Les fabricants de pesticides se sentent "stigmatisés" par le nouveau plan de Stéphane Le Foll

Après l’échec du précédent plan anti-pesticides, le ministre de l’Agriculture en a présenté un nouveau lundi 26 octobre : Ecophyto 2. Trop 

"punitif", dénonce l’industrie de l’agro-chimie, qui craint un risque de distorsion pour la France.

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Traitement - Crédits : Pieter van Marion CC Flickr

Après l’échec du premier plan anti-pesticides lancé en 2008 à l’issue du Grenelle de l’Environnement, le gouvernement socialiste tente à son tour de livrer bataille avec un nouveau programme. Son nom, Ecophyto 2. Annoncé en début d’année, il a été enrichi par 4 700 contributions reçues à l’occasion d’une consultation publique, et présenté lundi 26 octobre par le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll. Mais aux yeux des fabricants de produits phytosanitaires, rien n’a changé.

Interrogée par L’Usine Nouvelle, Eugénia Pommaret, la directrice de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP), ne cache pas sa "déception car ce plan va à contre-courant de ce que nous avons proposé avec la filière agricole" et a des objectifs trop quantitatifs, accuse-t-elle. Le plan vise à diminuer le recours aux pesticides de 50% d'ici 2025, grâce à une trentaine de mesures "trop punitives" selon l'industrie.

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Le biocontrôle sinon rien ?

Ce que prévoit Ecophyto 2
Le nouveau plan repousse de sept ans de plus, soit une vision pour 2025, l’objectif de diminution de l’usage des pesticides de 50% par rapport à son niveau de 2008. Il préconise trajectoire en deux temps : une réduction de 25% d’ici à 2020 via "l’optimisation des systèmes de production" une de 25% supplémentaires à l’horizon 2025 "grâce à des mutations plus profondes".
Alors que plusieurs études mettent en cause les effets sur la santé de substances actives présentes dans certains pesticides, le ministre veut miser sur le biocontrôle. Cette méthode naturelle de protection des plantes, en plein essor, a été développée par des PME innovantes et constitue désormais un axe de diversification pour les géants des pesticides (voir notre enquête). "La moitié des produits de biocontrôle sur le marché proviennent des adhérents de l’UIPP, estime Eugénia Pommaret. Mais on ne peut pas faire croire qu’il y a une voie positive à engager et une voie négative à condamner ! C’est la combinaison des produits, avec une utilisation raisonnée, qui doit être encouragée." Selon elle, de l’innovation est encore possible dans la formulation des molécules de synthèse, y compris pour aller vers des produits plus sûrs pour les agriculteurs et les riverains…

L'innovation autour des machines agricoles est également encouragée par Ecophyto 2. Comme le déploiement de services cartographiques par drones et GPS, ou l'utilisation de pulvérisateurs de précision dernier cri permettant de réaliser jusqu’à "30% d'économies de produits phytosanitaires", selon Stéphane Le Foll. Une préconisation partagée par l’industrie, qui dit soutenir le développement d’outils d’aide à la décision.

Les certificats d’économie passent mal

Mais l’industrie coince sur la principale mesure contraignante du plan : la mise en place de certificats d'économie de produits phytopharmaceutiques, sur le modèle des certificats d'économie d'énergie. Les distributeurs de pesticides pourraient payer des pénalités s’ils ne parviennent pas à générer suffisamment d’économies globales par le biais de leurs actions. Une mesure "punitive", présentant un "risque de distorsion pour la France par rapport aux autres pays européens", accuse la directrice de l’UIPP. Si l'utilisation de pesticides a continué de grimper dans l’agriculture française, avec une moyenne de 5% par an entre 2009 et 2013, "c’est que ces produits sont utiles", affirme-t-elle.

Insistant sur le risque de résurgence de certaines maladies, dangereuses sur le plan sanitaire. Des arguments qu’elle compte bien présenter lors d’une nouvelle discussion sur le plan, organisée la semaine prochaine par le gouvernement avec les différentes parties prenantes. Il lui faudra néanmoins se battre contre les ONG et une ministre de l’Ecologie qui ne cache pas son hostilité envers les pesticides. Ségolène Royal entend les interdire prochainement pour les collectivités et les particuliers.

Gaëlle Fleitour

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