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Les engrais et pesticides, présents et coûteux pour l’environnement

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Un rapport du ministère de l’Ecologie mesure le coût de l’impact sur l’environnement des engrais et des pesticides, toujours présents dans l’eau, l’air ou les sols. Contactés par L’Usine Nouvelle, les industriels dénoncent une interprétation anxiogène. Et assurent travailler à réduire ces externalités.

Des excès persistants. Première terre agricole d’Europe, avec 18% de la production, la France était aussi en 2013 la première consommatrice d’engrais minéraux (pour améliorer le rendement des cultures) et la deuxième en matière de pesticides (pour les protéger des organismes nuisibles).

Non sans impact sur la pollution de l’eau, de l’air, des sols, et sur les émissions de gaz à effet de serre ou la biodiversité, estime un rapport réalisé par le Commissariat général au développement durable (le CGDD, rattaché au ministère de l’Ecologie), et dévoilé par Le Monde.

Coût de ces "externalités environnementales" ? Entre 0,9 et 2,9 milliards d’euros annuels pour les seuls engrais azotés, selon le CGDD. Sur les 2,2 millions de tonnes d’azote d’engrais minéraux consommées en 2013, jusqu’à 1,5 million étaient "en excès", car "non assimilées par les plantes". Soit 600 000 tonnes se volatilisant dans l’air, tandis que 900 000 se dissoudraient dans l’eau.

Des données omettant les progrès réalisés  ?

Pour les industriels de la fertilisation, regroupés au sein de l’Unifa, ces données "ont déjà plusieurs années" et "ne tiennent pas compte des progrès réalisés depuis".

"Plus de 98 % des captages d’eau potables fournissent au quotidien une eau avec moins de 50 mg de nitrates par litre. L’étude avance pourtant un coût calculé de 300 millions d’euros pour éliminer les nitrates", regrette l’Unifa. Qui préfère mettre en avant "les vrais bénéfices de l’agriculture raisonnée". A savoir, "le stockage de carbone dans les sols, mis en avant par le ministre de l’Agriculture avec son opération "4 pour mille"", ou encore "l’économie de terres arables, un formidable atout pour la biodiversité", en intensifiant les productions sur une surface limitée.

"Détection ne signifie pas contamination"

Pour les pesticides, les coûts de ces externalités sont plus difficiles à mesurer, en raison "de la multiplicité des effets en cause et des molécules concernées", selon le CGDD. Faut-il s’inquiéter de la présence dans l’environnement de ces produits phytosanitaires, vendus à hauteur de 66 700 de tonnes en 2013 ?

Le syndicat représentant leurs fabricants, l’UIPP, dénonce une "incompréhension des résultats", inquiétant "inutilement les consommateurs, alors que la qualité de l’air et l’eau n’a jamais été aussi élevée en France depuis la révolution industrielle".

"Détection ne signifie pas contamination", insiste Ronan Vigouroux, responsable Environnement à l’UIPP. Les mesures se faisant plus précises mais devant être rapportées aux seuils réglementaires et/ou toxicologiques, selon lui.

Toujours 50 à 70% de dispersion des pesticides

Selon le rapport, seulement 30 à 50% de la quantité d’un pesticide pulvérisé atteindrait sa cible, le solde se retrouvant en partie dans l’air que nous respirons. "Cela n’implique en aucun cas des risques pour l’utilisateur ou des riverains, les concentrations retrouvées étant infinitésimales en regard des seuils considérés comme dangereux", assure Ronan Vigouroux.

Aux yeux du CGDD, la pollution de l’eau par les pesticides coûterait 260 millions à 360 millions d’euros par an. On les retrouvait en 2011 dans 63 % des points de surveillance en eau souterraine et 93 % de ceux des cours d’eaux, y compris à des teneurs très faibles. En 2012, "plus de 95% de la population a consommé de l’eau en permanence conforme à la norme de qualité pour les pesticides, insiste l’UIPP. Et la population alimentée par une eau non conforme a diminué de 43 % sur la période 2003 à 2012." Grâce à la "protection des captages et l’amélioration des conditions de gestion des installations de production, de stockage et de distribution de l’eau".

Formation des agriculteurs et R&D

Les industriels assurent travailler à limiter l’impact de leurs pesticides. En dotant les agriculteurs d’outils d’aide à la décision ou en les formant à diminuer les doses. En planchant en R&D sur les mécanismes liés au ruissellement et à la pulvérisation et sur des machines pour réduire la dispersion des produits. Du travail reste notamment à faire sur les cultures d'arbres ou de vignes, plus difficile à traiter de manière ciblée qu'un champ de blé.

"Il n’y a pas de révolution, mais une progression constante des pratiques des agriculteurs et des recherches pour des produits offrant un meilleur profil écologique et toxicologique", assure Ronan Vigouroux. La consommation de pesticides a d’ailleurs diminué, passant de 120 000 tonnes en 1999 à 63 000 en 2011... avant de remonter à 66 700 en 2013.

Mais les produits anciens, efficaces à forte dose, ont été remplacés "par des pesticides tout aussi efficaces à faible dose, et donc potentiellement plus toxiques à faible dose aussi", relève le CGDD. Or entre 2009 et 2013, les cultures ont reçu en moyenne 5 % de substances actives de plus chaque année, relevait fin 2014 le rapport sur le premier plan Ecophyto.

Gaëlle Fleitour

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