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L'Usine Matières premières

Les éco-organismes sur la sellette

Olivier Cognasse , ,

Publié le

Ils sont montrés du doigt pour des objectifs non atteints et un manque de productivité et d’investissements. Leurs dysfonctionnements ont été fustigés par la Cour des comptes.

Les éco-organismes sur la sellette
L'industrie automobile produit chaque année plus de 2 millions de tonnes de déchets.
© Dino Fracchia / REA

Ses détracteurs reprochent à la Cour des comptes de hurler avec les loups. Les résultats de la collecte et du traitement des déchets sont inégaux selon les filières a déploré la juridiction financière dans son rapport 2015, présenté le 11 février. Pour les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), les lampes, les piles et les textiles, le taux de collecte reste inférieur ou égal à 40% alors que celui-ci atteint 90% pour les pneumatiques et dépasse 60% pour les médicaments et les emballages, selon les dernières statistiques disponibles portant sur l’année 2013. La Cour déplore « que l’État n’ait jamais, à ce jour, sanctionné un éco-organisme n’ayant pas rempli ses obligations ».

La France compte 18 filières à responsabilité élargie des producteurs (REP), en attendant celles des navires de plaisance et de sport, dont la mise en place a été reportée à 2017. Le principe de la REP, inscrit dans la loi depuis 1975, a permis le développement de dispositifs de collecte séparée des déchets ménagers et assimilés et, depuis 2012, des déchets professionnels. Le but est de réduire les déchets à la source, avec des produits plus respectueux de l’environnement, et de favoriser l’économie circulaire. La majorité des REP fonctionne avec un ou plusieurs éco-organismes, des structures de droit privé à but non lucratif agréées par les pouvoirs publics.

Les éco-organismes reçoivent les contributions de leurs adhérents, les metteurs en marché (industriels, distributeurs) et en reversent l’essentiel aux acteurs chargés de la collecte et du traitement des déchets, sauf quand ils sont eux-mêmes organisateurs. « Avec les REP, nous avons créé une économie du recyclage. C’est pertinent », estime Patrick Hervier, le ­référent économie circulaire de France Nature Environnement. Un avis que ne partage pas le Cercle national du recyclage, une association de collectivités locales. « Les éco-organismes sont des lobbies pour les metteurs en marché avec pour objectif de payer le moins possible. Dans le principe, les REP doivent prendre en charge 100% des coûts. Or c’est le consommateur qui paie », dénonce Bertrand Bohain, son délégué général.

La filière textile, mauvais élève de la collecte

Dans son rapport, la Cour des comptes a estimé que les objectifs français en matière de recyclage sont souvent supérieurs à ceux de Bruxelles. L’État serait-il trop gourmand ? C’est en substance ce que le président d’Éco-Emballages, Philippe-Loïc Jacob (il a atteint 67% de taux de recyclage en 2015), sous-entend. « L’objectif de 75% est au-dessus des objectifs européens. On ne sait pas qui a fixé ce montant ni pourquoi », s’indigne-t-il. Il s’avère que ce taux a été fixé par le Grenelle de l’environnement.

Pour préparer l’avenir et l’arrivée de la concurrence allemande (Valorie, filiale de Reclay, et ERP du groupe Landbell doivent s’implanter dans l’Hexagone en 2017), Éco-Emballages envisage de se rapprocher d’Ecofolio, l’éco-organisme spécialiste du recyclage du papier qui a atteint ses objectifs avec un an d’avance avec un taux de recyclage 55%. « Nous avons une progression de deux points par an. L’objectif est de parvenir à un taux de 65% dans six ans », projette ­Géraldine Poivert, la directrice générale d’Ecofolio. Le rapprochement des deux éco-organismes va de soi. « Nous travaillons ensemble depuis des années pour partager les poubelles », rappelle-t-on chez Éco-Emballages.

Souvent montrée du doigt, la filière des DEEE aurait atteint ses objectifs l’an passé. « Nous avons dépassé l’objectif qui était de collecter 40% des DEEE mis sur le marché sur la moyenne des trois dernières années. Nous étions à 43,8% », se réjouit Christian Brabant, le président d’Éco-systèmes, le principal éco-organisme de la filière avec 79 % des mises en marché, surtout depuis que l’éco-organisme ERP a perdu son agrément. Ce dernier attribue cette décision au fait qu’il est allemand, mais, selon Bertrand Bohain, « il a perdu son agrément au 1er janvier 2015 car il ne collectait pas suffisamment de tonnages. Et le problème est de savoir où partait l’argent des industriels ».

Pour 2019, le taux de recyclage des DEEE est fixé à 65 %. Un objectif difficilement atteignable, surtout si la grande distribution n’améliore pas ses piètres résultats, 23% de la collecte pour 78% des points de ramassage. « Certains éco-organismes, comme Éco-systèmes, ont du mal à identifier les gisements. Au moins un tiers des déchets partent dans des filières plus ou moins légales », explique Thibault Turchet, membre de l’ONG Zero Waste. La filière textile d’habillement, linge de maison et chaussures (TLC) fait figure de mauvais élève avec un taux de collecte de 32,5%. « Le ­process consiste à récupérer la matière et à en tirer le meilleur prix en privilégiant la réutilisation. S’ils sont en mauvais état, les vêtements sont détruits pour récupérer coton, laine, polyester… Cette matière secondaire est utilisée en mélange avec de la matière vierge », explique Alain Claudot, le directeur général d’Eco-TLC.

Pire, certaines REP n’existent même pas. C’est le cas pour les vêtements professionnels. « Ils représentent 15 000 tonnes par an de textile, souligne Michel Lopez, le référent économie circulaire à la SNCF et chez Orée, une association multi-acteurs. Il faut mutualiser les moyens de collecte entre les donneurs d’ordres pour réduire les coûts de transport et logistique. Il faut des centres de tri sécurisés pour les vêtements de l’armée, de la police, d’Air France… » Lancée par Orée, la filière de réemploi et recyclage industriel des vêtements professionnels, travaille sur une étude de faisabilité sur les modèles à mettre en œuvre. Un premier site pilote pourrait voir le jour en 2017 ou 2018.

Manque de productivité des centres de traitement

À l’opposé, certaines filières fonctionnent bien. C’est le cas d’Aliapur, qui valorise les pneumatiques usagés. L’éco-organisme revendique 80% du marché et surtout un taux de collecte de 102%. Serge Bonnel, son PDG, se réjouit d’un coût de collecte passé en une dizaine d’années de 2,20 à 1,25 euro l’unité. Aliapur a déjà atteint ses objectifs de 2020 pour la valorisation de la matière (40%). Les granulats des pneumatiques finissent dans les cimenteries et sur les chantiers de BTP, où ils servent d’isolant phonique dans les talus des bords de routes et d’isolant thermique dans les ­bâtiments. Ils sont même utilisés pour les gazons synthétiques des terrains de sport… Toutefois, le pneumatique est de plus en plus difficile à recycler avec les nouvelles technologies qui y sont intégrées…

La Cour des comptes a pointé du doigt le manque de productivité des centres de traitement. « En 2013, la France comptait 253 centres de tri pour 63,4 millions d’habitants, soit un centre de tri pour 250 000 habitants, alors que l’Allemagne en comptait seulement 80 pour 81,9 millions d’habitants, soit un centre de tri pour 1,02 million d’habitants », a rappelé la juridiction financière.

L’objectif d’Éco-Emballages est de passer de 250 à 100 centres de tri dans dix ans. Ce qui représente un investissement de 1 à 1,5 milliard d’euros. En Vendée, le mouvement est déjà amorcé. Les cinq centres de tri ne feront plus qu’un au 1er janvier 2017. Les grands groupes spécialisés dans le recyclage poussent dans cette voie. « Les éco-organismes reconnaissent la nécessité de concentrer ces centres. Pour le plastique, nous sommes passés de 500 centres de tri à 100 aujourd’hui, explique Antoine Frérot, le PDG de Veolia. Les rapports s’améliorent avec les éco-organismes car ils comprennent qu’ils ont besoin des entreprises pour augmenter les volumes qu’ils traitent. »

Pas encore de changement de paradigme

Le rapport de la Cour des comptes fustige également les pratiques financières des éco-organismes. Cela les a conduits « à constituer des provisions dont le montant cumulé est trop important, voire non justifié au regard de leurs dépenses ». Éco-Emballages, en 2008, avait placé 70 millions d’euros dans des fonds spéculatifs aux îles Caïman… « La moins-­value tourne autour de 20 millions d’euros. Aujourd’hui, nous effectuons des placements de bon père de famille, avec un rendement de l’ordre de 0,4 % sur les douze derniers mois, précise-t-on dans l’entreprise, qui a reçu 684,3 millions d’euros en 2014 sur le montant de 1,106 milliard d’euros d’éco-contribution perçu par les REP.

Une collecte qui reste déficiente – près de 300 000 Parisiens ne disposent pas encore de poubelles de tri sélectif – et un traitement des déchets qui représente des sommes considérables pour la collectivité, soit tout de même quelque 10 milliards d’euros en 2013… Et si la solution était l’éco-conception des produits ? Les filières REP ne permettent pas, du moins pour l’instant, un changement de paradigme. C’est certainement la limite du principe pollueur-payeur sur cette question. À côté de l’économie circulaire, l’éco-conception est le seul moyen de réduire la quantité de déchets en augmentant la durée de vie de produits réparables et en limitant leur obsolescence.

Olivier Cognasse

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