Les dossiers qui attendent le prochain patron de la DGA

Budget des armées, coopération franco-britannique en mode Brexit, grands programmes d’armement, rénovation de la dissuasion nucléaire, soutien à l’exportation: le (ou la) prochain(e) patron de la direction générale de l’armement (DGA) devra monter au front très vite.

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Les dossiers qui attendent le prochain patron de la DGA
Le mandat de Laurent Collet-Billon à la tête de la DGA s'est terminé le 30 juin dernier. Un poste qu'il aura occupé 9 ans.

Qui succèdera à Laurent Collet-Billon au poste clé de délégué général pour l’armement (DGA)? La question reste entière depuis que vendredi 30 juin le ministère des Armées a annoncé son départ après neuf années dans ses fonctions. Son directeur général adjoint Vincent Imbert assurera l’intérim.

Au fil des décennies, cette entité du ministère de la Défense s’est imposée comme le rouage indispensable de l’industrie française de défense cumulant les expertises militaire, budgétaire et industrielle. Sa mission est triple : équiper les armées, préparer l’avenir, et soutenir les industriels de l’armement. Pour la mener à bien, la DGA compte 10400 collaborateurs et un budget de plus de 10 milliards d’euros pour équiper les armées.

Qui pour succéder à Laurent Collet-Billon?
Plusieurs noms circulent pour prendre la tête de l’institution créée par le général de Gaulle en 1961. Les successeurs potentiels de Laurent Collet-Billon, ont l’avantage de connaître parfaitement la maison. Soit parce qu’ils y sont passés soit parce qu’ils (ou elles) sont déjà dans la place à des postes clés. En premier lieu, Bruno Sainjon actuel président de l’ONERA, l’institut public de recherche aérospatial. Il avait quitté la DGA où il occupait le poste de directeur des opérations.

Deux femmes pourraient également briguer le poste, ce qui serait une première dans l’histoire de cette direction. D’une part, Monique Legrand-Larroche, première femme officier général 4 étoiles en France, est l’actuelle directrice des opérations, en charge de conduire l’ensemble des programmes et opérations d'armement. D’autre part, Caroline Laurent qui a été nommée directrice de la stratégie en 2014.

Mener à bien la bataille budgétaire

A peine installé, le nouveau délégué sera engagé dans une bataille budgétaire à couteaux tirés. Face à Bercy qui souhaite un gel de certaines dépenses militaires, le DGA doit être le principal allié de la nouvelle ministre des Armées Florence Parly, dépourvue d’expertise dans le milieu de la Défense. Le candidat Emmanuel Macron avait promis de porter à 2% du PIB l’effort national de Défense d’ici 2025, soit l’équivalent d’un apport de 2 milliards d’euros supplémentaires par an entre 2018 et 2020.

L’atteinte de cet objectif est clé pour la DGA puisque c’est elle qui détient les cordons de la Bourse pour financer les programmes de recherche et développement et pour passer commande aux grands industriels de la Défense. Chaque année, elle achète pour environ 10 milliards d’euros d’équipements militaires auprès des Airbus, Dassault Aviation, DNCS, Nexter, Thales… et les 4000 PME qui forment le tissu industriel de la défense. Ce qui en fait le premier investisseur de l’Etat.

La DGA devra prendre en compte les arbitrages entre le financement des armes conventionnelles (ravitailleurs, drones, hélicoptères…) et la couteuse modernisation de la dissuasion nucléaire. Les sénateurs ont ainsi estimé qu’il faudrait augmenter l’effort nucléaire de plus de 50% jusqu’à 6 milliards d’euros en 2025.

Miser sur la coopération européenne

Autre dossier délicat pour le DGA : la coopération franco-britannique en mode Brexit. Dans le cadre des traités militaires de Lancaster House signés en 2010, la France et le Royaume-Uni sont engagés dans une coopération structurante dans le domaine des drones de combat. Chaque partenaire a désigné un chef de file industriel, Dassault Aviation côté français et BAE Systems côté britannique, pour mener à bien ce projet porté par un engagement initial de 145 millions d’euros.

Par ailleurs, Paris et Londres ont même co-organisé une dépendance mutuelle dans le domaine des missiles en positionnant de part et d’autre de la Manche les bureaux d’études du missilier MBDA. Au-delà du cas britannique, la DGA devra saisir l'opportunité du nouveau fonds européen de défense, initié par la Comission européen, il vise à établir des coopérations technologiques et industrielles entre les états.

Déminer les grands programmes

Parmi ses missions, la DGA doit également s’assurer du bon déroulement des grands programmes. Le plus à risque du moment : l’A400M, l’avion de transport militaire d’Airbus malheureusement célèbre pour ses années de retards et ses milliards de surcoûts. Si les armées constatent que l’avionneur commence à délivrer des avions aux bonds standards, ce dernier n’en est pas pour autant sorti d’affaires. La DGA veillera au fait que le groupe de Tom Enders saura équiper les appareils avec les dernières options exigées comme le ravitaillement des hélicoptères en vol ou le largage des parachutistes par les portes latérales.

Autre programme à gérer avec précaution : le programme Scorpion de renouvellement des 2000 véhicules blindés pour l’armée de Terre ainsi que la modernisation des chars Leclerc. Les armées et les industriels (Nexter, Thales et Renault Trucks Defense) militent pour un doublement des cadences. Responsable du calendrier des livraisons aux armées, la DGA se veut plus prudente et tient à s’assurer que la courbe d’apprentissage industrielle sera bien respectée pour éviter la sortie de route industrielle.

Soutenir les exportations

La signature en mai dernier d’un contrat pour fournir environ 500 véhicules blindés légers à la Belgique pour 1,1 milliard milite pour accélérer la cadence de production des véhicules blindés. Dossier dans le dossier : la DGA aura plus que son mot à dire quant au repreneur de Renault Trucks Defense, fournisseur de la chaîne de mobilité des blindés Scorpion. Sa maison mère, le suédois Volvo, avait annoncé en novembre 2016 son intention de s’en séparer.

Enfin, rouage essentiel de l’équipe de France de la Défense, la DGA doit maintenir son soutien à l’exportation. Son rôle a été clef lors de la vente par Naval Group (ex DCNS) des 12 sous-marins à la marine australienne ou encore des 36 Rafale à l’Inde. Elle intervient pour répondre aux interrogations des pays acheteurs et envisager la faisabilité des éventuelles modifications souhaitées par les armées étrangères. Pour accompagner les ventes record d’armes tricolores à l’exportation, la DGA s’était fixé l’objectif en 2016 de recruter 500 personnes d’ici 2020.

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