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Les États-Unis, super espions de l’industrie

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Enquête Au-delà des objectifs de sécurité, le système d’espionnage américain travaille aussi pour les entreprises. Avec des moyens qui rendent les industriels français extrêmement vulnérables.

Les États-Unis, super espions de l’industrie
Le général Keith B.Alexander et Chris Inglis, les directeur et sous-directeur de la NSA (tous deux au centre), ont été entendus par le Congrès américain après les révélations mettant en cause l’agence.

Un vaste programme d’espionnage industriel. Les révélations fracassantes d’Edward Snowden, administrateur informatique et ancien sous-traitant de la National Security Agency (NSA), n’en font pas directement état. Mais pour Bernard Carayon, ex-député (UMP) du Tarn et auteur de plusieurs rapports sur le sujet, il ne fait aucun doute que, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, le trafic d’armes ou la criminalité, ce système de cyberespionnage est aussi mis au service des entreprises américaines et de leurs intérêts stratégiques. "Ceci est connu depuis longtemps, rappelle-t-il, et depuis le 11 septembre 2001, le dispositif a été considérablement renforcé. Aujourd’hui, 40% de l’arsenal de renseignement des États-Unis est mobilisé dans l’intelligence économique."

Les trois dispositifs de la nsa

  • Le programme Echelon Interception et enregistrement des communications électroniques transitant par satellites, réseaux radio ou câbles sous-marins.
  • Le programme Prism Surveillance des données stockées sur les serveurs des acteurs américains de l’internet ou en transit par les routeurs aux États-Unis.
  • Les cyberattaques ciblées Récupération de données sur des systèmes d’information ou sabotage d’installations industrielles.

La NSA, un arsenal du renseignement

  • Budget 10 milliards de dollars en 2013
  • Moyens Plus de 40 stations d’écoute électromagnétiques au sol dans 12 pays, un sous-marin nucléaire pour l’interception des données transportées par des câbles sous-marins, 6 datacenters aux États-Unis
  • Effectifs 60 000 personnes en interne et 40 000 chez ses sous-traitants
Source : Le Monde

Robert Guillaumot, le fondateur et secrétaire général de l’Académie de l’intelligence économique, confirme la menace. "Deux entreprises sur trois sont des cibles potentielles d’actes d’espionnage ou de malveillance", précise-t-il. Même les PME-PMI sont visées. Plus faciles à espionner, elles sont souvent utilisées comme porte d’entrée vers les grands groupes avec lesquels elles travaillent. La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) recense 800 cas d’ingérence en 2012, dont 18% en Île-de-France. "Mais le chiffre réel est au moins cent fois supérieur, car les entreprises victimes d’espionnage rechignent à le déclarer, et souvent elles ne le savent que longtemps après", explique Bernard Carayon.

Parmi les industries ciblées figurent l’aéronautique, l’énergie, les télécoms, le spatial, la robotique et la pharmacie. Des secteurs hautement stratégiques de par leur potentiel d’emplois et d’exportation. Jean-Marie Bockel, sénateur (UDI) du Haut-Rhin et auteur d’un rapport sur la cyberdéfence en 2012, estime le coût pour l’économie française entre 3 et 5 milliards d’euros par an.

Dans un contexte global de guerre économique, tout le monde espionne tout le monde, y compris entre pays occidentaux pourtant alliés. La France fait partie du club des grandes puissances aux côtés des États-Unis, de la Russie, du Royaume-Uni, de la Chine et d’Israël. Selon Robert Guillaumot, la différence réside dans les moyens. "Le rapport est de 1 à 100 en faveur des États-Unis", précise-t-il.

L’espionnage américain mobilise 14 agences gouvernementales, dont la NSA. L’avance de cette agence dans les moyens se double d’une supériorité technologique. Maîtres incontestables de l’informatique et de l’internet, les États-Unis disposent de capacités uniques de collecte et de traitement des données. "Ils ramassent tout ce qui passe, explique Robert Guillaumot. Ils ont des outils de traitement assez puissants pour analyser ce gigantesque gisement de données et en extraire en un temps record l’information utile au décideur. Et plus le volume de données est important, plus le résultat est pertinent. La France, qui ne dispose pas de ces capacités technologiques, privilégie une démarche sélective de stockage et de traitement des données."

Une position dominante

Le développement des technologies de l’information et de la communication démultiplie les cibles de collecte de données jusque dans la poche des dirigeants et des cadres d’entreprise, tous équipés de smartphones. Les systèmes d’exploitation de ces appareils (iOS, Android et Windows Phone) sont à 95% américains. Comme ceux des micro-ordinateurs ou des serveurs. Les États-Unis dominent aussi en matière de microprocesseurs, de logiciels applicatifs, d’internet et de services de cloud computing. Autant de monopoles exposant les entreprises françaises à des risques d’espionnage accrus puisque les entreprises américaines dans ces domaines sont suspectées d’offrir une porte dérobée à la NSA.

Outre-Atlantique, gouvernement et entreprises sont soupçonnés de travailler la main dans la main. L’Advocacy Center se présente comme l’avocat des entreprises de l’oncle Sam à l’export. Selon Bernard Carayon, il va jusqu’à leur fournir des informations leur permettant de remporter des contrats ou des appels d’offres sur leurs concurrents étrangers.

Si l’espionnage électronique a explosé, les États-Unis restent aussi actifs sur le terrain. En France, les American presence post (APP) sont implantés à Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nice, Rennes, Strasbourg et Toulouse. Officiellement, il s’agit d’antennes consulaires et commerciales, rattachées à l’ambassade à Paris. Mais ils cacheraient une activité ciblée d’intelligence économique. "L’APP de Toulouse s’active dans l’aérospatial, témoigne Bernard Carayon. L’une de ses missions est d’identifier les sous-traitants d’Airbus pour les faire racheter par Boeing."

Autre outil déployé par les Américains : le financement. Selon l’ancien député du Tarn, c’est ainsi qu’une société d’analyse des données, créée par un grand groupe français, aurait été approchée par In-Q-Tel, le fonds d’investissement de la CIA [lire ci-dessus], en vue d’une prise de participation dans son capital. Mais c’est le fonds d’investissement TPG Capital qui a fait couler beaucoup d’encre en France. Quand il prend en 2000 le contrôle de Gemplus, devenu Gemalto, il est suspecté de piller la France d’une technologie clé, celle de la carte à puce. Et pour cause : ses dirigeants sont proches des services de sécurité américains. Ceci ne l’empêche pas d’entrer, plus tard, dans le capital d’Eutelsat, l’opérateur de satellites, et de TDF, l’ancien opérateur historique de télédiffusion. S’il est sorti de Gemalto et d’Eutelsat, il détient toujours 42% du capital de TDF. 

In-Q-Tel, le bras financier de la CIA

Sans complexe, la CIA s’affiche comme un investisseur dans la high-tech. In-Q-Tel, son fonds de capital-risque, finance le développement de start-up. Il n’a pas vocation à gagner de l’argent. Sa priorité est de s’assurer le contrôle de technologies jugées stratégiques pour l’activité des agences américaines de renseignement. Chaque année, il investit en moyenne 60 millions de dollars (47 millions d’euros), avec des participations de 1 à 3 millions de dollars par start-up. Depuis sa fondation en 1999, il a financé près de 200 jeunes pousses, soit au total un investissement de 3,5 milliards de dollars. Parmi ses bénéficiaires figure Keyhole, le père du système de géonavigation sur internet, racheté en 2004 par Google et devenu Google Earth. Selon Bernard Carayon, ancien député (UMP) du Tarn, ce fonds va plus loin en détectant à l’échelon mondial les technologies innovantes susceptibles d’intéresser les 500 plus grosses entreprises américaines. 

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