Les Français soutiennent le gouvernement sur Alstom

Selon un sondage Ifop pour l’Usine Nouvelle, 60 % des Français estiment que le gouvernement a raison d’intervenir sur le dossier Alstom.

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Voilà qui devrait conforter Arnaud Montebourg, le ministre de l’Economie et du Redressement productif. Les Français donnent raison à l’activisme du gouvernement qui vient de publier un décret pour élargir les secteurs dans lesquels l’Etat peut bloquer le rachat d’entreprises hexagonales par des investisseurs étrangers.

Selon un sondage exclusif Ifop pour L’Usine Nouvelle, 60 % des Français estiment que le gouvernement fait bien d’intervenir dans la proposition de rachat d’Alstom par General Electric (GE) car l’entreprise est un fleuron industriel. Ils ne sont que 21 % à estimer que l’affaire ne relève pas de l’Etat. "L’idée que le politique n’ait pas son mot à dire est incompréhensible. Il y a une obligation d’agir", analyse Jérôme Fourquet, directeur du département opinion et stratégie d’entreprises de l’Ifop. A cela s’ajoute une deuxième raison : Alstom n’est pas une entreprise comme les autres pour les Français. "L’entreprise symbolise l’excellence française avec le TGV", confirme Jérôme Fourquet.

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L’interventionnisme du gouvernement ne soulève d’ailleurs pas de clivage droite-gauche, même s’il concerne une entreprise privée : les sympathisants de droite sont 56 % à saluer la réaction de l’Etat. Pas forcément très étonnant quand on se rappelle qu’en 2004, Nicolas Sarkozy n’avait pas ménagé ses efforts pour une nationalisation partielle d’Alstom, alors au bord de la faillite.

Qui pour racheter Alstom ? General Electric ou Siemens ? Si le fleuron industriel français doit passer sous pavillon étranger, l’option d’un rachat par un partenaire européen a les préférences de 53 % des Français. "En ce sens, Arnaud Montebourg réagit comme les Français, en préférant la solution de proximité ", analyse Jérôme Fourquet. Les Français restent, toutefois, circonspects sur les deux propositions d’achat exprimés. Un tiers des sondés ne se prononcent pas sur le meilleur partenaire pour Alstom.

Désindustrialisation qui s'accélère

Mais une chose est sûre : pour les Français, la vente d’Alstom est le symbole d’une désindustrialisation qui s’accélère. C’est en tout cas le sentiment qui se dégage du sondage Ifop pour L’Usine Nouvelle. 94 % des sondés estiment que l’industrie a beaucoup décliné ces dernières années. Par rapport à la précédente édition du baromètre de l’industrie, réalisée en octobre 2013, ce résultat marque une dégradation de 6 points de la confiance des Français dans leurs usines. Quatre Français sur dix jugent que leur pays reste une puissance industrielle, soit un recul de 4 points par rapport à octobre.

Autre signe de ce pessimisme : pour la première fois depuis le lancement de notre baromètre en 2010, une majorité de Français (51 %) déconseillerait désormais à ses enfants ou à un proche de travailler dans l’industrie, faute de perspectives d’avenir. Pour Jérôme Fourquet, "il y a un effet cumulatif. Après la fermeture des haut-fourneaux d’Arcelor-Mittal à Florange et les difficultés de PSA, qu’un groupe perçu comme un fleuron industriel national ne soit pas assez puissant pour rester indépendant accentue l’impression de décrochage."


Changer le cours des événements ?

Mais si les Français soutiennent l’interventionnisme du gouvernement dans l’affaire Alstom, ils restent sceptiques sur sa capacité à changer le cours des choses. Un tiers des sondés seulement, estiment encore possible de conserver nos usines parce que les dirigeants politiques ont pris conscience de l’importance du secteur industriel. Sans surprise, les sympathisants socialistes donnent davantage de crédit à la portée des actions d’Arnaud Montebourg et de François Hollande (54 % estiment possible de conserver des usines). Mais pour Jérôme Fourquet, tout l’enjeu pour le gouvernement est là : "En dépit du discours volontariste du gouvernement, il n’y a pour l’instant aucun résultat tangible."


Solène Davesne

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