"Les filières avicoles et porcines doivent se restructurer pour gagner en compétitivité", selon François Moury

Les difficultés se succèdent dans les secteurs porcin et avicole en France. Après les ennuis du groupe volailler Doux depuis juin 2012, les entreprises Gad, Le Clézio et TDI, en porcs, viennent d’être placées en redressement judiciaire. A quelques jours de la remise aux ministres Stéphane Le Foll et Guillaume Garot d’un plan d’actions pour restaurer la compétitivité de ces deux filières*, François Moury, directeur du pôle agroalimentaire de Crédit Agricole SA, en analyse les difficultés.

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L’Usine Nouvelle - L’industrie agroalimentaire française souffre d’un manque de compétitivité par rapport à ses voisins. Quelles en sont les causes ?

François Moury - Notre organisation industrielle est composée à peu près de 95 % de PME dans l’agroalimentaire, qui sont toutes très peu tournées vers l’exportation. 11 000 entreprises (plus de 8 000 PME et 65 géants mondiaux regroupant près de 2000 entreprises), font 77 % des 157 milliards d’euros de chiffre d’affaires du secteur. La France reste avant tout très attachée à ses terroirs et ses appellations ou marques locales, qui sont difficilement exportables. Nos industriels ne sont tournés que sur le marché intérieur.

En comparaison, l’Italie n’a pas de grands leaders européens mais dispose de beaucoup plus d’ETI capables d’exporter en capitalisant sur la marque Italie. L’Allemagne, elle, a dépassé la France en 2009 en matière d’exportations de produits transformés. Sa compétitivité a des origines diverses mais l'une d’elles tient au fait qu’elle produit beaucoup moins de références mais en plus grande quantité.

Les industriels allemands vendent d’abord une marque plutôt qu’une origine. A l’export, les clients regardent avant tout le ratio coût / prix de revient. Les Français ont longtemps pensé qu’ils pourraient exporter la qualité agroalimentaire française, mais cela ne marche pas pour tous les porte-monnaie. Notre exigence historique en matière de qualité alimentaire a des conséquences sur nos coûts de production et donc sur nos prix de vente.

Notre secteur est pourtant en pointe dans la viticulture, les céréales ou le sucre. Pourquoi ce décalage avec les filières porcines et avicoles ?

Il y a quelques années, nous avons vécu une grande crise dans le secteur viticole. Aujourd’hui, il se porte globalement bien. Dans la région du Languedoc, il y a eu une prise de conscience pour développer la production de vins de cépage et de marques, et miser sur la qualité des vins sous AOP et IGP. Les vins du Pays d’Oc sont devenus une véritable marque, qui fait concurrence aux vins californiens et australiens à des prix compétitifs. Dans le sucre, après des moments difficiles, nos industriels sont les plus compétitifs d’Europe. Ils ont accepté de fermer des sites, cela a été douloureux, mais bénéfique au final. C’est souvent lorsqu’on est face aux difficultés que l’on se restructure pour gagner en compétitivité.

Que faut-il faire pour sortir les filières animales du manque de rentabilité et d’investissements ?

Aujourd’hui dans l’aviculture et dans la filière porcine, on est plus souvent sur des solutions palliatives que sur des solutions structurantes. Il faut accepter une rupture. Il y a trop d’abattoirs dans la filière porcine, qui ne fonctionnent qu’à 70 % de leur capacité faute d’approvisionnement suffisant en amont. Si l’on reste dans le statu quo, une partie de la filière est condamnée à moyen terme. Elle a besoin de se restructurer pour pouvoir investir et moderniser ses outils.

Si les préoccupations de préservation de l’emploi sont légitimes, elles ne doivent pas occulter le sujet de la compétitivité. Tant que ces questions de fond ne seront pas abordées, on ne pourra que difficilement avancer. Il faut aller vers une massification des outils de production pour gagner en compétitivité et faire face à la concurrence internationale. Dans la volaille, l’actualité le montre. Tout le monde savait que les restitutions européennes pouvaient disparaître tôt ou tard. Nous sommes-nous suffisamment préparés ? On peut en douter. Près d’un an après le dépôt de bilan du groupe Doux, rien n’a réellement changé. Le secteur ne s’est pas restructuré. Et les problèmes de compétitivité restent entiers.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

*Commandé par les ministres Stéphane Le Foll et Guillaume Garot cet automne, à Alain Berger, délégué interministériel aux industries agroalimentaires et à l'agro-industrie, un plan d’actions pour restaurer la compétitivité des filières avicoles et porcines leur sera remis à la mi-mars.

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