Les entreprises adoptent les réseaux de micro-ordinateursGrâce aux capacités de communication des matériels et logiciels, les entreprises "connectent" leurs micros-ordinateurs à des réseaux afin d'optimiser leur productivité.

Partager

Les entreprises adoptent les réseaux de micro-ordinateurs

Grâce aux capacités de communication des matériels et logiciels, les entreprises "connectent" leurs micros-ordinateurs à des réseaux afin d'optimiser leur productivité.



"La France est en retard." Cette constatation alarmante figure en bonne place parmi les lieux communs journalistiques épinglés, il y a quelques années, dans un livre satirique de Jean Dutourd. Malheureusement, dans le cas précis des réseaux de micro-ordinateurs, c'est la vérité. Selon Novell, numéro1 des systèmes d'exploitation de réseau (65% du marché hexagonal), moins de 35% des micro-ordinateurs, qui sont installés dans les entreprises françaises, sont "connectés", à comparer à une moyenne européenne de 45%. Pour Dataquest, l'Europe comptera 54% de micro-ordinateurs connectés dès la fin de cette année, et plus de 75% dans trois ans. Des chiffres qui ne traduisent pas seulement la banalisation des réseaux locaux informatiques et la nécessité croissante d'échanger des données entre ordinateurs. Pour nombre d'entreprises, dès aujourd'hui, le micro-ordinateur n'est plus seulement un outil de productivité individuelle, mais peut devenir la base du système d'information. En France, où l'on semble encore un peu réticent, l'exemple est pourtant donné au plus haut niveau: à la présidence de la République. L'Elysée a en effet modernisé son informatique en remplaçant progressivement ses mini-ordinateurs par des réseaux de micros connectés à des serveurs (également de type PC). Une évolution rendue possible par la montée en puissance des machines et les capacités de communication désormais offertes par les matériels et logiciels. Mais c'est aussi une transformation profonde de l'informatique, qui tend à décentraliser les traitements tout en permettant un accès plus facile aux données. Chez Gefco, filiale transport de PSA, les analyses statistiques des flux de voitures, à l'aide des logiciels SAS, sont réalisées sur un réseau de PC connectés à un puissant serveur Pentium. Ce dernier effectue les traitements "batch", tandis que toute la partie interactive (création de graphiques, reprise des données dans un tableur...) est accomplie sur les PC "clients". Même approche client-serveur chez GEC-Alsthom Moteurs, à Nancy, appliquée cette fois à la gestion de projets. Pour gérer ses commandes de moteurs industriels (des produits spécifiques pour chaque client), l'unité de Nancy a choisi le logiciel Artemis, de Lucas Management Systems, installé sur un réseau de trois PC sous Windows connectés à un serveur Vax de Digital Equipment. "Nous gérons une moyenne de quatre cents projets simultanés, qui créent d'énormes volumes de données, explique Pascal Cavalli, responsable de la logistique. En mode client-serveur, les mises à jour de chaque projet sont décentralisées sur les postes PC. Les temps de réponse restent raisonnables (moins d'une minute), et on libère du même coup le Vax pour des modifications multiprojets, dont les calculs plus lourds sont traités en "batch"." Le serveur de gestion de projet est connecté par ailleurs à un logiciel de GPAO, sur un autre Vax, avec lequel il échange quotidiennement des informations.

Faciliter les transferts de données

En pratique, on peut débuter dans les réseaux tout simplement parce qu'il devient nécessaire de fédérer des PC individuels. C'est la démarche initiale de Saunier Duval Electricité, qui a installé dix-huit réseaux au siège de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), et qui équipe peu à peu ses soixante-dix agences régionales. Une trentaine de sites - de la petite agence limitée à quelques postes jusqu'à l'établissement comportant plusieurs dizaines de micros - sont dotés de serveurs sous Netware, le système d'exploitation de Novell. A l'origine, il s'agissait de faciliter des transferts de données entre ordinateurs et d'éviter des duplications inutiles de programmes. Aujourd'hui, c'est une véritable autonomie des agences qui se met en place. "Chacun des sites équipés assure localement sa gestion, explique Suzanne Thomas, directeur des systèmes d'informations chez Saunier Duval Electricité. Seules les données utiles à la gestion globale de l'entreprise sont transmises à l'ordinateur central du siège." Pas question, en revanche, de s'affranchir complètement d'un ordinateur central, au moins tant que prévaut l'organisation actuelle de la société. La décentralisation des traitements informatiques a néanmoins pour conséquence directe de soulager le système central d'une partie de ses tâches. C'est même souvent l'objectif explicite du passage à un réseau de micro-ordinateurs.

120000 articles à gérer

La coopérative Migros, de Neuchâtel, l'une des douze coopératives du numéro1 helvétique de la distribution, a déjà fait le choix d'une architecture client-serveur. A Neuchâtel, 150micro-ordinateurs extraient des données d'un grand système IBM3090. Une informatique à la mesure de la tâche: 120000 articles à gérer, à raison d'un mouvement par article et par jour. "Jusqu'ici, le 3090 supportait également les travaux de notre équipe informatique. Pour libérer des ressources sur le site central, nous avons choisi de décentraliser la partie développement sur un réseau de PC", explique Michel Genre, directeur informatique de la coopérative. Adepte des outils de génie logiciel de CGI, Migros est donc passé de PacBase (sur IBM3090) à PacLan (sur réseau de PC). L'équipe de développement travaille désormais sur dix micro-ordinateurs reliés à un serveur PC sous OS/2. Elle est ainsi parfaitement autonome et n'intervient sur le système central que pour lui transférer les logiciels nouvellement mis au point. Plus radicalement, la mise en place d'un réseau peut correspondre à une véritable transformation du fonctionnement de l'entreprise. Le projet Minerve de la SNCF est typique de cette démarche. Avec Sema et son outil de génie logiciel Principia, la société nationale a complètement reconçu son logiciel de gestion de la maintenance du matériel roulant. L'objectif était de décentraliser l'organisation de la maintenance dans la quarantaine d'établissements concernés. La nouvelle architecture informatique, conçue selon une approche client-serveur, est organisée en trois niveaux: dans chaque établissement, des PC sont connectés à un serveur local sous OS/2, lui-même relié au serveur central Unisys basé à Lyon. Ce dernier gère l'ensemble des matériels roulants et décide une intervention en fonction du parcours effectué par chaque véhicule.Ces informations sont disponibles en temps réel sur chacun des sites qui planifie localement ses travaux. Plus proche du trafic réel, la gestion décentralisée devrait améliorer la maintenance préventive en faisant progresser simultanément la sécurité et la maîtrise des coûts. France Télécom, dans sa volonté de devenir une authentique entreprise commerciale, refond toute son informatique liée aux usagers: gestion des clients, prise de commande et facturation. Là encore, on retrouve une architecture à trois niveaux, avec, dans les agences, un réseau de micro-ordinateurs, qui remplaceront des terminaux connectés à des systèmes centraux. La nouvelle architecture, un vaste projet de plusieurs années, est conçue et mise en place avec la société de services Steria.

Un outil de productivité

Pour l'usine Rhône-Poulenc de Pardies (Pyrénées-Atlantiques), l'implantation d'un réseau local a été une importante mutation technologique, qui a profondément changé les méthodes de travail sur le site. L'usine fabrique en continu des intermédiaires chimiques (acide acétique et acétate de vinyle) au moyen de cinq unités de production. Le réseau de 1,6kilomètre, fourni par Aptor (filiale de Cap Sesa), met en circulation 6000 données de procédés, exploitables sur un réseau d'une quarantaine de micro-ordinateurs. Opérateurs de conduite, techniciens et ingénieurs disposent de logiciels sur PC (développés par Rhône-Poulenc Industrialisation). Pour les opérateurs, par exemple, un logiciel d'acquisition et d'archivage de données en continu affiche des courbes d'évolution des paramètres dans le temps. Les ingénieurs, quant à eux, utilisent des outils d'analyse de moyennes jounalières (avec écart type, mini et maxi) afin de détecter toute dérive préjudiciable à la qualité des produits. Des données du process peuvent aussi être récupérées dans un tableur (Excel) afin d'établir des bilans. Quand tous les acteurs du système de production ont accès à des données permettant d'optimiser la fabrication, c'est bien le réseau lui-même qui devient un outil de productivité. Même pour des tâches administratives, le choix d'une architecture en réseaux de micro-ordinateurs peut être un gage d'efficacité.Ainsi, le Conseil général de Meurthe-et-Moselle, qui emploie 1400 personnes, est en train de passer d'un ordinateur central Bull à des réseaux de postes sous Windows.En effet, les domaines d'intervention du Conseil général sont très divers (aide sociale, voirie, entretien des collèges, soutien au développement économique...).

Tous les domaines vont être touchés

L'idée est de mettre à la disposition de chaque entité un serveur de données sous OS/2, muni du système de gestion de base de données SQLServer de Sybase.Une première expérience a été menée avec l'application de gestion du personnel, et c'est maintenant l'ensemble des applications qui est en cours de migration. Et quand le réseau connecte tous les employés, pourquoi ne pas l'utiliser pour la communication au sens pleinement humain du terme? Le Conseil régional d'Alsace, qui lui aussi a retenu l'option réseau de micros (130 Macintosh), a lancé un journal interne multimédia, diffusé sur tous les postes.

T.L.



Bon à savoir

Pour s'y retrouver dans l'informatique d'aujourd'hui: "Une nouvelle donne pour l'informatique", Jean-Marie Desaintquentin et Bernard Sauteur. Editions Synthèse informatique. Dans un langage clair, loin de la langue de bois informaticienne, les auteurs s'attachent à définir et expliciter les enjeux des réelles mutations en cours: modèle client-serveur, traitement distribué, systèmes ouverts, réseau d'entreprise, gestion documentaire, EDI, etc.

Une base pour entrer dans l'univers des réseaux locaux:

"Réseaux locaux", Samuel Pierre. Eyrolles. Cet ouvrage expose les fondements des réseaux informatiques, décrit les problèmes d'implantation et propose des études de cas.







USINE NOUVELLE - N°2441 -

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS