Economie

[Les experts de l'Usine] L’environnement de travail au cœur des stratégies RH

Christophe Bys

Publié le

Il ne suffit pas de ripoliner deux murs et d'installer trois baby-foot pour créer un espace de travail adapté. Clara Getzel, directrice générale de la startup Kandu, rappelle certains fondamentaux. Le silence relatif, la qualité de l'air sont essentiels pour que les êtres humains se sentent bien. Sinon on risque de confondre la cause et l'effet. 

[Les experts de l'Usine] L’environnement de travail au cœur des stratégies RH
Ceci est la maquette de l'immense open-space de Facebook à Melno Park (Californie)
© Christophe Bys

L’environnement de travail a, pendant de nombreuses années, répondu à des obligations légales de sécurité et d’hygiène des locaux, sans toutefois se préoccuper de considérations sur le confort.

Le début des années 2000 a signé un véritable tournant en la matière : c’est en effet à cette époque que les GAFAM ont introduit la notion de confort au travail, redéfinissant ainsi les attentes des jeunes générations fraîchement entrées dans la vie active. Pour les attirer et les fidéliser, les GAFAM ont été les premiers à moduler leurs espaces de bureaux, pour les rendre plus collaboratifs et accueillants. On y travaille, bien entendu, mais on peut également s’y divertir et s’y reposer.

L'impact des GAFAM sur l'environnement de travail 

D’abord raillés, les babyfoots et autres salles de sieste sont peu à peu devenus synonymes d’entreprises dynamiques, où il fait bon travailler. Car c’est un fait, les talents se bousculent aux portes des GAFAM. Google, par exemple, tient la 1ère place du classement annuel Universum World’s Most Attractive Employers (employeurs les plus attractifs du monde) depuis sa création en 2009.

Près de deux décennies plus tard, la révolution du confort en entreprise est en marche. Et le constat est double : non seulement la notion de confort des environnements de travail a été étoffée et déclinée, mais de nombreuses entreprises ont également emboîté le pas à celles qui ont, les premières, donné le la. Il faut dire que le rapport des Millennials à l’entreprise et au monde professionnel au sens large s’est profondément transformé.

Nouveaux standards pour l'entreprise 

46% des salariés de 18 à 29 ans et 51% des 30-34 ans jugent important d’avoir des horaires de travail flexibles. 72 % des Millennials seraient prêts à faire des concessions pour bénéficier d’un meilleur environnement de travail. 85% attendent de leur entreprise qu’elle leur offre des services pour préserver leur santé. Cette génération valorise le travail collaboratif, est en quête de sens, s’engage pour la transition écologique, n’entend pas se sacrifier comme l’ont fait leurs parents et aspire à un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. L’entreprise se doit de refléter ces valeurs et aspirations, et les traduire dans l’espace de travail qu’elle offre à ses équipes.

Les entreprises ont désormais à cœur d’offrir un environnement de travail correspondant aux attentes des Millennials – qui représenteront 75% de la population active d’ici 2025 selon l’INSEE.

Un levier de la marque employeur

L’environnement de travail est de plus en plus scruté et évalué par les candidats à l’embauche, et devient un réel vecteur de leur fidélisation. C’est désormais un enjeu de marque employeur permettant d’attirer et retenir les talents, et dont les départements des Ressources Humaines se saisissent, ce qui donne parfois lieu – il est vrai – à une forme de surenchère.

Cet enjeu de marque employeur n’a bien entendu pas échappé aux acteurs, du côté de l’offre. Le conseil en transformation des espaces de travail connaît un certain essor : ces acteurs conçoivent, conseillent et déploient des workplace strategies, faisant la part belle à la digitalisation des espaces de travail et à la richesse des services aux occupants. Ceux-ci fleurissent à un rythme frénétique : conciergeries, crèches d’entreprise, séances de sport & de méditation, paniers de fruits & légumes bio ne sont que quelques illustrations du phénomène.

Retour aux fondamentaux

Bien que très appréciés, ces services font parfois oublier les bases du confort. Il s’agit essentiellement du niveau sonore environnant, de la qualité de l’air que l’on respire, de la luminosité des pièces dans lesquelles nous travaillons et de leur température ambiante. La pyramide de Maslow s’applique en effet également ici. En classant les besoins humains par ordre d’importance, le psychologue a révélé qu’on ne peut satisfaire les besoins supérieurs qu’à condition que les besoins des premiers niveaux aient été couverts. Il se trouve que la base de cette pyramide désigne les besoins physiologiques.

Or, on ignore souvent que, pour une concentration optimale, le niveau sonore d’un bureau ne doit pas dépasser les 40dB, soit l’équivalent d’une salle d’attente. Que l’état de somnolence des participants à une réunion est bien plus souvent imputable à un niveau trop élevé de CO2 qu’à la qualité des présentations. Ou encore qu’une trop faible luminosité a un impact sur la vivacité d’esprit.

Ne pas se tromper de diagnostic

L’acoustique, la thermique, la qualité de l’air et la lumière ont une large influence sur la régulation de certaines fonctions biologiques du corps humain, comme la qualité du sommeil, le rythme cardiaque ou l’humeur. Mais également sur l’ambiance au travail, le taux d’absentéisme, la motivation et l’engagement des salariés. Et enfin, sur l’efficacité et la productivité des équipes.

Face aux attentes des jeunes générations, à leur volatilité, face également à la pénurie de talents sur certains métiers stratégiques, les Directeurs des Ressources Humaines ont la difficile mission de renforcer l’attractivité de la marque employeur. Le confort des environnements de travail, qui commence par le bien-être et le confort physique des collaborateurs, mérite toute leur attention. Il représente un levier qui permet de conjuguer santé au travail, RSE et stratégies RH.

 

Clara Getzel, directrice générale de Kandu

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle. 

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