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Les entreprises en panne d’investissement

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en couverture Depuis la mi-2011, les entreprises réduisent à nouveau leurs dépenses d’équipements en France et en Europe. En prenant du retard, l’industrie du continent risque de se faire distancer. 

Les entreprises en panne d’investissement © D.R.

Les entreprises citées

"Avec une croissance de 13,2% de notre activité au premier trimestre, il fallait agrandir nos capacités de production", reconnaît Thierry Lambert, le PDG de Naturex. À Avignon (Vaucluse), le fabricant d’ingrédients naturels pour les industries agroalimentaires a inauguré, début juin, l’extension de son usine, à côté de son nouveau siège social. Un investissement de 12 millions d’euros, qui doit permettre au groupe de doubler sa capacité de formulation d’ingrédients liquides. Pour 2014, le fabricant prévoit d’investir 5 millions d’euros pour se doter de laboratoires. "Nous avons la chance de gérer de la croissance, notre marché est porteur", concède le PDG.

Dans l’industrie française, Naturex fait presque figure d’exception. C’est bien là le problème. En 2009, les investissements des entreprises ont été le principal moteur de la sortie de crise. Aujourd’hui, la machine s’est enrayée. Depuis cinq trimestres, les entreprises coupent à nouveau dans leurs dépenses en équipements. De janvier à mars 2013, la baisse a été de 0,8%. "Beaucoup de projets ont été reportés, le marché n’est pas très brillant en France", confirme Jean-Camille Uring, membre du directoire de Fives et président du Symop, la fédération des fabricants de biens de production.

Mauvaises perspectives

  • Prévisions d’investissements en France - 2,3% en 2013 et - 0,1% en 2014 (Euler Hermes)
  • Utilisation des capacités de production À 75,2%, elle reste inférieure de 4 points à sa moyenne de long terme.

Et aucun rebond n’est attendu, selon l’Insee. Interrogés en avril par l’institut de statistique, les industriels français anticipent une baisse de 4% de leurs dépenses en équipements en valeur cette année. En janvier, ils espéraient encore stabiliser leur effort. Tous les secteurs manufacturiers ont revu leurs prévisions à la baisse, à l’exception notable de l’automobile. Et encore, dans cette filière les entreprises estiment qu’elles ne devraient réduire leurs dépenses "que" de 20%, contre - 21% annoncés en janvier.

"On peut espérer un petit sursaut technique des dépenses d’équipements à la fin 2013, lorsque les entreprises anticiperont la hausse de TVA prévue pour janvier 2014, constate Denis Ferrand, l’économiste de COE-Rexecode. Mais il ne faut pas se faire d’illusions. Il n’y a pas de marge de manœuvre pour accélérer les investissements."

Les projets restent dans les tiroirs

Tous les indicateurs ou presque sont dans le rouge. Même si le moral des industriels s’est amélioré en mai, avec un bond de quatre points, les carnets de commandes restent dégarnis. La faute à la faiblesse de la consommation, en France mais aussi dans la zone euro, qui absorbe 60% des exportations.

La profitabilité des entreprises a fondu avec la crise. Avec un taux de marge retombé à son plus bas niveau depuis vingt-cinq ans (27,9% avant impôt), leurs capacités financières pour mener à bien des projets se sont réduites. Dans le même temps, le taux d’utilisation des capacités de production est de 75,2%, loin des niveaux d’avant-crise. De quoi inciter les patrons à laisser dans les tiroirs pour quelque temps encore les projets d’achats de nouvelles machines. "Depuis les élections italiennes de la fin 2012, l’attentisme s’est diffusé parmi les patrons européens. Les incertitudes s’apaisent, mais le redressement va être graduel", estime Axelle Lacan, économiste au Crédit agricole, qui juge que l’absence de contraction du crédit ("credit-crunch") en France a évité l’effondrement des investissements productifs. Mais la nature de ces investissements a changé.

"Les entreprises qui ont encore des projets concentrent leurs efforts sur le renouvellement d’équipements. Elles préservent leurs capacités de production. Mais cela ne crée ni effet d’entraînement ni montée en gamme", s’inquiète Ludovic Subran, économiste chez Euler Hermes. Les industriels ont mis un frein sur les dépenses d’extension de capacité. Selon l’Insee, ces dernières restent "en deçà de leur moyenne de long terme". Idem pour les investissements nécessaires pour commercialiser de nouveaux produits. Chez Majencia, les recrutements ont été gelés mais les investissements maintenus à 3 millions d’euros. "Nous ne cherchons pas à augmenter notre production, car nos ventes ont baissé de 10% en 2012. Grâce à nos nouvelles machines, nous optimisons au maximum la production en réintégrant une partie de l’activité externalisée", explique Vincent Gruau, le PDG du fabricant de mobilier de bureau, dont la dernière machine acquise permet de baisser le coût de fabrication d’une pièce, en réduisant le temps de production et l’utilisation de matière première. "Il faut préparer la reprise, même si on ne la voit pas arriver", souligne-t-il. 

L’impact relatif du Cice

Problème pour l’industrie française : le retard s’accumule. "Une année de croissance nulle des investissements productifs, cela représente une baisse de 0,1% de la croissance potentielle dans les deux ans", calcule Ludovic Subran, qui anticipe un recul de 2,3% des dépenses en 2013 et - 0,1% en 2014. Or, pour monter en gamme, les industriels français ont impérativement besoin d’investir. Encore faut-il dégager des marges… Le cercle vicieux est en place. "L’écart continue de s’accroître, s’inquiète Jean-Camille Uring. On vend 2 500 robots par an en France, contre 6 000 en Allemagne."

Pour redorer un peu les marges des entreprises, le gouvernement a bien mis en place le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice). Et si le préfinancement est possible dès 2013, son impact est incertain. "Le Cice permet de gérer au mieux notre besoin en fonds de roulement, mais ce n’est pas le déclencheur de nos décisions d’investissement", confirme David Shan, le responsable des investissements du verrier SGD, qui a obtenu 2 millions d’euros de préfinancement de Cice. À côté des opérations de maintenance régulière, le groupe envisage le remplacement d’un four de parfumerie en 2014, si la conjoncture s’améliore. "On n’investit dans un four qui fonctionnera dix ans que si le marché est là", reconnaît le responsable du groupe, qui ne prévoit d’augmenter ses capacités cette année qu’au Brésil et aux États-Unis.

"Vu le contexte, le Cice devrait surtout servir à baisser les prix pour augmenter les volumes de production. Ce dont ont besoin les entreprises en urgence, c’est de baisser leurs coûts fixes", estime Denis Ferrand. Pour l’investissement, il faut attendre. 

Un continent à l’arrêt

Allemagne

Le redressement se profile

Prévision d’investissement des entreprises en 2013 - 1, 5%

Les entreprises allemandes n’ont pas fait beaucoup mieux que leurs voisines françaises. Reparti en trombe en 2009, l’investissement productif a rechuté en 2012 de près de 3%. La faute à la faiblesse des débouchés en zone euro. "L’écart entre l’Allemagne et la France ne s’est pas creusé", estime Denis Ferrand, de COE-Rexecode. Mais outre-Rhin, les entreprises disposent de taux de marges plus importants pour relancer leurs projets. Depuis la fin 2012, les commandes allemandes de biens d’équipement sont reparties à la hausse et, selon l’indice IFO, le moral des patrons se redresse. Signe d’un rebond à venir des investissements.

L’Italie

Le décrochage s’accentue

Prévision d’investissement des entreprises en 2013 - 4,5%

Une bérézina. Depuis 2008, l’investissement productif des usines transalpines a reculé de près de 23%. Les dépenses des entreprises dans ce domaine ont ainsi atteint en 2012 leur niveau le plus bas depuis quinze ans, après une baisse de 8% sur l’année. Au-delà de la chute de la demande interne, les entreprises italiennes peinent à obtenir des crédits bancaires. Ainsi, 29% des PME signalent des problèmes de liquidité. Pour redonner de l’air, le gouvernement a promis d’accélérer le paiement des 70 milliards d’euros de factures impayées dues par les administrations publiques. 

Espagne

Le crédit se resserre de plus en plus

Prévision d’investissement des entreprises en 2013 - 6,4%

La contraction du crédit bancaire a été encore plus sévère en Espagne qu’en Italie. Malgré l’amélioration des marges des entreprises, dopées par la baisse du coût du travail et la réduction des effectifs, les projets d’investissements restent contraints par les difficultés de financement. La charge des usines, toujours à un niveau historiquement bas, n’incite pas non plus les entreprises à acheter de nouveaux équipements. Après une chute de 7% en 2012, les investissements productifs reculent encore largement en 2013. 

Et pendant ce temps, les américains investissent 

Au premier trimestre, aux États-Unis, les dépenses des entreprises en équipements et en software ont progressé de 4,6%. Depuis 2009, les investissements productifs ont grimpé de 21%. Même si la reprise économique reste molle outre-Atlantique, les entreprises ont du cash en abondance. Dopées par la baisse des coûts du travail et de l’énergie, elles ont enregistré en 2012 des profits historiques. "La divergence de l’effort d’investissement entre l’Europe et les États-Unis accentue l’écart de potentiels de croissance entre les deux zones", s’inquiète l’économiste Denis Ferrand, de COE-Rexecode. Un retard difficile à rattraper. 

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