Economie

« Les entreprises vont devoir investir dans les politiques sociales en Tunisie »

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Un peu moins d’un mois après la chute du président Ben Ali en Tunisie, L’Usine Nouvelle revient avec Bruno Bourel, directeur général de l’AFC Industrie, sur la situation économique dans le pays.

« Les entreprises vont devoir investir dans les politiques sociales en Tunisie » © Reuters

L’activité de votre entreprise spécialisée dans la sous-traitance a-t-elle repris ?

Dès la révolution passée et le départ du président, je suis retourné sur notre site. C’était le 15 janvier. Trois jours après, 100% de mes effectifs sur le site situé dans la zone industrielle de Mghira II à Fouchana étaient de retour. C’est ce jour-là qui a marqué le véritable retour à une production normale.

Parce que, avant la chute du pouvoir, votre entreprise a été affectée par les événements ?

Pas du tout. Les Français n’étaient pas la cible. Et les produits industriels encore moins. C’était une révolution interne. Il est certain que quelques grands noms qui vendent des produits de consommation ont été dévalisés. De même, toutes les entreprises liées à la belle famille du président étaient saccagées.

Mais dans l’industrie, je n’ai pas connu de véritable problème. Il y a eu deux écoles à ce moment-là, car personne ne s’attendait à un départ si brutal du président. Certains ont pris des mesures de précaution par peur, comme la plupart des grands groupes qui ont rapatrié leurs ressortissants. D’autres, comme moi, sont restés pour voir comment la situation évoluait.

Et quelle est-elle ?

Depuis le départ du président, les choses se mettent en place, mais les revendications sociales se multiplient. Pendant toute la présidence de Ben Ali, les avantages sociaux étaient insuffisants, car le gouvernement menait prioritairement une politique sociale en faveur des investisseurs étrangers. Maintenant qu’il est parti, tout le monde veut son dû.

Quelles conséquences pour les entreprises étrangères en Tunisie ?

Pour l’instant, on ne peut pas trop le dire. Mais par exemple, jusque là, les investisseurs étrangers pouvaient renouveler un contrat à durée déterminée pendant quatre ans, sans au final embaucher la personne même si elle travaillait bien. Désormais, bon nombre de salariés des entreprises privées comme publiques se révoltent contre ce système. Il est certain que des choses vont évoluer. Les entreprises étrangères et tunisiennes vont devoir investir plus largement sur les politiques sociales en Tunisie.

Ces mouvements paralysent-ils l’activité économique ?

Un peu. Pour ma part, nous sommes victimes de retards de livraison, notamment du fait de la grève sur le port de Radès. C’est de là que transite 70% de l’activité de Tunisie. Nos partenaires logistique ont géré la crise 24 heures sur 24 et minimisé la crise. Donc nos conteneurs de produits finis ne partaient pas dans les délais. Et lorsqu’ils quittaient finalement le port, ils ne pouvaient pas arriver au port à Marseille, car là-bas aussi la grève de la CGT ralentit notre activité. C’est une catastrophe pour nous, car nous n’avons aucune maîtrise sur la situation.

Comment voyez-vous l’évolution de la situation dans les jours à venir ?

La parole s’ouvre, les choses vont finir par se stabiliser. L’Etat régularise certaines situations. Il a par exemple répondu aux réclamations des policiers qui voulaient une amélioration financière. Le ministre de tutelle nous a rencontré, nous investisseurs étrangers. L’objectif est désormais de fluidifier la situation et que cela débouche sur un système démocratique.

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