"L’agriculture française est loin d’être réfractaire à la technologie", estime Clarisse Magnin-Mallez (McKinsey)

Le secteur agricole français est trop fragmenté, et pas assez en prise avec les évolutions technologiques et les enjeux environnementaux, regrette le cabinet McKinsey. Dans une étude à paraître ce mois-ci, il distingue douze technologies à même de faire évoluer la demande, d’optimiser la chaîne de valeur, et d’accroître les rendements tout en réduisant l’impact environnemental. L'analyse de Clarisse Magnin-Mallez, directrice associée senior au bureau McKinsey à Paris, directrice du pôle Agriculture France et Biens de consommation en Europe.

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L'Usine Nouvelle - Pourquoi l’agriculture française doit-elle accélérer sur sa transition écologique et numérique ?

Clarisse Magnin-Mallez — En France, nous avons un terreau agricole ancestral de grande qualité, mais aussi un large vivier de start-up avec la French Tech. Cette combinaison unique représente une opportunité pour l’avenir de l’agriculture française. Sur les douze technologies de rupture que nous avons identifiées, seulement 35% sont intégrées aux différents plans de filière soumis suite aux Etats généraux de l’alimentation, ce qui laisse un large potentiel de développement.

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Par ailleurs, notre agriculture doit trouver une manière de se différencier et rester compétitive, compte tenu de sa fragmentation comparativement plus élevée que les autres grandes puissances agricoles mondiales : 70 % de la production agricole en France est effectuée sur une surface moyenne de 120 hectares (ha) contre 800 ha au Brésil, 900 ha aux Etats-Unis et 1200 ha au Canada.

Comment les professionnels de l’agroalimentaire peuvent-ils mieux répondre aux attentes des consommateurs ?

Nous observons une décélération de la consommation de viande et de certains produits laitiers, que les consommateurs cherchent à substituer par des produits alternatifs à forte teneur protéique. Par ailleurs, les technologies de détection alimentaire (les applications qui renseignent sur la composition d’un produit) figurent également parmi les priorités d’investissement, tout comme les efforts réalisés en direction d’une nutrition plus personnalisée. Nous ne sommes qu’aux tout débuts de l’adoption de ces innovations.

Quels freins s’opposent au déploiement de nouvelles technologies ?

L’agriculture française est loin d’être réfractaire à la technologie. Toutefois, dans un secteur où il reste difficile d’extraire des marges, les investissements nécessaires demeurent un obstacle majeur, même si les coûts technologiques diminuent. Nous sommes convaincus que la France conservera une diversité d’agricultures, de la petite exploitation bio à la grande exploitation plus conventionnelle.

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En revanche, elles devront toutes rassurer un consommateur toujours plus méfiant, et la blockchain constitue un levier prometteur pour cela. Par ailleurs, on n’a pas défriché tout le potentiel de l’agriculture de précision. Enfin, si beaucoup d’acteurs des filières végétales ont réalisé de belles avancées sur les protéines alternatives, pour les filières animales, des contraintes réglementaires et une plus forte difficulté à exploiter les nouvelles technologies pourraient retarder leur adoption. Nous envisageons le déploiement de ces technologies à l'horizon 2030.

Pourquoi appelez-vous les acteurs de la filière à collaborer davantage ?

Les filières agricoles sont prêtes à s’adapter aux défis économiques et environnementaux, mais ont besoin de capitaliser davantage sur leur écosystème. Nous avons des acteurs agricoles plus petits, en termes de capitalisation, que d’autres pays. Cette fragmentation encourage moins la prise de risques. Comparativement, beaucoup d’exploitants canadiens, américains, brésiliens ont pris de l’avance. Le chiffre d’affaires combiné des trente premiers acteurs de l’agroalimentaire français dépasse à peine 100 milliards d’euros par an, quand Nestlé seul est à 80 milliards ! Essayons de faire de la France un pays pionnier en matière d’agriculture.

*Les protéines dites alternatives, les technologies de détection alimentaire, la nutrition personnalisée, les services mobiles, le big data, l’internet des objets, la blockchain, le renforcement des travaux sur la génétique, l’agriculture de précision, la microbiotique, le biocontrôle et les énergies renouvelables.

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