Quotidien des Usines

Les fabricants français, à la pointe de l'innovation

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Entretien La recherche et le développement de nouvelles technologies de production restent un moteur essentiel pour l'industrie française.

Les fabricants français, à la pointe de l'innovation © DR

Interview avec Vincent Schramm, directeur général du Symop (syndicat des entreprises de technologies de production).

L’Usine Nouvelle : Certains spécialistes considèrent la machine-outil française comme inexistante. Qu’en pensez-vous ?

Vincent Schramm : C’est un raccourci dangereux vis-à-vis duquel le Symop s’inscrit en faux. Effectivement, les premiers rangs de la production de machines-outils de travail du métal sont indéniablement occupés par des entreprises allemandes, japonaises ou italiennes. Voir chinoises maintenant. On oublie trop souvent en revanche, la présence et la force d’un certain nombre de fabricants français sur le territoire national. Cette habitude française de battre sa coulpe à tel point qu’on en finirait presque par nier ses succès est déplorable et néfaste. Car ces constructeurs existent et connaissent de véritables succès en France comme à l’étranger. Avec des carnets de commandes remplis pour plusieurs années...

Généralement associés aux défis technologiques des grands industriels français (Airbus, Areva, Alstom, etc.), ces derniers creusent les sujets de R&D avec l’aide du Cetim (Centre technique des industries mécaniques), des pôles technologiques et des chercheurs formés dans les meilleurs cursus de formation français.

L’UN : Vous distinguez donc les machines spéciales françaises, consommatrices de R&D et de personnel qualifié des équipements standard, venus d’ailleurs ?

VS : Certainement pas ! Il se trouve que les constructeurs français sont aujourd’hui essentiellement des constructeurs de machines spécialisées (répondant à un cahier des charges souvent défini avec le client, pour une application spécifique). Néanmoins cette opposition systématique ne me paraît pas très constructive... S’il y a évidemment de la R&D et un besoin de compétences techniques poussées dans la conception de machines, elles sont aussi indispensables lorsqu’il s’agit de concevoir la solution, d’installer la machine dans son environnement avec pour objectif l’amélioration permanente des performances de production. L’utilisation et la maîtrise de l’UGV (usinage à grande vitesse), l’optimisation des conditions d’usinage, le traitement de nouveaux matériaux et/ou des produits multimatériaux… sont autant de sujets qui mobilisent tous les acteurs de la filière « usinage » française. Lorsque l’on parle de machines « standard », il ne faut pas oublier que chaque équipement ou ligne de production doit être adaptée à la problématique du client, à ses contraintes de production. La R&D joue un rôle d’autant plus important que les clients, en France comme ailleurs, attendent très souvent de leurs fournisseurs de solutions de production une offre innovante, fréquemment « clé en main ».

L’UN : La R&D appliquée aux domaines des technologies de production est donc une condition sine qua non pour assurer la pérennité de l’industrie en France ?

VS : Arrêtons de dénigrer une machine-outil qui serait « sinistrée ». A force de s’appesantir sur le sujet, l’idée se propage dans l’opinion publique que tout le secteur de la production, que l’industrie elle-même est condamnée en France et qu’il n’y a pas lieu de se battre pour elle. L’industrie française restera forte si elle se dote d’outils de production modernes et adaptés à ses besoins. Pour atteindre ce but, des relations étroites et soutenues avec la recherche et l’innovation sont indispensables. L’étude « La robotisation des Pme françaises », sortie en décembre 2009 et réalisée par le cabinet Nodal (cofinancement Ministère de l’Industrie-Dgcis / Symop), mettait d’ailleurs récemment en évidence les mécanismes d’amélioration de la compétitivité permettant d’envisager une relocalisation. Ou, plus généralement, une localisation de l’industrie en France.

La machine-outil fait partie des technologies de production au même titre que le robot. Le Symop, comme l’ensemble des organismes de concertation sectoriels ou par filière, travaille donc à informer les entreprises et notamment les PME/PMI qui hésitent parfois à investir dans leurs outils de production. Machine-outil, soudage, robotique, vision, métrologie, contrôle, automatismes… Les technologies de production installées en France sont des outils performants qui portent l’industrie française. Les défis technologiques et économiques de demain que la France doit relever nécessitent un tissu industriel ambitieux et performant. La réalité est là. Lorsque nous nous enthousiasmons sur les belles réalisations françaises (Viaduc de Millau, TGV, A380…), comme lorsque nous parlons du développement de nouvelles technologies : éoliennes, capteurs solaires, matériel médical high-tech, n’oublions pas les équipements sans lesquels elles n’auraient jamais vu le jour. Ni ceux qui les conçoivent, les installent et veillent dans le temps à leur bon fonctionnement.

La « société postindustrielle » est un concept qui n’a pas de futur car une économie forte a besoin d’une industrie tout aussi robuste. De même que l’innovation a besoin de l’outil de production qui permet la concrétisation des efforts de R&D.

Ce serait une grave erreur de penser que notre pays peut se passer de l’une comme de l’autre...

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