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L'Usine Aéro

Les drones attaquent l'industrie

Olivier James ,

Publié le

Reportage Encore peu connue, l’utilisation des drones dans tous les secteurs de l’industrie ouvre des perspectives inédites. L’invasion a déjà commencé…

Les drones attaquent l'industrie

On l’attendait partout, sauf ici. Et pourtant… Un drone a bien volé récemment au-dessus de l’immense site industriel d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Le petit appareil muni de huit hélices a virevolté dans les airs et tournoyé à proximité des hauts-fourneaux. Sa mission : expertiser, à l’aide d’une caméra infrarouge, l’état des cheminées et des conduits d’évacuation des fumées ; mais aussi vérifier l’absence de point chaud au niveau du blindage de certains équipements. « Cet essai prouve que l’on peut réaliser en moins de dix minutes une opération qui nécessitait auparavant une journée entière de travail pour une équipe de trois personnes encordées », explique, enthousiaste, Guillaume Lesoin, ingénieur support à la fabrication du département fonte du site. Il envisage déjà d’employer, dans quelques mois, un drone équipé d’un capteur 3 D pour calculer les imposants stocks de minerais de fer et de charbon du site. Faire crapahuter une semaine durant deux géomètres sur ces montagnes mouvantes pour effectuer ce relevé, il n’en sera bientôt plus question ! « Le drone apporte de la sécurité, génère des économies et offre une grande souplesse d’utilisation », résume l’ingénieur. Autant d’arguments qui éveillent de plus en plus l’intérêt des industriels…

Au-delà du coup de bluff médiatique d’Amazon avec son projet de livraison de colis par drones, ces engins volants télépilotés s’émancipent bel et bien. Après la défense et les loisirs, c’est dans l’industrie qu’ils se répandent désormais [lire l’encadré ci-contre]. Forts d’un cadre réglementaire de moins de deux ans – la France a été pionnière dans ce domaine, adoptant un arrêté en avril 2012 –, les drones civils proposent de nombreux services. Bardés de capteurs, ils surveillent les sites, détectent les fuites, inspectent l’état des installations, calculent des volumes de matière, établissent des relevés topographiques en 3 D, le tout sans interrompre l’exploitation industrielle…

Ces robots à tout faire séduisent par leurs capacités et laissent rêveur quant à leur potentiel. Premiers intéressés, les grands donneurs d’ordres. « La phase d’évangélisation auprès des industriels n’est pas terminée », nuance cependant Michaël de Lagarde, le fondateur de Delair-Tech, qui travaille avec plusieurs grands acteurs industriels. Les start-up qui poussent comme des champignons doivent encore prouver le bien-fondé de cette nouvelle solution technologique. Malgré tout, les premiers essais ont lieu, promesses d’un développement sans limites.

Trois types d’acteurs

- Les constructeurs conçoivent, produisent les drones (vecteurs) et capteurs embarqués (charge utile). Certains assurent toute la production, d’autres assemblent les composants.
- Les opérateurs mettent en œuvre les drones sur le terrain. Ils assurent le pilotage des aéronefs avec des télépilotes, la collecte de données et la restitution avec des logiciels qu’ils ont parfois développés.
- Les donneurs d’ordres font appel aux opérateurs pour vérifier l’état d’un réseau de lignes électriques d’une installation industrielle ou d’un ouvrage d’art.

Phase de tests

Il y a ceux qui expérimentent les drones et le font savoir, comme la SNCF pour l’inspection de son réseau de voies ferrées ; Eiffage pour celle du viaduc de Millau ; ERDF pour l’observation de ses lignes électriques ; ou encore le viticulteur Magrez pour développer l’agriculture de précision. Et ceux qui opèrent en toute discrétion et qui pourraient très vite sauter le pas pour systématiser l’usage de ces appareils, à l’instar d’ArcelorMittal. « Nous avons procédé à des essais en 2013, dont les résultats sont en cours d’analyse, assure une porte-parole du cimentier Lafarge. Leur utilisation pourrait être utile dans nos carrières, plus particulièrement pour les lieux difficiles d’accès. »

Si Veolia communique peu sur les drones, le groupe s’y intéresse, notamment pour l’observation des barrages. Total aussi, pour l’inspection des plates-formes offshore. Quid du secteur nucléaire, où les drones pourraient remplacer l’homme lors d’interventions délicates ? « Le sujet est ultrasensible et hautement concurrentiel en cette phase de R & D », confie une représentante d’Euriware, filiale d’Areva spécialisée dans les solutions numériques. La maison mère ne souhaite pas faire état des applications envisagées… « Les premières applications opérationnelles dans le nucléaire civil pourraient apparaître d’ici un à deux ans », affirme, sans plus de détails, Gilles Boussaroque, le responsable R & D d’Euriware.

« Il y a beaucoup d’inertie au sein des grandes entreprises, mais un basculement devrait s’opérer en 2014 », confirme Frédéric Serre, le président du directoire de Delta Drone, l’un des plus importants opérateurs de drones en France. La preuve avec un secteur réputé pour sa résistance au changement : le BTP. Le groupe Monnoyeur a testé, il y a quelques mois, un drone sur le chantier de plus de 200 kilomètres de l’une des lignes à grande vitesse. Cela a permis de démontrer que l’appareil peut fournir une maquette numérique du terrain au fur et à mesure des changements de configuration, aider au déplacement des véhicules et réduire les temps de parcours, calculer les volumes de terre déplacés… « L’optimisation d’un chantier grâce aux drones est opérationnelle, assure Grégoire Arranz, le directeur général du groupe de BTP. Un drone peut réduire le coût d’un chantier de plusieurs dizaines de pour cents. » De quoi ne plus laisser indifférents Vinci, Bouygues et Eiffage.

Revoir la réglementation

Autre signe fort : après deux ans de tests, EDF s’apprête à passer à l’action. « Le drone est un outil qui nous convient, explique un responsable de la direction des achats de l’électricien. Il sera opérationnel dès 2015 pour certaines de nos missions dans les sites difficiles d’accès. » Qu’est-ce qui, selon cet expert, pourrait étendre l’usage des drones dans l’industrie ? Une révision de la réglementation établie par la DGAC, qui permettrait de plus longues distances de vol et l’emploi d’engins plus lourds. Une nouvelle mouture, enrichie des remontées de terrain, devrait voir le jour. Le drone comme avantage concurrentiel dans l’industrie est devenu réalité.

Ils sont séduits par les drones

RESEAUX : EDF, GRTgaz, ERDF, RTE, SNCF, RFF (observation des voies ferrées, des réseaux de lignes électriques à haute tension, des pipelines et des gazoducs ; reconnaissance d’incidents et d’actes de malveillance).

ENVIRONNEMENT, BTP : Veolia, Groupe Monnoyeur (dépollution sous-marine, mesure de la qualité de l’air… Inspection des ouvrages d’art, pathologies des bâtiments, gestion améliorée des grands chantiers).

AGRICULTURE, FORETS : Magrez, chambre d’agriculture de la Somme (analyse spectrale de la végétation, mesure du stress hydrique et de la présence de maladies dans les cultures, optimisation des intrants, calcul du volume de bois dans une forêt).

MINES ET CARRIERES : Lafarge (imagerie 3 D pour l’évaluation des stocks de minerais extraits, relevés des courbes de niveaux pour suivre l’avancée de l’exploitation).

INDUSTRIE LOURDE : ArcelorMittal (observation des sites Seveso, détection de fuites thermiques et chimiques, mesure des pollutions, surveillance des installations sensibles).

ENERGIE : Total, Areva, Cerap (Suez Environnement), GrDF (inspection technique en zones à risque : plates-formes offshore, méthaniers, centrales nucléaires).

ENERGIES RENOUVELABLES : EDF Énergies Nouvelles, Alstom (maintenance des éoliennes et intervention rapide en hauteur, inspection des barrages, détection des cellules photovoltaïques défectueuses).

 

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