"Les Finlandais ont confiance dans le nucléaire"

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Entretien La catastrophe nucléaire de Fukushima a ravivé le débat sur le nucléaire en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne. Dans la péninsule britannique, le gouvernement a décidé de reporter la construction d’un réacteur EPR. Alors même qu’en Finlande un tel projet est déjà en construction par Areva. L’Usine Nouvelle prend donc la température dans ce pays avec Simo Brummer, consultant international pour Embea Oy.

Les Finlandais ont confiance dans le nucléaire © Areva

L'Usine Nouvelle - Quelle est l'état d'esprit actuellemet au sujet du nucléaire en Finlande ?
Simo Brummer - Il est plutôt bon. Les Finlandais ne sont ni alarmistes ni catastrophés par rapport à Fukushima. La situation n’est pas récupérée de manière abusive comme cela peut être le cas en Allemagne par Mme Merkel. Notre réaction est posée. Il y a quelques jours, j’étais à une grande conférence avec tous les acteurs du nucléaire. Et tout le monde relativise.

Ni panique ni révolution anti-nucléaire ?
On ne minimise pas le drame qui vient d’arriver au Japon. Mais nous réagissons avec mesure et attendons un retour d’expérience de Fukushima pour savoir ce qui doit être fait dans le secteur du nucléaire. Pour l’heure, on ne change pas de cap et on n’arrête pas tout. On attend de voir. Je suis persuadé que la situation aurait été différente si Fukushima était arrivé l’année dernière. Car le gouvernement a pris des décisions importantes pour l’énergie dans le pays il y a un an. Si une telle catastrophe était arrivée à ce moment-là, le gouvernement aurait probablement tempéré sa politique.

Y-a-t-il tout de même des voix qui se font entendre contre le nucléaire comme en France ?
Dans dix jours se déroulent des élections en Finlande. Seuls les Verts et le parti d’extrême gauche ont indiqué vouloir remettre en question les permis de construire des futures centrales de TVO et de Fennovoima. Ils font pourtant partis du gouvernement qui a voté le mix énergétique l’année dernière et qui a accordé les permis de construire des deux nouveaux projets.

L’énergie en Finlande

Consommation d’énergie de l’ordre de 90TWh par an pour 5,5 millions d’habitants (contre 450 TWh pour 60 millions d’habitants en France)

Pays très consommateur d’énergie pour son industrie et notamment dans l’activité de production et transformation de matières premières, bois et chimie

Economie très dépendante de la Russie en matière de gaz, de produits pétroliers, de charbon

Objectifs du gouvernement d’ici à 2020 : passer de 28 à 38% d’énergies renouvelables, diminuer la dépendance envers la Russie, réduire les émissions de CO2

Nucléaire détenu par TVO (coopérative de production qui vend son énergie à ses actionnaires), Fortum (détenue à 51% par l’Etat) et Fennovoima (coopérative de production dont EON est le principal actionnaire).

Centrales : deux centrales pour Fortum à Loviisa, deux centrales à eau bouillante pour TVO à Olkiluoto, un EPR en construction pour TVO, deux permis en cours pour TVO et un autre pour Fennovoima

 

Il faut bien comprendre que les Finlandais ont confiance dans le nucléaire. Cela tient au fait que le pays a trouvé la solution de stockage définitif du combustible irradié, sous une double enveloppe de fonte et de cuivre à 500 mètres dans le sol granitique. Cela est un domaine où peu de pays arrivent à se placer comme bons élèves en la matière.

Face à Fukushima, comment ont réagi les autorités de sûreté nucléaire et les industriels du milieu ?

Les premières heures ont été difficiles pour l’autorité de sûreté STUK. Les pages internet de l'autorité ont été mises à mal par le grand nombre de demandes d'information. Elle a ensuite mis en place une cellule de crise en rassemblant toutes les informations disponibles en provenance du Japon mais aussi au sujet du nuage radioactif. Mais sans affolement sur ce dernier sujet du fait de la dilution annoncée des particules radioactives sur le trajet entre le japon et la Finlande.

Quant aux industriels, ils ont tous fait savoir leur envie de poursuivre leurs projets tels quels. Par exemple, l’un des projets en cours concerne l’entreprise Fennovoima, qui doit construire un EPR. L’un de ses actionnaires n’est autre que l’allemand EON. Or EON, qui voit ses centrales être fermées en Allemagne, a réaffirmé la continuation du projet en Finlande, comme l’ensemble des autres industriels actionnaires.

Nous comprenons bien que la Finlande attend un retour d’expérience de Fukushima. Mais dans ce délai, des premières décisions ont-elles été prises ?
Le ministre de l’Industrie a demandé comme en France des stress tests sur les centrales. Suite à cela, il est certain que des modifications devront être apportées sur les centrales déjà construites et sur les projets en cours. Après, il est difficile de savoir ce qui sera vraiment modifié tant qu’on n’a pas de retour.

Dans l’attente de ce retour, ne serait-il pas plus prudent d’attendre avant la construction de nouvelles centrales dont un EPR ?
Les nouveaux projets en cours ne verront pas le jour avant 2020. Ils auront donc tout le temps de prendre en compte le retour d’expérience de Fukushima. Concernant l’EPR en construction par Areva, la démarche devrait être la même.  Ses travaux sont déjà très avancés, mais en cas de demande de modification de la part des autorités, TVO qui va l’exploiter fera le nécessaire.  Les Finlandais ne nient pas qu’il y aura des choses à changer.

Concernant l’EPR justement, pensez vous qu’il pourrait rencontrer des problèmes semblables à ceux intervenus à Fukushima ?
Non. A Fukushima, le premier problème a été celui de l’électricité. Or en Finlande, le réseau électrique est bien assuré. A cela s’ajoute le fait que notre pays n’est pas situé sur une faille sismique et que le risque de tsunami est plus que réduit. Quant aux piscines, elles sont protégées. Dans le principe, l’EPR a été construit pour pouvoir résister à une agression extérieure comme la chute d’un avion. Une décision prise notamment après les évènements du 11 septembre 2011. L’EPR dispose de la même confiance générale que la population finlandaise confie à son industrie nucléaire. La période de construction a permis aux spécialistes finlandais de mieux connaître l’EPR et de répondre à des interrogations apparues, notamment sur le contrôle commande en cas d'accident.

Qu’en est il alors des autres centrales déjà construites et donc plus vieilles ?
Il y aura plus de choses à mettre sur la table d’après moi.  La question de la protection post-11 septembre n’existe pas par exemple. Malgré tout, nous ne sommes pas dans le même cas de figure qu’après Tchernobyl par exemple. A cette époque-là et avec un évènement à dimension encore plus forte, plusieurs projets avaient coulé et une nouvelle législation avait vu le jour. Législation qui est aujourd’hui appliquée même dans nos anciennes centrales.

Vous évoquiez la politique énergétique de la Finlande décidée l’année dernière. En quoi consiste-t-elle ?
Le gouvernement a choisi de parier sur le mix énergétique. Ici, les énergies renouvelables et le nucléaire ne sont pas des énergies concurrentes mais complémentaires. Nous avons des centrales qui tournent à pleine puissance toute l’année sauf pour des travaux de maintenance, assez rares. Cette énergie sert à alimenter toute la consommation annuelle. Et le gouvernement vient d’accepter deux nouveaux permis pour des centrales à Fennovoima et TVO le 21 avril dernier. A l’inverse, les énergies renouvelables et principalement la biomasse sont utilisées pour suivre l’état de la consommation d’énergie et faire face par exemple à des pics de consommation pour l’industrie.

La concurrence n’existe donc pas en Finlande ?
Non et elle devrait être inexistante partout dans le monde. C’est une fausse position que d’opposer ces deux types d’énergies. Les grosses centrales ne répondent pas aux mêmes besoins que les énergies solaires ou éoliennes.

Et quels sont les objectifs du gouvernement en matière d’énergies renouvelables ?

Nous avons mis la barre très haut. Nous sommes déjà en avance par rapport à certains pays, avec 28% d’énergies renouvelables. Et le gouvernement voudrait atteindre un niveau de 38% d’ici à  2020. Je ne pense pas qu’il sera atteint et il ne serait pas raisonnable d’aller plus loin, du fait du coût et de la quantité de combustible disponible.
 

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1 commentaire

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16/04/2011 - 02h09 -

Un article bien optimiste s'il en est. Les filandais croient-ils vraiment en leur bonne étoile ? Mais pour juger du nucléaire en toute connaissance de cause, s'informer des faits suivants : Sur la fausse nécessité du nucléaire pour la France, voir le scénario negawatt : http://negawatt.org Sur les dangers du nucléaire, voir deux exemples français : 1 - fusions partielles de réacteur en 1969 et 1980 à La Centrale nucléaire de Saint Laurent des Eaux : http://fr.wikipedia.org/wiki/Centrale_nucl%C3%A9aire_de_Saint-Laurent 2 - incident proche de la fusion en 1999 suite à inondation grave à la Centrale nucléaire du Blayais : voir sur wikipedia en anglais car la page en français est trop succinte http://en.wikipedia.org/wiki/1999_Blayais_Nuclear_Power_Plant_flood
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