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L'Usine Energie

"Les coûts que l’on nous reproche sont ceux du passé", pour le président du Syndicat des énergies renouvelables

Aurélie Barbaux , ,

Publié le , mis à jour le 11/12/2018 À 12H36

Entretien Pour Jean-Louis Bal, le président du Syndicat des énergies renouvelables, le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie manque d'ambition et comporte un risque pour le développement des filières industrielles émergentes, notamment celle de l'éolien en mer. 

Les coûts que l’on nous reproche sont ceux du passé, pour le président du Syndicat des énergies renouvelables
Selon Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables, il faut une PPE plus ambitieuse en terme de volumes pour permettre aux biogaz ou à l'éolien en mer de devenir aussi compétitifs demain que l’éolien terrestre ou le photovoltaïque le sont aujourd'hui.
© DAHMANE

L'Usine Nouvelle - Que vous inspire le gel de la hausse des taxes sur les carburants ?

Jean-Louis Bal - Ce n’est pas une bonne nouvelle. Le signal pris sur les émissions de carbone est important dans la prise de décision de consommateurs particuliers, d’entreprises et de collectivités. Mais tout dépendra de ce que l’on va faire durant cette période. La trajectoire va-t-elle reprendre ensuite ? Va-t-on profiter de ce temps pour mettre en place des dispositifs d’accompagnement et faire de la pédagogie sur ceux existants ? Nous pourrions faire des propositions, notamment pour donner aux collectivités les moyens d’accompagner cette transition énergétique dans les territoires. Il faut en profiter pour que la fiscalité écologique ne soit plus perçue comme uniquement punitive. Comme la TVA, la fiscalité écologique n’a aucun caractère redistributif. Cette période est une opportunité.

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est-elle sincère et industrielle, comme Sébastien Lecornu, alors Secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, l’a promis en février dernier ?

Il faut être prudent. Nous n’avons toujours pas le texte du projet de décret, seulement un dossier de presse. Les objectifs d’énergies renouvelables décrits sont raisonnablement ambitieux. Les moyens en termes d’appels d’offres et de fonds chaleur sont clairs. La PPE est donc sincère. Mais pour certains secteurs, on remarque un manque d’ambition qui peut être contradictoire avec l’objectif de création d’une filière industrielle. Je pense à l’éolien en mer, pour lequel les trajectoires données et la programmation des appels d’offres ne nous paraissent compatibles avec la pérennisation d’une filière qui peut déjà créer 15 000 emplois avec les six premiers appels d’offres et a un grand potentiel d’exportation. Ce qui est annoncé est insuffisant.

Le nucléaire n’a-t-il pas gagné la bataille de l’électricité décarbonée en France ?

La décarbonation est l’objectif premier de la PPE. Le mix électrique est très peu carboné, mais les renouvelables permettent de le rééquilibrer sans augmenter les émissions et en fermant les centrales à charbon, et peut-être, demain, celles à gaz.

L’augmentation du fonds chaleur est-elle suffisante ?

Quatre-vingts pour cent de la chaleur que nous consommons sont produits avec du gaz, du fioul et même du charbon. La PPE concentre les efforts sur la chaleur renouvelable avec trois instruments : la taxation des émissions de CO2, le crédit d’impôt transition énergétique, maintenant ouvert à la main-d’œuvre pour les ménages modestes, et le fonds chaleur. On demandait le doublement de ce dernier. On n’y est pas. L’augmentation à 315 millions d’euros, puis 350 millions, du fonds chaleur durant deux ans n’est pas suffisante pour gagner la bataille de la compétitivité par rapport aux énergies fossiles. D’autant plus que ce fonds est indissociable de la taxation des émissions de CO2.

Cette PPE est-elle assez innovante ?

La PPE se doit d’être cohérente avec la loi de transition énergétique. C’est le cas. C’est vrai qu’il n’y a pas d’innovation. Mais elle précise les trajectoires au-delà de 2023, où s’arrête la précédente. C’est ce qui est important.

En exigeant des énergies renouvelables compétitives, la PPE ne risque-t-elle pas de tuer les filières émergentes ?

Nous avons besoin de volume pour faire baisser les prix et développer des filières industrielles. La question se pose pour l’éolien en mer. Elle se pose aussi pour la méthanisation. Il y a un objectif d’arriver à 67 euros le mégawatt­heure en 2023. Est-ce réalisable avec les volumes qui sont projetés, c’est-à-dire 8 téra­wattheures de gaz renouvelables injectables dans le réseau ? L’étude que nous avons menée avec GRDF montrait que ce prix était atteignable, mais à un horizon plus lointain et avec des volumes plus importants.

Que répondez-vous face aux critiques portant sur les milliards d’euros engloutis dans les énergies renouvelables pour produire si peu ?

Les coûts que l’on nous reproche sont ceux du passé. Aujourd’hui, l’éolien terrestre et le photovoltaïque sont compétitifs. Les nouvelles installations ne coûteront plus rien à la collectivité. Les opérateurs n’ont plus besoin que d’un dispositif de garantie de prix sur la durée. C’est vrai aussi pour la chaleur et les chaudières. Avec un bon prix du CO2, la géothermie et l’énergie bois sont compétitives.

L’étude d’impact avance 246 000 emplois créés en 2023 et 420 000 en 2028. Est-ce crédible ?

Les 100 000 emplois des énergies renouvelables, qui existaient déjà en 2012, n’ont pas beaucoup évolué. À cause notamment du moratoire sur le photovoltaïque dont le nombre d’emplois a chuté de 29 000 à 5 000 ou 6 000. Dans d’autres secteurs, il a augmenté. Mais il sera difficile d’atteindre les 225 000 emplois prévus vers 2020 si les objectifs fixés ne sont pas atteints. On n’est qu’à 16,7 % d’énergies renouvelables. Loin des 23 % prévus pour 2020. Les projections de l’étude d’impact sont crédibles à condition que l’on atteigne les objectifs.

La stratégie énergie climat met l’accent sur la biomasse. Avez-vous une idée claire des objectifs et des moyens pour la développer ?

Il y a des objectifs pour 2030, comme les 38 % de chaleur renouvelable, qui reposeront beaucoup sur la biomasse, et les 10 % de gaz renouvelable. Ce n’est pas la même biomasse et il n’y a pas de concurrence pour l’instant. En revanche, lorsque l’on produira du gaz par pyrogazéification, on utilisera la même matière première lignocellulosique pour produire de la chaleur, du gaz et des biocarburants de deuxième génération. C’est la compétitivité des process qui arbitrera.

Que souhaitez-vous renégocier avant la signature du décret de PPE dans cinq mois ?

Nous allons faire porter la discussion sur deux grands points, encore une fois sous réserve du texte précis. Il y a l’éolien en mer, dont le développement de la filière devra être discuté. Et il y a la méthanisation et la faisabilité de ses objectifs de compétitivité tels qu’ils sont affichés aujourd’hui, au sujet desquels nous avons des doutes.

Propos recueillis par Aurélie Barbaux et Pascal Gateaud

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1 commentaire

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11/12/2018 - 12h25 -

Bonjour sur quelle base peut-on affirmer que l'éolien et le photovoltaïque sont compétitifs. S'il s'agit d'un calcul de coût de l'électricité sur la base des investissements dans l'installation ( éolien/ photovoltaïque) alors c'est une grosse arnaque intellectuelle. Il faut intégrer dans le calcul le coût du moyen de production alternatif quand ces énergies intermittentes ne sont pas disponibles plus certainement un coût lié à la remise à niveau du réseau de distribution national quand ces énergies seront déployées à grande échelle. Peut être que nous souffrons des coûts passé élevés des ENR mais nous devrons les subir encore pendant 10 à 20 ans selon la durée résiduelle des contrats!! Au départ les contrats photovoltaïques rémunéraient l'électricité à 600€/MWh pour 35€/MWh pour le nucléaire historique. On peut dire que la subvention était gigantesque et aujourd'hui la majorité des panneaux son fait en Chine. Y a t il d'autre bonnes idées comme cela.
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