Les États-Unis: Une baisse de taux qui n'augure pas d'un cycle

par Ann Saphir et Jason Lange
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Les États-Unis: Une baisse de taux qui n'augure pas d'un cycle
À Wall Street. La Réserve fédérale a baissé ses taux directeurs pour la première fois depuis la crise financière de 2008, faisant état d'inquiétudes sur l'économie mondiale et d'une inflation faible aux Etats-Unis. /Photo prise le 31 juillet 2019/REUTERS/Brendan McDermid

WASHINGTON (Reuters) - La Réserve fédérale a abaissé mercredi son taux direcrteur afin de renforcer l'économie américaine face aux risques mais son président Jerome Powell ne considère pas que cette décision soit le prélude à une série prolongée de réduction des taux d'intérêt.

La faiblesse de la conjoncture mondiale, des tensions commerciales qui couvent et la volonté de raviver l'inflation expliquent que la banque centrale ait décidé, pour la première fois depuis la crise financière de 2008, de réduire son objectif de taux des Fed funds, d'un quart de point à 2,00%-2,25%.

Nombre de traders attendaient toutefois une confirmation plus nette des détentes monétaires à venir.

Dans un communiqué publié à l'issue de la réunion de deux jours de son comité de politique monétaire (Fomc), la Fed dit qu'elle a décidé de baisser les taux "à la lumière des implications des évolutions mondiales pour les perspectives économiques et de pressions inflationnistes faibles."

La banque centrale américaine ajoute qu'elle "continuera à surveiller" la manière dont les informations les plus récentes affectent l'économie et précise qu'elle "agira de manière appropriée pour soutenir" la longue expansion de l'économie américaine.

S'exprimant lors d'une conférence de presse faisant suite à la publication du communiqué, Powell a fait de cette baisse de taux un "ajustement monétaire de milieu de cycle", une formule qui n'implique pas qu'il y ait de réductions de taux prononcées en perspective.

Wall Street a reculé après le communiqué et durant la conférence de presse de Powell et a terminé la séance sur des pertes appréciables. Le rendement de l'emprunt à deux ans, le plus sensible aux variations de taux, a monté à 1,88%.

L'indice du dollar a atteint un pic de plus de deux ans, avec un gain de 0,5% environ sur la journée.

"Ce qui a mis le feu aux poudres, à mon sens, est une déclaration de Powell suggérant que ça allait bien comme ça", a dit Jim Paulsen (Leuthold Group).

DEUX VOIX CONTRE

Deux des membres du comité de politique monétaire, le président de la Fed de Boston Eric Rosengren, et son homologue de la Fed de Kansas City Esther George, se sont prononcés contre cette décision et ont plaidé pour un statu quo sur les taux.

L'un et l'autre ont fait part de leurs doutes sur la nécessité d'une baisse de taux au vu de la croissance actuelle, d'un taux de chômage à un plus bas de près de 50 ans et d'une consommation des ménages robuste.

"C'est la contestation la plus nette durant l'actuelle présidence; il y a eu deux dissidents faucons sur cette décision", a dit Eric Donovan (INTL FCStone).

A l'inverse, le geste de la Fed ne devrait pas satisfaire le président américain Donald Trump qui avait plaidé pour une baisse d'une toute autre ampleur.

Donald Trump a critiqué à de nombreuses reprises le président de la Fed Jerome Powell, lui reprochant de ne pas faire assez pour accompagner les efforts déployés par son administration pour soutenir la croissance.

Les traders du marché monétaire évaluent à 76% environ la probabilité que la Fed abaisse à nouveau les taux au terme de sa réunion des 17 et 18 septembre, selon le baromètre FedWatch de CME Group. Cette probabilité implicite était de 83% peu de temps après l'annonce de la baisse de taux.

Powell et d'autres banquiers de la Fed ont ménagé la chèvre et le chou ces dernières semaines, mettant en avant les risques liés aux tensions commerciales internationales, à une inflation faible et à une conjoncture mondiale morose, tout en rappelant néanmoins que les Etats-Unis étaient fondamentalement en bonne santé économique.

La Fed considère ainsi que le marché du travail reste "vigoureux" et observe que les dépenses des ménages se sont accélérées. Mais elle dit aussi que l'investissement des entreprises est terne et que les mesures de compensation de l'inflation restent basses.

La banque centrale estime que la baisse des taux intervenue aujourd'hui doit favoriser le retour de l'inflation vers l'objectif de 2% mais que les incertitudes entourant cette perspective restent bien présentes.

La Fed a enfin fait savoir qu'elle arrêterait de dégonfler ses avoirs obligataires de 3.600 milliards de dollars à partir du 1er août, soit deux mois avant la date prévue.

"Je pense que réduire le durcissement quantitatif dès maintenant est aussi bien vu", a dit Brett Ewing (First Franklin Financial Services).

(Marc Joanny, Patrick Vignal et Wilfrid Exbrayat pour le service français)

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