreux pays ont accès à l’innovation. Dans tous ces marchés, il y a beaucoup de médicaments qui apportent une innovation incrémentale, qui n’est pas forcément révolutionnaire. En France, on décide de les prescrire et de leur attribuer un prix un peu plus élevé que ceux des traitements déjà sur le marché. Alors qu’en Allemagne, ce type d’innovation n’est pas vraiment reconnu : si la valeur ajoutée thérapeutique n’est pas flagrante, le nouveau médicament pourra se retrouver dans un groupe de référence, et sera remboursé au prix du générique." Un bon moyen pour faire pression sur les prix…

Les prix des médicaments sont-ils donc plus chers en France ?
Il semble que oui. Selon un rapport de la Cour des Comptes publié en 2011, "chaque Français consomme 40 % de doses de médicaments de plus que leurs voisins proches (1 559 unités de prise par habitant contre 764 en Italie) pour un montant moyen supérieur de 90 % (535 € par habitant contre 199 € en Espagne)".

La raison ? "Le modèle français de fixation des prix, fondé sur des négociations avec les laboratoires peu encadrées, est singulier par rapport aux pratiques constatées dans les autres pays européens" et "n’inclut aucune évaluation médico-économique", écrit la Cour. "Nous ne consommons pas beaucoup de génériques, donc il y a peut-être un effet structure, estime Valérie Paris. Nous payons trop cher les médicaments que nous avalons, en particulier lorsqu’ils ont des équivalents génériques." 

Et même sur le prix des génériques, la France n’est pas forcément compétitive. Le Leem affirme : "Le prix industriel des génériques, longtemps plus élevé que dans les autres pays européens pour pouvoir développer le marché des génériques, est depuis l’automne 2011 en ligne avec celui de nos voisins. En revanche, en prix public, les génériques sont encore un peu plus chers que dans les pays de référence (la marge en valeur du générique étant égale à celle du princeps). Cette marge sert à  rémunérer les pharmacies."

Et comme les Français mettent encore peu la main au portemonnaie, ce n’est pas sûr de s’arranger. En 2009, les ménages français payaient seulement 17% des dépenses totales pharmaceutiques, contre 60% pour les Polonais et Estoniens.
 

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