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"Les cultivateurs bio ont profité de l’innovation génétique"

Franck Stassi , , ,

Publié le

Face à l’essor des craintes liées aux biotechnologies, aux conditions de culture ou au gluten, les acteurs de la filière semences-céréales cherchent la parade, notamment en termes de communication. Plébiscitée par les consommateurs, l’agriculture biologique fait partie des secteurs les plus high-tech, rappellent-ils.

Peur des OGM ou de leurs ersatz, refus de manger du gluten... Confrontés à la méfiance grandissante des consommateurs, les professionnels de la filière semences céréales et protéagineux, réunis jeudi 7 avril sous la houlette du Gnis (le Groupement national interprofessionnel des semences et plants) se sont fixé deux mots d'ordre: continuer de miser sur le développement technologique et démystifier les peurs. "Au vu de son potentiel, la France va rester leader des semences, mais comment rendre ces potentialités, qui sont prometteuses, accessibles et acceptables ? L’instrumentation des peurs a fait que des militants ont gagné l’opinion", constate la première vice-présidente de la FNSEA, Christiane Lambert.

La polémique sur les organismes génétiquement modifiés a laissé place à un ensemble de peurs liées au développement des biotechnologies, aux modes de culture et aux composants des céréales, dont la mode du "sans gluten" représente la figure de proue. "Le business du gluten, c’est déjà plusieurs milliards d’euros. Quand on dépense pour promouvoir le « sans gluten », ce n’est pas uniquement par intérêt sanitaire !", lance le président de la section Céréales à paille et protéagineux du Gnis, Thierry Momont.

"Les Français ont une vision romantique de l’agriculture"

Ces craintes ne doivent pas affecter la dynamique d’innovation des agriculteurs, estime néanmoins l’économiste et essayiste Nicolas Bouzou, pour qui "le secteur de l’agriculture est un secteur d’innovation. Or, les Français ont une vision romantique de l’agriculture, avec de petites exploitations et la protection du paysage. La filière agricole doit assumer le fait d’être une filière de haute technologie." La pédagogie est essentielle, complète Thierry Momont : "il faut que l’innovation soit partagée et comprise par tous. Dans la recherche, utilisez des termes qui soient compréhensibles !" Pour faire passer leurs messages, 14 organisations agricoles ont lancé en février un site Web dédié au grand public, Agridemain.

" Les cultivateurs bio ont profité de l’innovation génétique"

En pleine expansion, l’agriculture biologique n’est pas épargnée par ces débats. "Le blé le plus utilisé en 2014 dans la filière biologique s’appelle le Renan, fruit de nombreuses années de recherche génétique. Les cultivateurs bio ont profité de l’innovation génétique. L’agriculture biologique céréalière scierait la branche sur laquelle elle est assise si elle refusait l’innovation", rappelle Rémi Haquin, président du conseil spécialisé Céréales de France AgriMer. Le secteur tend par ailleurs à changer de paradigme : "depuis quatre à cinq ans, les agriculteurs bio changent de visage. Un certain nombre d’agriculteurs n’y vont pas par idéologie, mais par pragmatisme. Aujourd’hui, il ne s’agit pas de répondre à une lutte, mais de répondre à un marché", complète Christiane Lambert.

Bien que favorisé par une demande croissante (+10% en 2015, à 5,5 milliards d’euros), le développement du bio n’est pas sans risque, lâche Rémi Haquin – dont l’exploitation, située dans l’Oise, privilégie l’agriculture raisonnée pour des motifs économiques. "On revoit la carie, l’ergot… Est-ce que la règlementation tolère la présence de ces parasites, ou permet-elle d’utiliser des moyens de protection ? Je suis quelque fois inquiet de certains développements. Attention à ce que trop de permissivité ne vienne pas contaminer d’autres parcelles", avertit-t-il. "Un grain carié, ce sont des centaines de spores cariées qui se répartissent dans la nature", abonde Thierry Momont.

"Il faut réenchanter l’hybridation"

Face à ces risques et aux craintes générées, "il faut réenchanter l’hybridation : il faut absolument faire comprendre aux Français que ce n’est pas qu’un problème technique : cela permet de nourrir plus de gens, avec le développement durable en ligne de mire", propose Nicolas Bouzou. "Il faut que le consommateur perçoive la valeur ajoutée des innovations", poursuit le responsable mondial R&D en charge de l’efficacité des cultures de Bayer CropScience, Raphaël Dumain. Et ce, qu’elles soient conventionnelles… ou biologiques.

Franck Stassi

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2 commentaires

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01/10/2016 - 21h50 -

je suis entièrement d'accord !!! de belle parole pour nous en fumé . la mort des agriculteurs ne viendra qu'à cause des industriels qui vende la mort , les OGM d’ailleurs inefficace et sans parler des chantages aux pauvres agriculteurs du monde entier en Inde , état - unis et d'autre pays , un vrai système mafieux .
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12/04/2016 - 22h25 -

Article de désinformation pure: les OGM ne sont pas de l'innovation technologique, ils sont le fruit de manipulations génétiques qui n'ont qu'un seul but : créer du cash à court terme et lier la production agricole à l'achat de pesticides . une culture de blé ou de soja sans variation biologique est une aberration scientifique et un danger potentiel : les plantes n'auront plus aucune résistance contre un nouveau parasite toutes les plantes ayant les mêmes défenses. Vous nous vendez des avancées technologiques qui n'en sont pas du tout ,ce sont des pièges pour les agriculteurs qui sont dépossédés de leur droit ancestral de replanter des semences ce qui est inadmissible . Les Européens l'ont compris et refusent les OGM qui sont de la pseudo science..
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