"Les Français ne sont pas des fainéants !"

L’étude sur le temps de travail des Français de Coe Rexecode fait débat. Une semaine avant le sommet sur l’emploi organisé par l’Elysée, un jour après une déclaration du Premier Ministre François Fillon sur le sujet, elle tombe à pic. "Ce qui est un peu louche", répond Gabriel Artero, le président de la fédération métallurgie de la CFE-CGC.

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

L'Usine Nouvelle - Coe-Rexecode avance que les salariés français à plein temps travaillent moins que le reste de l’Europe. Qu’en pensez-vous ?
Gabriel Artero -
Ils disent que l’OCDE s’est plantée sur le sujet et qu’ils ont la bonne analyse. Sans remettre en cause la méthode de Coe-Rexecode, je doute de leur conclusion. Déjà tout ça se fait dans un contexte particulier, une semaine avant le sommet sur l’emploi le 18 janvier et alors que le sujet émerge dans la campagne. Et c’est important de souligner que contrairement à l’organisme indépendant qu’est l’Insee, Coe-Rexecode est un institut privé. Je ne les vois pas vraiment fournir une étude gracieusement. Je me demande qui est le commanditaire de cette étude qui tombe tellement à point dans l’agenda.

Pour vous, l’étude est donc politique ?
On peut légitimement se demander si elle est neutre. Et j’ai de forts doutes sur le but visé. La conclusion des Français travaillant moins que les Allemands est idéologique. Ce genre d’affirmation culpabilise les salariés français qui seraient alors responsables d’une perte de compétitivité. Mais, si nous sommes moins performant aujourd’hui, ce n’est pas parce que les Français sont fainéants. Il y a une idéologie à vouloir démonter le système mis en place par les lois Aubry. L'étude appelle à en finir avec les 35 heures mais elles sont déjà détricotées.

VOS INDICES

source

logo indice & contations

Le contenu des indices est réservé aux abonnés à L’Usine Nouvelle

Je me connecte Je m'abonne

Vous voulez dire que les 35 heures sont déjà dépassées ?
Aujourd’hui, il n’en reste plus grand-chose. D’abord, on peut déroger au temps de travail avec des accords de branches. De plus dans mon secteur, la métallurgie, 90% des entreprises ont moins de 50 salariés. Dans ces établissements, la présence syndicale est inexistante et il y a régulièrement des abus. Les PME ne comptent pas toujours les heures réelles.

A cela s’ajoute, les cadres au forfait qui ne sont pas pris en compte par l’étude. Nous ne possédons pas de statistiques sur le sujet mais nos services juridiques nous rapportent que les forfaits annuels ou en jours sont un phénomène massif. Dans certains grands groupes, comme IBM, ces contrats représentent la grande majorité. Et certaines entreprises ont vu dans les forfaits jours la bonne occasion de ne pas rémunérer les heures supplémentaires. Il y en a une utilisation abusive.

Et les ingénieurs et les cadres sont concernés ?
Surtout eux. Dans les sociétés de plus de 1 000 salariés, la population cadres et ingénieurs au forfait est largement majoritaire. Et cela va plus loin que ça. Chez Renault par exemple, la CFE-CGC est le premier syndicat. je ne dis pas ça pour me vanter mais parce que cela illustre un fait. Avec l’évolution du groupe, délocalisations comprises, il y a plus d’ingénieurs et de cadres proportionnellement à la population totale. Il y a moins d’ouvriers payés à l’heure et beaucoup de salariés au forfait.

Dans le cadre de ces forfaits, les objectifs négociés en entretien annuel sont souvent ambitieux. Les salariés ne comptent plus leurs heures. Ils sont en surrégime permanent. Je ne caricature pas. Regardez dans les wagons des premières classes dans les TGV, ils sont tous avec leur ordinateur et leur clé 3G pour continuer à avancer dans leur travail.

Donc vous remettez en cause les chiffres de l’étude ?
Nous allons nous pencher dessus pour analyser leur démarche. Pour le moment, nous étudions la question. Mais sans vouloir casser du Rexecode, il faut bien dire que l’institut est traditionnellement lié au patronat et qu’il compare des données pas comparables. Bien sûr, on peut faire parler les chiffres. Mais moi, dans mon travail je fais un autre constat. Je travaille à EADS en France et Allemagne. Et les Allemands respectent les horaires, y compris ceux de départ. A 17 heures, il n’y a plus personne dans les bureaux. En France, les cadres restent jusqu’à des heures tardives. Je peux vous assurer qu’ils ne travaillent pas moins que les Allemands.

Coe-Rexecode parle aussi du manque de flexibilité du au 35 heures qui limite les possibilités des entreprises. Pensez-vous que c’est plus une question de flexibilité que de temps de travail ?
Je vais vous raconter une histoire. Nous, les syndicats, négocions déjà beaucoup sur la question de flexibilité. Quand j’ai demandé à Carlos Goshn de nous garantir des emplois contre beaucoup plus de flexibilité de la part des salariés, il n’était pas en mesure de nous le garantir. Pendant ce temps-là, on nous parle d’une usine ouverte à Tanger,au Maroc, pour les véhicules utilitaires low cost. Au final, elle prend le pas pour la production de tous les véhicules utilitaires et cannibalise le site de Maubeuge, dans le Nord-Pas-de-Calais. Et je suis sûr que le site marocain a plus de capacités de production qu’on veut bien l’avouer encore aujourd'hui.

Si j’élargis au secteur de la métallurgie, les entreprises ont pu négocier le temps de travail et la flexibilité. Nous n’avons même jamais autant négocié sur le sujet. Dans l’industrie de la chimie et l’agroalimentaire aussi, les 35 heures - avec horaires fixes - n’existent plus.

Partager

NEWSLETTER Economie Social et management
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Recevez directement leurs décryptages et analyses dans votre boîte mail:

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

L'inscription aux newsletters vaut acceptation des Conditions Générales d'Utilisation. Lire la suite

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

Fermer
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS