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Les exploitants de l'EPR se forment sur simulateur

Publié le

Trois ans avant que l'EPR de Flamanville ne produise ses premiers kilowattheures, EdF forme ses équipes sur un simulateur qui reproduit l'interface homme-machine de la future centrale nucléaire.

Un bâtiment anonyme, à Montrouge, en petite couronne parisienne. Au sous-sol, un sas à badge qui n'autorise qu'une person-ne à la fois. Ce barrage passé, le visiteur se retrouve dans 100 mètres carrés meublés d'îlots informatiques et, au fond, d'un pupitre constellé de boutons et de cadrans. En se rapprochant, on constate que ces boutons sont en fait de simples dessins imprimés sur des feuilles de papier scotchées bout à bout !

Bienvenue dans le simulateur « phase 1 » du Cnen, le Centre national d'équipement nucléaire d'EdF. Il préfigure le simulateur « phase 3 » qui équipera, en pleine échelle, le futur réacteur nucléaire EPR de Flamanville en attendant sa mise en service industrielle en 2012. La « phase 2 » est pour septembre : le centre de Montrouge disposera alors de véritables boutons et écrans de contrôle et pourra servir, avec son cousin du Septen à Lyon et sa réplique in situ à Flamanville, de centre de formation pour les futures équipes d'exploitation. Nous serons alors à trois ans de la mise en service du réacteur.

UN SIMULATEUR DU SIMULATEUR

« Ce n'est pas le jour de la course que l'on apprend à piloter sa voiture. J'ai déjà recruté 110 personnes, un tiers de l'effectif, et il faudra bien une quarantaine de semaines pour les former à la thermodynamique de la centrale, à l'interface homme-machine et aux procédures », explique André Palu, le futur directeur d'exploitation de Flamanville 3.

L'équipement de Montrouge est, en quelque sorte, un simulateur du simulateur. Et, une fois le réacteur de Flamanville en service, il continuera à remplir ce rôle, afin de peaufiner le logiciel de simulation. « A l'origine, on utilisait un simulateur pour former les opérateurs à acquérir le bon geste face à des situations difficilement reproductibles en réel. Aujourd'hui, il sert aussi à valider les étapes d'avancement de l'ingénierie d'un chantier. Ainsi, EdF utilise cet outil pour revoir les caractéristiques d'une pompe à installer ou réécrire les règles de conduite en cas d'accident. « L'outil est évolutif », explique Pascal Gain, le directeur de l'unité énergie de Corys, la société grenobloise à qui EdF a commandé, pour « plus de 10 millions d'euros », le logiciel de simulation, un outil appelé Trefle (pour « Tranche EPR de Flamanville, simulateur d'études »). Pas question, donc, de réutiliser l'outil de Montrouge pour d'autres EPR : ceux-ci auront leur propre simulateur et leurs propres sessions de formation. L'EPR d'Olkiluoto, en Finlande, fonctionnera avec un simulateur mis au point par le canadien L-3 Mapps.

ENTRE LES OPÉRATEURS, ENTENTE OBLIGATOIRE

A Montrouge, l'équipe de François Busson, le responsable du local, commence à se familiariser avec Trefle. « Comme on l'a fait pour chacun des dix-neuf simulateurs qui équipent les centrales nucléaires existantes, on fait tourner le logiciel, qui fonctionne sous environnement dit "Alices", pour voir si la réaction initiée après la commande est la bonne. La commande, exécutée à 99 % du temps à la souris, est transmise à un automate, lequel actionne un servomoteur qui actionne ici une pompe, là une vanne ou un disjoncteur. Il s'agit de voir si tout s'enchaîne correctement, en pilotage normal comme en scénario d'accident », décrit François Busson. Actuellement, le logiciel teste une vingtaine de situations accidentelles, « par exemple une bride qui se désaxe, une pompe qui ne se déclenche pas, une vanne bloquée », énumère le responsable.

Le pupitre, composé de trois parties (circuit réacteur, circuit vapeur, fonctions support), vient en appoint, car les îlots informatiques (deux en face avant pour l'équipe de pilotage, deux en face arrière réservés aux ingénieurs sûreté) sont le véritable « centre névralgique » de la pièce.

« C'est là que tout se passe. Pour cette raison, l'entente entre les deux opérateurs, en face avant, doit être parfaite. Cette entente est testée en formation. On observe la façon dont les deux personnes communiquent, on regarde si, quand l'une donne une instruction à l'autre, celle-ci répète l'instruction à voix haute », souligne André Palu. C'est aussi parce que ce poste est stratégique qu'il faut soigner les détails d'ergonomie. Ainsi la luminosité de la pièce est étudiée à la loupe pour éviter toute réverbération sur les écrans. De même, les couleurs, les alertes sonores et le pictogramme des appareils sur les touches des écrans sont soigneusement choisis. Mais la rupture technologique est ailleurs. Ce qui différencie le simulateur EPR de ses cousins utilisés sur les centrales existantes, c'est le degré d'informatisation du contrôle commande. « Que ce soit pour le niveau 1 (les automatismes et la régulation) ou pour le niveau 2 (la salle de pilotage elle-même), l'informatique est omniprésente. Quand on pense que la centrale de Ling Ao, en Chine, est seulement en train de basculer du contrôle-commande analogique vers le numérique, cela vous donne une idée de la sophistication de notre outil », confirme Pascal Gain, chez Corys. « L'EPR reste un réacteur à eau pressurisée, il a la même thermodynamique que le N4 de Chooz (Ardennes) ou de Civaux (Vienne). Mais l'interface homme-machine est complètement nouvelle », complète André Palu.

Cet interface est d'autant plus sophistiqué qu'il doit intégrer des exigences de sécurité renforcées et doubler les « redondances », selon la formule consacrée. « Jusqu'alors, on avait des moyens de secours en double ; sur l'EPR, ce sera en quadruple. Par exemple, en cas de fuite sur un circuit de refroidissement, on aura à disposition quatre trains d'injection de secours. Cela complexifie d'autant les commandes et l'interface homme-machine », explique François Busson. La sécurité a ses exigences, et les outils de formation doivent s'y conformer.

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