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Les entreprises qui s'engagent ne le font pas par philanthropie

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La patronne de Vigeo, la principale agence de notation de l'engagement social et environnemental des entreprises, fait le bilan de la démarche à la veille de dix ans d'obligation pour les grandes entreprises.

Les entreprises citées

Les entreprises cotées en Bourse doivent, depuis 2001, présenter un bilan social et environnemental dans leur rapport annuel. Y a-t-il eu de vraies avancées ?

La loi sur les Nouvelles régulations économiques (NRE) a créé un vrai progrès chez les entreprises. Elles ont dû rendre compte de leurs pratiques environnementales, sociales et sociétales. Le champ de la Responsabilité sociale et environnementale (RSE) est très large. Il touche à tout ce qui relève de l'attention que porte l'entreprise aux intérêts de ses parties prenantes : actionnaires, salariés, fournisseurs, sous-traitants, collectivités, environnement.... En obligeant les entreprises à communiquer, la loi les a amenées à définir leurs objectifs de RSE et à poser des systèmes de reporting qui n'existaient pas. Et, alors que cette loi n'existe pas dans tous les pays européens, il y a eu un effet d'imitation par les autres multinationales.

Et les petites entreprises ? Le Grenelle II semble avoir mis de côté l'obligation de communication des entreprises de plus de 500 salariés.

La loi Grenelle II prévoit d'élargir tout de même le périmètre des entreprises éligibles à l'obligation de publier des informations RSE. Ce qui est en suspens, c'est le seuil à partir duquel - en nombre de salariés ou en chiffre d'affaires - elles vont devoir le faire. Certaines PME, alors que rien ne les y contraint, sont pionnières dans la manière de se saisir de ces concepts et d'en tirer des opportunités en termes d'image et d'attractivité de leurs produits. Une autre question encore en discussion porte sur le développement d'un label RSE pour les PME.

Quelles sont les motivations des entreprises ?

Celles qui revendiquent des engagements de RSE ne le font pas par philanthropie. Elles y voient des atouts supplémentaires en termes de réputation, d'attractivité de leurs produits ou de leurs services, une source d'innovation et de différenciation compétitive. Les moins convaincues observent qu'à se désintéresser de ces sujets, elles risquent d'attenter à leur image.

Comment se positionnent les entreprises françaises par rapport aux autres pays européens ?

Les Pays-Bas restent le pays où les entreprises fournissent le plus d'informations en matière de RSE. La France est deuxième dans le système de reporting. Mais c'est aussi parce qu'il y a une contrainte législative.

Quels sont les domaines dans lesquels les entreprises sont le plus avancées en matière de RSE ?

C'est sur la gouvernance que les informations données par les entreprises sont les plus complètes. Il existe depuis longtemps des standards auxquels les entreprises doivent se plier. Et la gouvernance est regardée à la loupe par les acteurs financiers. Elle donne lieu à de nombreuses évaluations. C'est sur les questions sociales qu'il y a moins d'informations. Les données sur les restructurations ne courent pas les rues tout comme celles sur la promotion du dialogue social.

Il n'y a aujourd'hui pas de normes pour la RSE, n'est-ce pas la raison d'un certain flou et d'une difficulté pour les entreprises ?

Tout d'abord, je voudrais rappeler que ce concept a à peine dix ans, c'est peu. Il mérite encore d'être vulgarisé. Les entreprises doivent lui donner sa consistance. La normalisation se construit la plus souvent à partir d'un capital d'expérimentations. Les dirigeants doivent se saisir de la logique de la RSE et faire vivre un contenu qui soit propre à leurs activités, leurs enjeux stratégiques, leurs métiers, leurs territoires d'implantation. Une norme ISO 26000 devrait d'ailleurs voir le jour et fournir des lignes directrices sur la RSE.

Mais l'engagement sans la norme suffit-il ? Il était affiché par BP et cela n'a pas évité la catastrophe du golfe du Mexique.

Un accident de cette nature n'a effectivement rien d'anodin. Mais il faudra voir si la catastrophe ressort de l'accident que l'entreprise ne pouvait pas anticiper. Ou s'il y a eu une mauvaise maîtrise des risques et des négligences en matière de sécurité. Dans des situations comme celle-ci, chez Vigeo, nous déclenchons une alerte et revoyons nos scores en conséquence.

Les entreprises opèrent sur des zones géographiques de plus en plus diversifiées, comment savoir si leurs engagements RSE sont au même niveau quel que soit le pays ?

Premier élément pour évaluer la mobilisation de l'ensemble de l'organisation : existe-t-il un système de reporting qui invite les opérationnels des zones d'activités à rendre compte de leurs engagements et de leurs résultats ? S'il n'existe pas, cela veut dire qu'il a des trous dans la maille. Deuxième élément : les critères d'évaluation et de rémunération des managers intègrent-t-ils des objectifs de RSE ? C'est un mouvement qui s'amorce dans certaines entreprises, Danone, Vivendi, le Crédit agricole l'ont mis en place. D'autres y réfléchissent. Enfin, les dirigeants abordent-ils ces sujets au sein du conseil d'administration ? L'existence d'un comité éthique ou de développement durable est un signe de maturité. Il y a une prise de conscience que la RSE doit s'exercer partout. Lors du sommet Afrique-France du 1er juin, le Medef a proposé une charte d'engagement en dix points pour les multinationales opérant sur ce continent avec évaluation des progrès dans deux ans.

L'affaire des suicides chez Foxconn en Chine ne montre-t-elle pas que la sous-traitance peut être une voie pour s'affranchir de ses responsabilités ?

Non. Regardez l'impact médiatique sur les donneurs d'ordres comme Apple ou Sony. La prise en compte par les sous-traitants des principes, dont se recommandent leurs donneurs d'ordres, est de plus en plus un enjeu de RSE.

Quelles sont les structures qui s'intéressent à vos services de notation et de conseil ou d'audit ?

L'ensemble des banques et des assurances s'intéressent à la notation. Depuis peu, le Private Equity a aussi fait son entrée dans l'investissement socialement responsable. Ces acteurs s'intéressent aux actifs immatériels et au capital humain. Enfin, au-delà de la notation, des entreprises du secteur public, privé ou mutualiste sollicitent de l'audit ou du conseil pour engager des démarches de progrès continu.

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