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L'Usine de l'Energie

Les déchets nucléaires débordent

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Le démantèlement des installations nucléaires françaises va générer des millions de mètres cubes de déchets radioactifs. La France manque de place pour les stocker.

Les déchets nucléaires débordent
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© Les déchets nucléaires de faible et moyenne activité à vie courte sont stockés en surface dans des ouvrages en béton armé au Centre de stockage de l’Aube.

Les entreprises citées

Les polémiques autour du projet de Centre industriel de stockage géologique (Cigéo), dans la Meuse, n’en finissent pas. Dernier épisode en date, l’annonce par Ségolène Royal, la ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, d’un coût global de 25?milliards d’euros, quasiment le double du devis initial. Cigéo permettrait d’enfouir, dans une couche d’argile à 500?mètres de profondeur, les déchets de très haute activité et à très longue durée de vie. Contesté, ce cimetière de l’atome permettra de stocker seulement… 0,2 % du volume de déchets nucléaires que produira la France dans un demi-siècle. Pour les 99,8 % restants, même s’ils sont de moindre activité, des solutions de stockage de surface existent déjà. Mais elles ne sont pas suffisantes à long terme, en particulier pour les déchets qui seront issus du démantèlement du parc nucléaire. À savoir les 58 réacteurs existants, l’EPR de Flamanville (Manche) en construction et les grandes usines du cycle du combustible comme Eurodif, site d’enrichissement de l’uranium à Tricastin (Drôme et Vaucluse).

Ces déchets de très faible activité?(TFA) représentent 30 % des volumes qui seront produits en France dans quelques décennies. Selon le dernier inventaire des déchets radioactifs de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), les opérations de démantèlement vont produire 2,1?millions de mètres cubes de déchets TFA du type ferrailles, bétons… Soit plus de trois fois le volume disponible dans le Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage (Cires), exploité par l’Andra dans l’Aube. Ce centre dispose d’une capacité de 650 000?mètres cubes. « Sur la base de nos prévisions, nous atteindrons ce volume de déchets TFA vers 2025 », prévoit Patrice Torres, le directeur des sites de l’Andra dans l’Aube.

À l’horizon?2030, près de 1,1?million de mètres cubes de déchets seront produits. « Les 650 000 mètres cubes de stockage du Cires correspondent à la capacité physique définie au début des années 2000. Depuis 2003, nous avons mis en place un travail d’optimisation sur le stockage et le design des alvéoles [les cavités qui accueillent les conteneurs de déchets]. Nous sommes confiants et pensons parvenir à une capacité de 900 000 à 1?million de mètres cubes », assure Patrice Torres. Cette surcapacité nécessitera l’obtention d’une nouvelle autorisation d’exploitation. Ces 300 000 mètres cubes de stockage supplémentaires ne suffiront pourtant pas à plus long terme. L’Agence vient de lancer son deuxième appel à projets en moins d’un an auprès du monde industriel et des instituts scientifiques pour susciter des projets innovants qui permettraient de réduire les volumes de 20 à 30 % grâce à une meilleure caractérisation des déchets, un traitement adapté et un conditionnement optimisé.

Douze projets pour une meilleure gestion

« L’appel à projets vise à rassembler des compétences industrielles et académiques de tous horizons, qu’elles soient issues de TPE ou de grands groupes, de petits laboratoires ou de grands centres de recherche. L’Andra s’intéresse à différentes industries comme celle du tri pour mieux caractériser et flécher les déchets. Nous souhaitons aussi attirer des gens issus du milieu des déchets dangereux », explique Frédéric Plas, le directeur R & D de l’Andra. Le premier appel à projets, en 2014, a attiré 29 candidatures. Les 12 projets sélectionnés représentent un budget total de 40?millions d’euros, dont 18?millions financés par le Programme des investissements d’avenir. Ils se concentrent essentiellement sur la caractérisation des déchets nucléaires. À titre d’exemples, citons le projet Camrad (Supaero Optys, CEA…) pour créer une caméra haute résolution durcie (résistante aux radiations), le projet DCND (CNRS, Toulouse III…) pour concevoir un outil permettant de contrôler la structure des bétons sans les détruire, le projet Maud (CEA, université de Poitiers…) pour développer un outil de mesure des très faibles radioactivités…

La caractérisation des déchets permettra de les orienter plus finement vers la bonne voie de stockage. Utile pour les producteurs de déchets – EDF, Areva, CEA – qui paient l’Andra pour les stocker. D’un type de déchets à un autre, le coût peut être décuplé [lire ci-contre]. Avec plus de 40 000 mètres cubes de déchets par an, il s’agit de ne pas se tromper ! À ce prix-là, l’Andra ne veut favoriser l’émergence de ruptures technologiques que si elles font la preuve de leur viabilité économique. Malgré l’optimisation du Cires et les deux appels à projets, « nous avons conscience que nous ne pourrons pas stocker tous les déchets de très faible activité en l’état », assure Patrice Torres. Il faudra un nouveau centre. Depuis trois ans, l’Andra propose la création d’un site de stockage de déchets de très faible activité et de faible activité à vie longue dans le département de la Meuse. Mais l’Agence a déjà essuyé un échec par le passé. À la fin des années 2000, elle avait identifié plusieurs sites dans l’Aube. Deux villages, Pars-lès-Chavanges et Auxon, s’étaient portés volontaires pour accueillir un centre. Les pressions locales et l’hostilité de plusieurs ONG antinucléaires ont fini par persuader les communes de retirer leur candidature. Aujourd’hui, l’Andra mène des investigations géologiques sur la communauté de communes de Soulaines, toujours dans l’Aube.

Quand l’Agence précisera son choix, les opposants remonteront au créneau. Laura Hamon, qui suit cette question au sein du Réseau Sortir du nucléaire, s’oppose à tout nouveau centre de stockage, mais refuse de proposer une solution alternative : « Nous ne souhaitons pas prendre position sur la manière de gérer ces déchets tant qu’on n’a pas fermé le robinet. Il ne peut pas y avoir de débats sereins sur ces sujets tant qu’ils portent un enjeu économique. » Du côté des industriels producteurs de déchets, d’aucuns appellent à un changement de législation. La réglementation française ne prévoit pas de seuil de libération (niveau de radioactivité en dessous duquel les déchets contaminés peuvent être réutilisés). Même s’il existe quelques rares dérogations, un déchet nucléaire issu d’un site nucléaire ne peut pas être valorisé. Ainsi, les 130 000 tonnes d’acier de l’usine Eurodif d’Areva, très faiblement radioactives, seront stockées. Areva n’a pas le droit de les vendre à un aciériste, même avec des seuils de radioactivité quasiment indétectables.

Une procédure acceptée en Allemagne, moyennant une traçabilité stricte. En France, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) s’oppose à tout changement de règles. L’Andra doit trouver une solution au cours des quinze prochaines années. Un temps court à l’échelle du nucléaire… 

Combien ça coûte ?
 

L’Andra facture aux producteurs le stockage de 40 000?m3 de déchets par an en moyenne. Et selon leur nature, le coût varie énormément.

Le stockage des déchets de très faible activité, comme des bétons et métaux issus du démantèlement de réacteurs ou de laboratoires, coûte 500 à 600?euros par mètre cube. Ces déchets proviennent aussi d’autres activités industrielles comme la chimie et la métallurgie.

Le stockage des déchets de moyenne activité concerne les débris métalliques (gaines, coques et embouts) proches du combustible. Il faut compter 5 000?à 7 000 euros par mètre cube.

L’incinération de liquides coûte 17 000 à 20 000 euros par mètre cube. Cette solution est extrêmement coûteuse, mais la loi interdit de stocker des déchets nucléaires sous forme liquide. Il faut donc les solidifier.

 

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