Les entreprises savent-elles intégrer les jeunes défavorisés ?

Les violences se multiplient dans les quartiers en difficulté. Certaines entreprises commencent à prendre des dispositions pour lutter contre les discriminations qui nourrissent les révoltes.

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OUI " Les dirigeants ont pris conscience de leur rôle "
Yves Desjacques, directeur général délégué aux ressources humaines du Groupe Vedior France
" Ce qui m'agace dans les événements très graves qui secouent nos banlieues, c'est le danger d'amalgame qui en ressort. La grande majorité des personnes qui y vivent ne sont pas des casseurs. Elles ont avant tout la volonté de s'en sortir en se levant chaque matin pour aller travailler. Et, contrairement aux idées véhiculées par le discours ambiant, les entreprises sont déjà bien impliquées sur ce front. Depuis quelques années, leur prise de conscience est importante en ce qui concerne l'égalité des chances et l'intégration. Pas seulement par conviction ou nécessité éthique mais aussi par pragmatisme. Avec les départs à la retraite massifs attendus ces prochaines années, cette main-d'oeuvre va être de plus en plus convoitée pour occuper les postes laissés vacants par les seniors. D'ores et déjà, beaucoup d'entreprises, comme la nôtre, et quelques fédérations se mobilisent pour offrir des opportunités à ces populations défavorisées ou victimes de discrimination. En mars dernier, Vedior a ainsi mis le pied à l'étrier à 500 jeunes issus de quartiers défavorisés. Dans le cadre d'un partenariat avec le ministère de l'Intérieur, ils ont pu découvrir les différents métiers de la sécurité publique et privée. Résultat : 70 % d'entre eux, dotés au départ d'aucune qualification particulière, sont aujourd'hui en passe d'embrasser cette carrière. Plus récemment, avec le comité pour l'égalité des chances de la Ville de Paris, notre groupe a placé 30 jeunes diplômés sans emploi, victimes de discrimination, auprès de ses clients. Je suis plus que jamais convaincu que les entreprises ont un profond rôle à jouer sur le terrain de l'intégration. Tout simplement parce que l'accès à l'emploi permet au jeune d'exister dans notre société en se payant comme tout un chacun son appartement ou ses loisirs. "
NON " Seules les entreprises installées dans les quartiers difficiles font des efforts "
Jean-François Amadieu, directeur de l'Observatoire des discriminations.
" Il serait injuste de faire porter aux seules entreprises la responsabilité de ce qui se passe aujourd'hui dans les quartiers ghettos. Elles ne sont pas à l'origine de la ségrégation des populations par quartiers, ni de la carte scolaire qui conduit les enfants des foyers en difficultés à se retrouver tous dans les mêmes collèges et se sentir privés d'avenir. En revanche, elles ont une responsabilité lorsque les jeunes se heurtent à des problèmes d'insertion professionnelle parce qu'ils vivent dans ces quartiers stigmatisés. Si les entreprises avaient des pratiques de recrutement de meilleure qualité, elles ne contribueraient pas à nourrir le sentiment d'injustice et de discrimination qui grossit dans ces cités défavorisées. Par ailleurs, les études que nous avons menées à l'observatoire des discriminations montrent que les personnes qui ont le plus de difficultés à s'intégrer dans la vie professionnelle sont les femmes célibataires avec enfants, habitant ces quartiers. On sait aussi que les enfants les plus exposés aux comportements délinquants sont issus de ces familles monoparentales très pauvres. En excluant du marché du travail les femmes seules avec enfants ou en leur laissant les emplois les plus précaires, les employeurs portent, indirectement, une part de responsabilité. Néanmoins, toutes les entreprises n'ont pas ces pratiques d'exclusion. J'observe actuellement plusieurs entreprises de distribution en Essonne, en Seine-Saint-Denis et dans les Hauts-de-Seine. Les trois quarts de leurs salariés résident dans un rayon de 5 kilomètres autour de leurs grandes surfaces. C'est positif pour l'intégration des populations de ces quartiers et pour ces entreprises qui sont appréciées. Par ailleurs, les agences d'intérim tentent de convaincre leurs clients d'intégrer ces jeunes. Petit à petit, elles sont entendues.
Propos recueillis par Thibaut de Jaegher et Isabelle Germain

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