Economie

Les entreprises doivent (encore) faire des efforts

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Dossier Aiguillonnées par les constructeurs et par les loueurs, les sociétés commencent à travailler sur la prévention des risques routiers. Une thématique trop souvent reléguée au dernier rang de leurs priorités.

Sommaire du dossier

On ne le dit pas assez : la route reste la principale cause de mortalité au travail. Malgré ce triste record, les entreprises font trop peu pour changer la donne. Selon un sondage Ifop publié en avril pour l'association Prévention et suivi de la sécurité routière en entreprise (PSRE), 44 % des patrons de PME interrogés avouent n'avoir mis en place aucun plan d'action du risque routier à destination de leurs salariés. La moitié de ces mauvais élèves déclarent même ne pas en voir l'utilité !

Le risque routier en entreprise

L'insécurité routière au travail

> 607 personnes tuées, dont 159 lors d'une mission professionnelle et 448 à l'occasion d'un trajet entre le domicile et le lieu de travail.
> 5,2 millions de journées perdues liées aux accidents routiers, dont 1,6 million pour le risque mission et 3,6 millions pour le risque trajet.

Pourtant, en marge du coût humain qu'elle génère, l'incivilité routière peut impacter très négativement l'image d'une entreprise. Du reste, la loi est très stricte sur ce sujet. Depuis 2001, le Code du travail contraint toute entreprise de plus de un salarié à stipuler dans le « document unique » l'ensemble des risques - y compris routiers - auxquels sont exposés ses employés. Elle doit préconiser des actions visant à réduire ces dangers.
Selon le baromètre 2006 publié par l'Observatoire du véhicule industriel (OVE) et TNS Sofres, 89 % des entreprises de plus de 1 000 salariés ont mis en oeuvre au moins une action de prévention des risques routiers pour leurs conducteurs, contre une moyenne de 67 % sur l'ensemble des entreprises interrogées.

Conscients du retard pris chez les TPE et les PME, les loueurs et gestionnaires de flotte commencent à proposer de nouveaux services à destination de leurs clients afin d'enrayer la tendance. « La sensibilisation à la sécurité se fait souvent à l'initiative des loueurs qui voient là un moyen de dynamiser le marché », estime Jérôme Munck, le directeur commercial du loueur indépendant Parcours. Sensibilisation théorique, séminaires, stages de conduite, études de sinistralité fleurissent dans leurs catalogues de services. En 2006, seules 24 % des entreprises avait souscrit des prestations de gestion des sinistres avec leur contrat de location longue durée (LLD), selon le baromètre de l'OVE-TNS Sofres. Pour convaincre les plus récalcitrants, les loueurs recourent à la pédagogie.

« Il faut adapter les véhicules aux métiers et aux personnes »

Jean-Charles Saliba, président d'Alba Conseil et Formation, spécialisée dans le risque routier

Comment expliquez-vous le retard pris par les entreprises dans la gestion de la sécurité de leurs flottes ?
Le problème, c'est que la prévention n'est pas obligatoire et qu'elles préfèrent se concentrer sur les priorités liées à leurs métiers. Seules les entreprises de transport sont plus sensibilisées car elles sont aussi souvent les plus touchées par l'accidentologie.

Comment peut-on améliorer la sécurité d'une flotte ?
Il faut dans un premier temps adapter les véhicules aux métiers et aux personnes. Les entreprises doivent ensuite sensibiliser leur personnel roulant aux risques qu'il encourt et à leur comportement au volant. Et organiser les déplacements des collaborateurs, optimiser les tournées, mettre en place du covoiturage ou exploiter les solutions alternatives comme les transports en commun. Enfin communiquer sur les résultats de leurs actions.

Quelles sont les motivations des entreprises qui font appel à vous ?
Une sur deux veut réduire les surcoûts liés à l'accidentologie. Les autres sont soit sensibles à la sécurité de leurs salariés. Soit confrontées aux remontrances de la Caisse d'assurance maladie qui leur tire les oreilles pour n'avoir pas rempli correctement leur document unique, censé répertorier l'ensemble des risques auxquels sont exposés leurs salariés


Dans le cadre de son nouveau contrat avec le ministère de la Défense, GE Fleet Service, le prestataire retenu, va dispenser 60 sessions de formation dans 60 villes de France avec un important volet sur la sécurité. Chez ALD Automotive, la filiale de la banque Société générale (209 000 véhicules gérés), la gamme des prestations s'est étoffée avec un accent mis sur la sécurité. L'entreprise sensibilise notamment les dirigeants au document unique et propose des stages de conduite. Autre démarche originale, celle d'Athlon Car Lease, loueur indépendant, qui avait lancé en fin d'année dernière un kit de sécurité comprenant un triangle de présignalisation, un gilet haute visibilité et une couverture de survie. Le loueur vient de décider d'installer ce pack d'office sur tous ses véhicules.

Bayer CropScience, pionnier de la prévention

Société agrochimique de fourniture d'herbicides et d'insecticides pour l'agriculture, Bayer CropScience France a commencé les actions de prévention des risques à destination de sa flotte de 300 véhicules dès 1997. En 2000, épaulée par la préfecture du Rhône, elle participe à la création d'un club d'entreprises de partage des bonnes pratiques sur la sécurité routière avec La Poste, Air liquide, la Lyonnaise des eaux, etc. Depuis, Bayer CropScience renouvelle tous les trois ans les stages de sensibilisation auprès de son personnel roulant. Depuis cette année, cette démarche a été étendue à la centaine de saisonniers qui prennent le volant entre six et sept mois. « Ce sont souvent des "jeunes permis" de moins de 25 ans, surexposés aux risques routiers », explique Frédéric Follie, le responsable hygiène et sécurité. Grâce à ces actions, l'entreprise a fait chuter la fréquence des accidents, passés de 12 par million de kilomètres parcourus en 1997 à 2 par million en 2006.


Un coût certain

Les constructeurs ne sont pas en reste. Ils essaient eux aussi de faire en sorte que les sociétés optent pour des véhicules de mieux en mieux équipés en dispositifs de sécurité : airbags, antiblocage des freins (ABS), aide à la trajectoire (ESP). Là encore, la marge de progrès reste importante. La sécurité n'arrive qu'en sixième position des critères de choix des véhicules d'entreprise, derrière le prix, le type de carburant, la marque, le coût d'utilisation et la longévité !

Lentement, les mentalités évoluent. « Avant, les clients achetaient de la mobilité. Aujourd'hui, ils prennent davantage en compte la sécurité, coûteuse pour l'entreprise », estime Vincent Salimon, le directeur du département ventes automobiles chez BMW France. Le constructeur allemand organise depuis avril dernier des journées d'informations techniques et de tests des équipements de sécurité de ses véhicules à destination des loueurs et des décideurs en entreprise.

Reste un gros travail à accomplir sur les utilitaires, qui concerne un véhicule d'entreprise sur trois (voir ci-contre). « L'ABS et les airbags commencent seulement à apparaître sur ce type de voitures. Il y a peu d'ESP. Pas de témoins de surcharge... Les utilitaires légers accusent encore un gros retard. C'est inacceptable », juge Pierre Brendel, le directeur de l'OVE.

Les choses vont peut-être évoluer avec la création en 2006 par le ministère des Transports de l'Observatoire du risque routier en entreprise qui permettra de mesurer et de suivre dans le temps la sensibilité et la prise en compte du risque routier. Et la mise en place d'un « trophée entreprise et sécurité routière » censé récompenser les sociétés les plus dynamiques pour qu'elles servent d'exemple. Et pour que changent les mentalités. « Les dirigeants ont eux aussi un rôle à jouer, estime Sandro Mantovani, le président de PSRE. A commencer par ne pas arriver le matin en Porsche en faisant "vroum-vroum". »

Pierre-Yves Bocquet

Pour les utilitaires, le prix d'achat prime

Pour les utilitaires légers (VUL), le prix d'achat prime toujours sur la sécurité. Quelques exemples frappants : en 2006, l'ABS n'est disponible au catalogue que sur 40,5 % des utilitaires, alors qu'il est installé de série sur tous les véhicules de société. Idem pour l'airbag passager : il est proposé en option sur 94,7 % des VUL alors qu'il est de série sur 98,5 % des véhicules de société, selon une étude de l'Observatoire du véhicule d'entreprise et de la CNAMTS. « Il n'est pas rare de voire des fourgonnettes de BTP chargées jusqu'au plafond sans même une grille de séparation entre l'arrière et le poste de conduite. Même les grands groupes sont demandeurs de véhicules sous-équipés, car moins chers », regrette Jean-Charles Saliba, le président d'Alba Conseil.
P-Y.B.

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