Les entretiens de Margaux démarrent sur un bon cru

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Les entretiens de Margaux, organisés les 26 et 27 septembre par le conseil régional d'Aquitaine et Oséo, au milieu des vignobles du Médoc, n'auront pas tardé à porter leurs fruits. Dès la fin de la seconde journée de débats sous formes de conférences plénières et d'ateliers aux thèmes très ciblés, l'ensemble des participants a contribué à l'élaboration des "10 commandements de la déclaration de Margaux".

Cette liste de 10 préceptes à suivre pour améliorer l'appui des entreprises innovantes, en particulier les PME, sera envoyée dès aujourd'hui au gouvernement à l'ensemble des présidents de régions de France, et sans doute à Bruxelles, accompagnés d'une lettre signée d' Alain Rousset, président de la Région et Jean-Pierre Denis, président (encore pour quelques jours) d'Oséo.

"Nous voulons créer un lieu de rencontre des acteurs de l'innovation dans un format volontairement restreint, afin de privilégier la liberté de ton", annonçait Jean-Pierre Denis, en ouvrant l'événement. "Lâchez-vous", conseillait alors Alain Rousset aux 200 participants venus du monde entier. Et si les premiers débats ont été timides, ceux réunissant des industriels et des représentants des organes de financement publics et privés, notamment, les participants ont très vite suivi la consigne.

La première séance plénière a ainsi permis de dénoncer le manque de cohérence des systèmes de financement de l'innovation en France, la frilosité des banques et le manque de confiance que les grands groupes et le secteur public accordent aux petites entreprises. Les ateliers ateliers et conférences suivants ont mis en exergue les enjeux du développement durable et la nécessité de pousser les innovations responsables, discuté le rôle des brevets, en particulier dans le cadre d'une innovation durable, dénoncé le manque de solidarité des acteurs publics et privés dans la chaîne de l'innovation et le manque de mobilité entre les secteurs publics et privés.

De ces discussions, outre 10 règles d'or à suivre, les participants proposent également des actions concrètes à mettre en oeuvre. Organiser la gratuité du premier brevet pour une entreprise innovante, par exemple, ou la mutualisation des outils de valorisation des fruits de la recherche académique. "La Région Aquitaine tirera profit de tout cela", promet Alain Rousset. Mais le président de la Région attend surtout que l'ensemble des acteurs économiques du territoire se mobilisent pour "pousser la France à passer d'une culture de reproduction à une culture de l'anticipation".

Le président de l'Aquitaine espère aussi plus de simplicité dans la définition des normes imposées aux industriels français, et plus de cohérence entre les actions de l'Etat des Régions. "L'innovation vient de la base mais tout est fait pour que la base n'ait pas les moyens d'agir", justifie-t-il. Enfin, le président d'Aquitaine en appelle à un effort public pour mieux financer l'innovation, notamment en s'appuyant sur la législation sur l'épargne. "Il y a des outils et des réseaux à mettre en place sans attendre pour soutenir l'innovation dans les PME, conclut le président de Région. Nos équipes [celles de 'Aquitaine et d'Oséo, ndlr] sont à disposition pour travailler à cela."

Outre le débat, constructif, sur l'innovation, "ces journées rencontres ont aussi été l'occasion de rencontrer des personnalités exceptionnelles", rappelle Philippe du Mesnil, PDG de Ceva santé Animale (1800 personnes, 301 millions de chiffre d'affaires en 2006), entreprise d'Aquitaine spécialisée dans la pharmacologie vétérinaire. A l'image de l'architecte Jaime Lerner, père et ex-maire de la Ville de Curitiba, et ancien gouverneur de l'Etat du Panama, venu à Margaux expliquer comment concilier organisation des sites urbains et développement durable. Le PDG de Ceva peut se réjouir, les entretiens de Margaux 2 sont déjà programmés pour l'an prochain... au même endroit, bien-sûr.

J.-S. S.

Pour en savoir plus: http://entretiensdemargaux.org.


LES 10 COMMANDEMENTS DE LA DECLARATION DE MARGAUX

1/ Promouvoir la mise en réseau, les partenariats, les associations d'entreprises et la mobilité des acteurs

2/ L'échelon de pertinence des acteurs de l'innovation doit être la proximité régionale couplé à des réseaux élargis de compétences

3/ Intégrer le triple résultat (économique, social et environnemental) dans les gouvernances territoriales et les passations de marchés ainsi que dans les gestions des entreprises

4/ Privilégier l'approche systémique dans l'enseignement et dans le management

5/ Raisonner mondial et promouvoir les écosystèmes compétitifs

6/ Simplifier et accélérer les processus d'accompagnement de l'innovation

7/ Jouer collectif : solidarité et responsabilité indispensables des acteurs dans la chaîne de l'innovation

8/ Mettre en place des outils et des critères d'évaluation des hommes, des procédures et des structures, cohérents avec les objectifs

9/ Revisiter le Droit de la propriété industrielle à la lumière des exigences du développement durable

10/ Mettre en place un droit de l'expérimentation en France afin de sortir de cadres contraignants (marché publics, code du travail...)


Les petites phrases

Jean Guinet, chef d'unité à l'OCDE : "le système d'innovation chinois croit deux fois plus vite que leur économie avec un taux de développement des dépenses en R&D de 18% par an"

Jean-François Dehecq, président de Sanofi-Aventis: " La contrefaçon dans les médicaments est inévitable. si les pauvres nous copient pour soigner leurs populations, pourquoi pas?
Par contre, les copies vendues en Europe du nord, parfois des placebos, posent un réel problème de santé publique"

Philippe Aghion, professeur d'économie à l'université d'Harvard: " Chercher à équilibrer les dépenses publiques de santé est louable, cela a pour première conséquence de freiner les motivations des grands groupe pharmaceutiques à lancer des programmes de recherche qui coûtent très cher et dont le retour sur investissement sera donc limité"

Vous trouvez ça normal?
David Sourdive, directeur général délégué de Cellectis, jeune PME de Biotech récemment introduite en bourse: "En France, il existe des moyens financiers très importants qui pourraient favoriser l'innovation, à commencer par l'argent des assurances vies. Mais il est très difficile de trouver des financement pour des entreprises comme les nôtres, considérées "à risque élevé". Mais parallèlement, on trouve des financiers français en postes aux Etats-Unis qui financent ce même type d'entreprises sur place !"

Jean Rauscher, conseiller du commerce extérieur de la France: " L'innovation ne viendra pas des grands groupes. Déjà, aux Etats-Unis, des géants comme Cisco clament qu'ils ne feront plus de R&D mais se se focaliseront sur le rachat d'entreprises innovantes. Cela va arriver en France. Pour pousser l'innovation, les interlocuteurs des centres de recherche ne doivent donc pas être les grands groupes, mais au contraire des PME qui vendent leurs innovations à des grands groupes qui ne savent pas faire de l'innovation de rupture".

"Une excellente façon de favoriser l'innovation et le transfert industriel est d'attirer les chercheurs dans les entreprises. Mais ces chercheurs ne veulent pas travailler pour un salaire tout en laissant les gains de leurs travaux aux industriels. Si vous voulez avoir des chercheurs qui viennent travailler dans des entreprises, il faut leur donner un intérêt en leur ouvrant le capital"

Jean Therme, directeur des technologies au CEA: " Le modèle américain qui promeut la prise de risque et l'entrepreunariat est intéressant. Mais en termes d'innovation, il faut arrêter de croire qu'il n'y a que le modèle américain qui fonctionne. Les asiatiques investissent massivement, en interne, et sur le long terme, alors que les groupes occidentaux sont focalisés sur les résultats à court terme. Observez les bien car ce sont eux qui gagneront demain".

"Pour créer des entreprises championnes dans certains domaines en France, il faut leur donner les moyens de devenir plus importantes. On pousse la création des gazelles, mais chez nous, il n'y a aucune structure de financement d'entreprises moyennes qui se développent. Résultat: Quand elles deviennent grandes, elles s'en vont ailleurs".
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