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Les enjeux de l'enquête sur la mort d'un viticulteur exposé aux pesticides

Gaëlle Fleitour

Publié le

C'est le début d’un long combat entre la fille d'un viticulteur décédé en 2012 et les fabricants de pesticides. Une enquête a été ouverte dans le cadre d’une plainte au pénal contre X pour homicide involontaire suite à l’exposition à un pesticide, l’arsénite de sodium.

 

C’est une première en France dans la lutte engagée par les victimes des pesticides. Le pôle santé publique de Paris a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire suite à la plainte contre X pour homicide involontaire déposée fin avril par la famille d’un vigneron bordelais décédé en 2012 d’un cancer du poumon. James-Bernard Murat a utilisé pendant quarante-deux ans, jusqu’en 2000, de l’arsénite de sodium pour traiter ses vignes contre l’esca, la maladie du bois de la vigne, sans jamais avoir été alerté sur la dangerosité de ce produit, assure sa fille Valérie. Le caractère professionnel de son cancer avait été reconnu en février 2011.

« Les firmes connaissaient la toxicité de l’arsénite de sodium » 

Cette plainte au pénal a été déposée "pour faire la lumière sur ce qui s’est passé et dégager les responsabilités des firmes qui ont commercialisé des produits sans avoir indiqué les risques encourus", soutient Valérie Murat, soutenue par les associations Phyto-Victimes et Générations futures. "Nous savons très bien quels produits ont été utilisés mais je ne vous donnerai pas les noms : si des perquisitions sont en cours, ce serait du pain béni pour les entreprises concernées, confie Valérie Murat, à L’Usine Nouvelle. Elles connaissaient la toxicité de l’arsénite de sodium : des études l’ont prouvé dès 1960. Mais elles disposent de moyens de communication colossaux pour semer le doute dans les esprits." A cette époque a été créé un tableau des maladies professionnelles liées à l’arsenic et à ses composés minéraux. Ces derniers sont interdits en France depuis 1973 pour agriculture, mais l’utilisation de l’arsénite de sodium est restée autorisée en viticulture jusqu’en 2001. Or depuis 1987, ce dernier est reconnu comme un cancérogène pour l’homme depuis 1980. "Il s’agit aussi de comprendre la complaisance de l’Etat, qui a continué à homologuer ces produits alors qu’on les savait dangereux", expliquent les associations. 

L’industrie dément toute collusion avec les pouvoirs publics

Un fongicide vendu par plusieurs entreprises L’arsénite de sodium (ou de soude) a été utilisé comme insecticide, puis comme fongicide, en viticulture, avant d’être interdit en 2001. Selon les recherches de Rue89 Bordeaux, parmi les produits retirés du marché figuraient le Medipyral puis le Midipyral de la société CMPA (aujourd’hui filiale de SBM Formulation), le Pyralesca RS d’Aventis Cropscience (rachetée en 2002 par Bayer) jusqu’en 1983, et le Pyralesca R fabriqué par l’entreprise Littorale jusqu’en 1990.
Qu’en pensent les fabricants de pesticides ? "L’UIPP est évidemment touchée par ce cas qui reflète une situation très douloureuse pour tous les proches de la famille Murat, nous répond leur syndicat, qui n’a pas eu accès au dossier mais va suivre l’affaire. Néanmoins, nous ne pouvons laisser dire que les entreprises cherchent à manipuler les agriculteurs et qu’il existe une quelconque collusion entre industriels et pouvoirs publics." Ces produits pour professionnels "sont réglementés et leurs usages autorisés dans des conditions d’emploi précises après évaluation des autorités, insiste-t-il. Les exigences relatives à la mise sur le marché se sont renforcées en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques." Incitant également l’industrie à trouver des alternatives non chimiques (voir notre enquête).

Pas de class action pour relayer la plainte

En France, il n’existe pas de « class action » en santé, qui permettrait à d’autres victimes présumées de s’associer à la procédure en cours. "Les dossiers sur les pesticides s’entassent, notamment sur le bureau de mon avocat, affirme Valérie Murat. Il y aura peut-être des associations qui se porteront partie civile auprès de moi, mais pas avant l’année prochaine car l’enquête préliminaire peut durer six mois à un an." De leur côté, "l’UIPP et ses adhérents poursuivent leur engagement pour la prévention des risques auprès des utilisateurs professionnels", assure le syndicat. Valérie Murat n’y croit pas. "Même lorsque les agriculteurs veulent modifier leurs pratiques, ils sont seuls, isolés. Et le ministre de l’Agriculture ne leur donne pas les moyens. Mais plus personne ne peut dire aujourd'hui : « Je ne savais pas ». Contrairement à mon père… "

Gaëlle Fleitour

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