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L'Usine de l'Energie

Les éoliennes d’Alstom chez Areva ? Pas si simple !

Manuel Moragues , , , ,

Publié le

Analyse Si Alstom vendait sa branche énergie à General Electric, Areva pourrait récupérer son activité éolienne et devenir le champion français du secteur. Un scénario  plus complexe qu’il n’y paraît et qui impliquerait pour Areva de revoir de fond en comble sa stratégie dans l’éolien.

Les éoliennes d’Alstom chez Areva ? Pas si simple ! © Ludovic Dupin - L'Usine Nouvelle

L’Haliade d’Alstom arborera-t-elle bientôt les couleurs d’Areva ? La question a été abordée par Luc Oursel, le PDG d’Areva, ce mardi 20 mai lors de son audition par la commission d'enquête parlementaire sur les coûts du nucléaire. S’exprimant sur la perspective du rachat du pôle énergie d’Alstom, le PDG a déclaré que son groupe était en contact avec les repreneurs potentiels et était prêt à étudier d’éventuelles opportunités dans l’éolien.

Conserver les couleurs nationales sur l’activité éolienne d’Alstom est l’un des enjeux des négociations entre le ministère de l’Economie et General Electric. L’américain a bien intégré cette demande de Bercy, qui peut désormais s’appuyer sur le décret publié mercredi 14 mai qui soumet le rachat d’Alstom à l’autorisation du ministère. Dans sa lettre du 29 avril adressée à François Hollande, le PDG de General Electric, Jeff Immelt, avait déclaré être prêt "à étudier toute proposition d’acquisition de la part d’investisseurs français pour les activités éolien onshore et offshore d’Alstom".

Les deux appels d’offres français dans l’éolien offshore ont réparti les champs mis en jeu de manière équitable entre les deux turbiniers : 3 pour Areva, 3 pour Alstom. La pertinence d’avoir deux champions pour ce marché encore nouveau a été souvent discutée. L’absorption de l’éolien d’Alstom par Areva ferait émerger un seul turbinier tricolore, avec un carnet de commandes bien garni dans l’offshore. Mais, cela supposerait pour Areva de revoir de fond en comble sa stratégie.

En finir avec la stratégie de pure player de l’offshore

Première question : pourquoi Areva s’intéresserait-il à l’éolien terrestre ? Car Alstom vend, pour le moment, uniquement des turbines terrestres (il a remporté un appel d'offres pour l'éolien offshore mais n'a pas encore reçu de commande ferme). Areva a toujours revendiqué son positionnement exclusif sur l’offshore, dont les grands et complexes projets sont plus proches de la culture de l’entreprise. Alstom est un petit acteur de l’éolien avec quelques pourcents de parts du marché mondial. Il est à la peine sur un marché devenu très compétitif et a fermé ses usines espagnoles héritées du rachat d’Ecotecnia en 2007. Alstom est pratiquement devenu un acteur brésilien avec ses nouvelles usines locales qui doivent fournir les 1700 MW de contrats remportés ces dernières années dans des conditions économiques très exigeantes. Pas très attractif a priori pour Areva, qui perd déjà de l’argent avec ses éoliennes offshore.

Sauf que les difficultés d’Areva dans l’éolien viennent essentiellement d’un trou d’air dans les grands contrats offshore. Le marché plus régulier de l’éolien terrestre pourrait lisser l’activité du groupe. "Il ne faut pas oublier que l’offshore ne représente que 2% de la capacité éolienne installée. C’est un marché de niche. Le grand marché, c’est le terrestre, et Alstom pourrait être l’opportunité pour Areva d’y entrer", souligne un expert du secteur. Ce serait en tout cas un virage stratégique.

Revenir sur l’alliance avec Gamesa et sur des choix technologiques

Pas de chance dans le calendrier. Areva a annoncé en ce début d’année être entré en négociations exclusives avec l’espagnol Gamesa pour former une coentreprise 50-50 dans l’éolien en mer. Une fusion complète des activités qui permettrait notamment à Areva de partager ses coûts de développement avec Gamesa, bien moins avancé dans l’offshore que le français. Et de renforcer ses liens avec l’électricien Iberdrola, premier actionnaire de Gamesa, qui a de grandes ambitions dans l’offshore britannique. L’acquisition de l’éolien d’Alstom rendrait sans doute caduque ce projet d’alliance, sans pour autant retrouver les mêmes synergies.

Dans l’offshore, Alstom est Areva sont en effet opposés dans leurs choix technologiques. Alstom a misé avec son Haliade sur une technologie à entraînement direct qui se passe de boîte de vitesse entre le rotor de l’éolienne et l’alternateur. Même si Siemens a aussi fait ce choix pour sa nouvelle éolienne de 6 MW, Areva, qui conserve une boîte de vitesse dans sa M5000 et sa future 8 MW, n’a eu de cesse de souligner que le marché actuel reste quasi exclusivement dévolu à des turbines à boîte de vitesse. Intégrer cette technologie marquerait un revirement complet de la part d’Areva.

Remettre en question les plans industriels français ?

C’est probablement le sujet le plus délicat, du moins politiquement. Les appels d’offres français ont mis en avant le développement d’une véritable filière tricolore et des emplois associés. Areva comme Alstom ont des projets ambitieux d’implantations industrielles dans le Grand Ouest. Environ 100 millions d’euros devaient être investis par Alstom dans quatre usines : deux usines à Cherbourg (Manche) pour la construction des mâts et la fabrication par le danois LM Wind Power, des pales. Deux usines à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) pour l’assemblage des nacelles et la fabrication, par General Electric Power Conversion, des génératrices. La construction des usines de Saint-Nazaire est déjà bien avancée.

De son côté, Areva doit construire deux usines au Havre (Seine-Maritime) pour la fabrication des pales et l’assemblage des nacelles. ABB pour la génératrice, le finlandais Moventas pour la boîte de vitesse et le japonais NTN-SNR pour les roulements sont censés s’installer à ses côtés. Sans compter les centaines de PME françaises qui s’engouffrent dans le sillage de ces géants. Que deviendront ces plans si Alstom devenait Areva ? Leur abandon pur et simple serait politiquement suicidaire et, à moins de tenter de revenir sur les appels d’offres déjà remportés, il faudra bien livrer les éoliennes prévues. Mais, à terme, "garder deux lignes de produits pour un marché naissant paraît insoutenable", estime un expert du secteur.

Manuel Moragues

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