"Les Français ont encore une relation particulière avec l'Algérie"

Un important forum inter-entreprises franco-algérien se tient à Alger jusqu'à ce soir. Mansouria Mokhefi est responsable du programme Moyen Orient / Maghreb à l'Ifri. Elle revient sur l'évolution des relations entre les deux pays.

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L'Usine Nouvelle - Les dirigeants algériens cherchent à "rétablir la confiance" avec les Français. Pourquoi était-elle rompue ?
Mansouria Mokhefi - Cette déclaration fait référence à la situation des deux dernières années. Les relations franco-algériennes se sont fortement déteriorées. Les lois économiques de 2009 (Ndlr: imposant notamment un maximum de 49% pour les investisseurs étrangers dans les entreprises algériennes) ont jeté un froid. Aujourd'hui, les officiels algériens cherchent à faire revenir les investisseurs français.

L'économie algérienne s'est-elle refermée sur elle-même avec ces réformes ?
Ce n'est pas une fermeture : les investisseurs étrangers non-français se sont très bien adaptés, comme l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne... La présence chinoise s'est également développée, sans que cette loi ne pose problème.

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C'est une volonté politique très importante, une première en Algérie. C'est une mesure qui s'imposait. Mais les Français ont encore une relation particulière avec l'Algérie, 50 ans après l'indépendance. Les entrepreneurs hexagonaux rapatriaient leurs bénéfices et n'investissaient presque pas sur place. Pour expliquer cela, la stabilité du pays était mise en doute, la corruption était dénoncée. Les Algériens, d'un point de vue nationaliste et économique, ne pouvaient plus supporter ça.

M. Raffarin a fait un excellent travail, il a permis à cette confiance de revenir. C'est grâce à lui que ce forum se tient. Son discours : "si nous n'investissons pas en Algérie, d'autres le feront". Il a bien compris que la concurrence n'était pas pas génée par le nouveau contexte économique algérien.

La période de décolonisation pèse t'elle toujours sur les relations franco-algériennes ?
Le problème avec la décolonisation va plus loin qu'un déficit de confiance. Il s'agit plutôt d'une accumulation de non-dits, de questions non-réglées. Le renouvellement des générations n'est pas encore effectué. La guerre n'est pas effacée du vécu politique, sociologique. Les institutions algériennes sont dans les mains d'une génération qui a fait la guerre. La décolonisation est toujorus présente dans l'esprit des Algériens de France. Un travail de mémoire doit être effectué, en Algérie, en France, voire, on peut rêver, ensemble ?

La contestation sociale en Algérie s'est-elle définitivement éteinte ?
On a su l'arréter. En janvier, des manifestations étaient lancées contre l'augmentation des tarifs des produits de base. Les gens sont sortis dans la rue, et les revendications se sont progressivement élargies. Parmi les problèmes de la population, on trouve la redistribution des revenus des hydrocarbures, la déterioration des conditions de vie, le chômage endémique, le manque de débouchés pour la jeunesse...

Le gouvernement a su reculer immédiatement, annuler l'augmentation prévue. Les gens sont rentrés chez eux. La contestation aura tout de même fait huit morts et quelques centaines de blessés. L'Algérie reste traversée par de petites ondes de révolte récurrentes, dont on ne parle pas. Mais une révolution à la tunisienne, je ne pense pas que ça arrivera.

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