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L'Usine Agro

Les coûts exorbitants de la dépollution des eaux

Olivier Cognasse , ,

Publié le , mis à jour le 30/01/2015 À 12H24

L’agriculture contribue massivement à la pollution des nappes phréatiques. La dépollution des eaux nécessite des investissements importants, notamment dans des technologies spécifiques.

Les coûts exorbitants de la dépollution des eaux

À l’entrée de Puiseux-le-Hauberger, petite commune rurale de l’Oise entourée de champs à perte de vue, une bâtisse se confond avec l’architecture locale. Chaque jour, elle rejette 30 mètres cubes d’eau dans deux bassins extérieurs. Après filtration cette eau finira dans La Gobette, un ruisseau situé à proximité. Une goutte d’eau… comparée aux 3 300 mètres cubes traités chaque jour par cette station construite en 2007. Celle-ci fournit de l’eau potable à 20 000 habitants par un réseau de 160 kilomètres de canalisations. Sa particularité ? Elle dénitrifie l’eau prélevée dans la nappe phréatique par un procédé biologique pour abaisser le taux de nitrates de 45 mg par litre en moyenne à 25, voire 20 mg par litre.

Combien ça coûte…

  • Le budget de la politique de l’eau s’élève chaque année à 28 milliards d’euros en France.
  • Les investissements des agences de l’eau devraient atteindre 13,3 milliards d’euros pour la période 2013-2018.
  • Les pollutions agricoles génèrent une dépense de 1 à 1,5 milliard d’euros par an pour les ménages. 

La Lyonnaise des Eaux, filiale de Suez Environnement, exploite le site. L’eau passe par des filtres de dénitrification avec injection d’acide phosphorique et d’éthanol, par une cascade d’aération, par trois filtres à charbon actif contre les pesticides, et reçoit des injections de chlore. Le parcours dure environ deux heures. Avec les pesticides, les nitrates sont le principal polluant d’origine agricole. "Un taux trop élevé de nitrates est dangereux pour la santé des femmes enceinte et des nourrissons. Ils créent des nitrites qui se fixent sur l’hémoglobine et font baisser le taux d’oxygène", explique Philippe Viguié, le directeur technique régional (Normandie – Picardie – Champagne) pour la Lyonnaise des Eaux.

Des investissements colossaux

L’eau du robinet reste "globalement de bonne qualité", selon un rapport de la Direction générale de la santé (DGS) réalisé sur la base d’analyses de 2012. La DGS souligne même une "nette amélioration". En 2012, 95,5 % des Français bénéficiaient d’une eau conforme aux limites de qualité pour leur teneur en pesticides. Et seulement 1 % de la population consomme de l’eau contenant trop de nitrates [lire pages 44 à 47]. Mais c’est au prix d’investissements colossaux. Les six agences de l’eau – des établissements publics ayant pour mission de contribuer à réduire les pollutions de toutes origines et à protéger les ressources en eau et les milieux aquatiques – ont prévu d’investir 13 milliards d’euros entre 2013 et 2018.

Il y a urgence. Le 4 septembre, la France a été condamnée par la Cour de justice de l’Union européenne pour « manquement aux obligations qui lui incombent », en vertu de la directive nitrates, non sur l’eau distribuée, mais sur les milieux naturels. La teneur en nitrates de l’eau non traitée ne doit pas excéder 50 mg par litre. Ce qui n’est pas le cas dans les régions de grandes cultures et d’élevage intensif. Les deux tiers des pollutions aux nitrates proviennent de l’utilisation des produits phytosanitaires et de l’épandage des effluents d’élevage. Les agriculteurs, qui contestent jusque dans la rue la nouvelle carte des zones vulnérables aux nitrates et les obligations qui vont avec, veulent contraindre le gouvernement à revoir sa copie.

« Les agriculteurs français sont les plus vertueux du monde… et ils utilisent des outils [analyse des parcelles par satellite ou par réflecteurs, ndlr] pour mieux doser les engrais. Le fractionnement de l’épandage accroît la production agricole sans augmenter la consommation de fertilisants », assure Christophe Beaunoir, le directeur général délégué de Borealis Chimie, le premier producteur d’engrais azotés en France. La principale piste d’amélioration consisterait à mieux anticiper la météo pour choisir la bonne période pour les épandages. Il faut croire que l’ constitue une autre solution d’avenir, puisque les géants de l’agrochimie procèdent au rachat d’acteurs du biocontrôle [lire aussi pages 48 à 50].

De vieux remèdes aussi

"La troisième voie entre l’agriculture conventionnelle et l’agriculture biologique est une agriculture durable ou agro-agriculture, explique Capucine Laurent, la directrice associée de la société de conseil BeCitizen (groupe GreenFlex). Par rapport au bio, on ne s’interdit pas tout. Il y a une démarche de résultats pour réduire les engrais et les pesticides. Il faut fixer des objectifs réalisables, soit 10 % à 15 % de réduction. Le monde agricole peut l’intégrer comme une valorisation et non une contrainte." Plusieurs démarches existent avec des marques bien connues comme Lu’Harmony (groupe Mondelez), Fleur de colza (Lesieur) et le blé des petits pains des hamburgers McDonald’s.

En attendant, "on sait traiter les nitrates, ce n’est pas un problème, mais il vaut mieux traiter à la source. Nous donnons des conseils comme celui de revenir aux habitudes anciennes : [dans les champs] tracer les sillons parallèlement aux rivières pour éviter les ruissellements et non perpendiculairement comme c’est actuellement la règle", prévient Jean-Paul Courcier, le responsable du soutien opérationnel chez Veolia Eau. Les spécialistes de l’eau comme Saur, Suez et Veolia utilisent des solutions curatives pour éliminer les pesticides et les nitrates. Ils privilégient trois technologies : biologique, physico-chimique, et nanofiltration [lire aussi page 43]. À défaut de prévention, les remèdes sont bons.

Olivier Cognasse

Trois technologies pour dénitrifier

  • La dénitrification biologique est un procédé fondé sur l’utilisation de bactéries. Celles-ci transforment les nitrates en azote gazeux en les utilisant à la place de l’oxygène de l’air. C’est le procédé le plus utilisé surtout dans les stations de traitement des eaux les plus importantes.
     
  • La dénitratation physico-chimique recourt à des résines échangeuses d’ions. Le principe de cette technique repose sur l’échange des ions nitrates et d’autres anions présents dans l’eau avec les ions chlorures contenus dans une résine. L’ion nitrate va se retrouver piégé.
     
  • La nanofiltration utilise des membranes semi-perméables dont le diamètre des pores varie entre 0,001 et 0,01 micromètre. Cette technique élimine les agents colorants, les métaux lourds, les micropolluants organiques (pesticides) et les nitrates.

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