"Les entreprises nucléaires françaises, pas assez agressives à l’international", selon Stéphane Aubarbier

Assystem est membre fondateur de l’AIFEN (Association des industriels français exportateurs du nucléaire) et, à ce titre, participe à la mise en place du World Nuclear Exhibition (WNE), le Bourget du nucléaire, qui se tiendra du 14 au 16 octobre prochain en région parisienne . Stéphane Aubarbier, vice-président exécutif de la société d’ingénierie, décrit à L’Usine Nouvelle l’intérêt pour son groupe, et pour les entreprises françaises de l’atome, d’être identifiés comme membres de la famille nucléaire française.

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L'Usine Nouvelle - En participant à l’organisation du World Nuclear Exhibition (WNE), Assystem montre-t-il qu’il est membre de "l’équipe de France" du nucléaire ?

ÉVÈNEMENT
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Stéphane Aubarbier - Toutes les structures mondiales d’ingénierie dans le nucléaire se sont créées autour d’une filière. Par définition, il est impossible de développer des compétences si on ne les a pas "déroulées" quelque part. Donc, si on est Américain, on a travaillé avec GE et Westinghouse. Si on est Japonais, on a travaillé autour de Toshiba et MHI. Si on est Russe, on a bossé avec Rosatom. Nous, en étant français, nous avons construit nos compétences autour d’EDF et d’Areva. Dans le nucléaire, il y a une forte identification par nationalité. C’est dans ce schéma de filière nationale relativement forte que s’inscrit le WNE.

De quoi est né le WNE ?

Des travaux du comité stratégique de la filière nucléaire française (CSFN) en sont à l’origine. Nous avons réalisé un benchmark. Du côté des forces, il en ressort que la filière française est, avec les filières américaine et russe, considérée comme possédant un très haut niveau de technicité et d’expertise. Elle présente même un niveau de sûreté plus important que les deux autres.

Du côté des faiblesses, comme toutes les filières françaises à l’export en général, elle manque de lisibilité. De ce constat est né l’AIFEN (Association des Industriels français exportateurs du nucléaire), dont Assystem est membre fondateur. Son but est de promouvoir l’export du nucléaire. Il a été décidé qu’un des éléments permettant de valoriser la filière est l’organisation d’un forum nucléaire pour s’adresser aux clients internationaux.

Les acteurs français ont-ils du mal à capter les clients internationaux ?

Chez un assez grand nombre de sous-traitants du nucléaire français, on attend qu’EDF et Areva soient présents sur des grands programmes internationaux pour se développer dans leur sillage. Mais c’est une erreur assez fondamentale. Si une entreprise a acquis des compétences auprès d’un de ces grands acteurs, elle n’aura aucun problème à se positionner à l’international. elle sera tout à fait crédible !

Y a-t-il une crainte de la réaction d’Areva ou d’EDF si un sous-traitant travaille pour un concurrent ?

Je m’interroge. Toutes les sociétés nucléaires françaises ne sont pas agressives à l’international. Certaines se demandent peut-être ce qu’en penseraient EDF et Areva si elle allait voir ailleurs. Pourtant, c’est sain pour tout le monde. Cela donne du benchmark et du retour d’expérience aux fournisseurs d’EDF et Areva, ce qui sert ces derniers lors de leurs grands projets à l’international et en France. Assystem par exemple travaille aujourd’hui sur le programme nucléaire coréen aux Emirats Arabes Unis. Autre exemple, Vallinox travaille en Chine sur les projets américains.

Le salon WNE intervient dans un contexte nucléaire français incertain. Le projet de loi de transition énergétique n’a pas tranché sur tout. C’est un problème pour les clients ?

Je passe beaucoup de temps à l’international avec des prospects nucléaires. Ce qui est important, ce n’est pas que la France construise ou non beaucoup de réacteurs. L’important, c’est que la stratégie française soit lisible ! Dire que le nucléaire passera de 75 à 50 % dans le mix électrique n’est pas un problème en soit. Rester à 75 % n'est pas une condition sine qua non pour vendre le nucléaire français. La question est la pérennité de la compétence nucléaire. Si on maintient 50 % de nucléaire pendant 30 ou 40 ans et que l’on continue à étudier la quatrième génération, tout ira bien.

On peut regretter que le projet de loi ne soit pas plus clair sur ces points. En revanche, il sera difficile de vendre de nouveaux types de réacteurs si on ne les construit pas d’abord déjà chez soi. Expliquer à d’autres pays qu’ils vont expérimenter de nouvelles technologies est un exercice compliqué. Il faut pouvoir montrer des démonstrateurs.

Quels sont les freins à l’export aujourd’hui pour la filière française ?

J’en compte deux. Le premier est le financement. Financer sur le marché privé par la dette des projets nucléaires est très difficile. Il faut beaucoup d’argent mobilisable immédiatement avec un retour du premier euro assez lointain. Il faut que l’Etat ne soit pas seulement caution, il doit proposer un financement direct comme le font les Russes ou les Etats-Unis.

Le deuxième sujet, c’est l’hégémonie de la Nuclear Regulatory Commission (l’autorité de sûreté nucléaire américaine). Tous les pays primo-accédant au nucléaire se font conseiller pour mettre en place un cadre réglementaire qui s’accompagne d’un concept de sûreté. Par exemple, quand on est Français, un ouvrage doit résister à des chutes d’avions, même d’un 747. Pour les Américains, le 747 ne percutera jamais l’îlot nucléaire car il sera abattu en vol avant. Ce sont deux philosophies différentes qui conditionnent le choix et les coûts des équipements.

Le fait d’avoir une autorité française (ASN) peu portée vers l’extérieur par rapport à une NRC très exportatrice de ses concepts crée un environnement plus favorable aux Américains. Reste à savoir si la France veut confier cette mission à l’ASN – si l’ASN l’accepte - et si elle lui en donnera les moyens le cas échéant.

Propos recueillis par Ludovic Dupin

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