"Les Français ont beaucoup investi pour moderniser leurs outils industriels dans le lait", selon Benoit Rouyer

Les fameux quotas laitiers disparaissent ce 1er avril. Nés en 1984, ils régissaient la production laitière européenne pour limiter les phénomènes de surproduction. Benoit Rouyer, chef du service économie au Centre interprofessionnel de l'économie laitière (Cniel), revient sur les perspectives et enjeux du secteur laitier français dans ce nouveau contexte.

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L’Usine Nouvelle - Dans quel contexte économique intervient la suppression des quotas laitiers ?

Benoit Rouyer - Nous sommes dans une situation conjoncturelle un peu moins favorable qu’en 2014 en matière de prix du lait. Le prix moyen du lait à la ferme était de 365 euros les 1000 litres l’an passé, un niveau encore jamais atteint. En 2015, il va baisser. Deux phénomènes expliquent cette tendance : la production laitière a enregistré une croissance exceptionnelle sur l’année 2014 dans la plupart des grands bassins laitiers, générant un excédent d’offre qui a fait diminuer fortement le prix des produits laitiers sur les marchés internationaux ; et cette baisse a été amplifiée par l’embargo russe mis en place à partir du mois d’août. Les perspectives pour la filière laitière française restent néanmoins favorables à plus long terme.

La fin des quotas intervient en effet dans un contexte d’amélioration de la compétitivité des filières française et européenne. L’écart du prix du lait entre la France et la Nouvelle Zélande s’est ainsi considérablement réduit depuis 2010. Les coûts de production en Nouvelle-Zélande ont fortement progressé à cause de l’inflation sur les prix de la terre. Depuis 2000, le prix d’un hectare de prairie a été multiplié par quatre pour atteindre 20 000 euros. En Chine, les prix ont également progressé à cause du développement de grosses exploitations hors sol, qui ne produisent pas le moindre aliment ou fourrage pour les animaux de l’exploitation. Elles achètent l’intégralité des aliments consommés par le bétail, et subissent de plein fouet la tendance haussière du prix des matières premières végétales sur les marchés internationaux au cours des dernières années. Aujourd’hui, le lait français reste 25% moins cher que le lait produit en Chine.

Une des conséquences de la suppression des quotas va être la plus grande volatilité des cours. Sommes-nous bien préparés selon vous à cette nouvelle donne ?

La volatilité des prix est une réalité pour le secteur laitier européen depuis une bonne dizaine d’années. Elle fait suite au virage libéral pris par la politique agricole commune, qui a démantelé progressivement de multiples outils de régulation. La suppression des quotas constitue seulement une étape supplémentaire dans ce processus de libéralisation, qui va effectivement induire davantage de volatilité. L’adaptation du secteur laitier à nouveau contexte constitue un défi important, mais il s’accompagne de réelles opportunités de croissance que nous n’avions pas il y a six ou sept ans, car l’Europe n’était pas compétitive de façon structurelle sur les marchés internationaux, comme c’est le cas aujourd’hui. Les opérateurs français ont beaucoup investi au cours des dernières années pour moderniser leurs outils industriels et saisir les opportunités offertes sur les marchés d’exportation. Entre 2012 à 2014, nous avons dénombré pas moins de 73 projets de construction de sites ou accroissements de capacité, représentant plus d’un milliard d’euros d’investissements, par 48 entreprises. Il y a donc un décalage entre le discours ambiant, souvent pessimiste, et ce qui est fait par les opérateurs. Tout n’est pas rose dans le secteur, mais les entreprises sont en mouvement. Nous estimons aujourd’hui que la production laitière française a le potentiel pour progresser de 2 % par an, soit approximativement le rythme de l’évolution de la demande mondiale.

Les alliances récentes entre industriels dans la filière laitière sont-elles une réponse à cette suppression des quotas ? Vont-elles se poursuivre ?

La filière laitière se caractérise par une grande diversité de structures, avec cinq grands leaders mondiaux : Lactalis, Danone, Sodiaal, Bongrain et Bel, mais aussi un tissu florissant de PME, essentiellement fromagères, tournées vers le marché intérieur, français ou européen. Les opérateurs fortement positionnés sur les marchés internationaux font face à une concurrence plus forte des grands groupes étrangers. D’autre part, les entreprises laitières doivent aussi s’adapter à la concentration de leurs clients, avec un nombre de plus en plus restreint de centrales d’achat sur le marché français. Les alliances entre opérateurs peuvent constituer une réponse, en permettant de générer des économies d’échelle et de mutualiser certains investissements (Ndlr : Sodiaal a successivement intégré la Fromagerie de Blamont, le groupe Entremont et la coopérative 3A, tandis que Bongrain a repris des actifs de la coopérative Terra Lacta...). La construction d’une tour de séchage nécessite plusieurs dizaines de millions d’euros. Ce n’est pas évident de financer un tel investissement pour une entreprise de taille moyenne.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

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