Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Santé

Les cosmétiques bio, antidotes à la méfiance du consommateur

Publié le

Avec 450 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015 et une croissance de 7 %, le marché de la cosmétique estampillée "biologique"prend de l’ampleur en France.

Les cosmétiques bio, antidotes à la méfiance du consommateur
Les cosmétiques biologiques représentent un énorme marché que se disputent les producteurs bio et traditionnels. Ici, des roses de Damas pour Weleda.

Depuis quelques mois, dans les rayons des supermarchés, des parapharmacies et des parfumeries, se déroule un étrange phénomène… Les consommateurs inspectent minutieusement chaque élément, plus ou moins obscur, entrant dans la composition de leurs produits cosmétiques. Et cela, après des décennies fastes et insouciantes, les industriels du secteur ne l’avaient pas vraiment anticipé. À l’origine de cet intérêt soudain des clients pour les noms d’ingrédients, les études récentes des associations de consommateurs. Depuis quelques mois, l’UFC-Que Choisir et 60?millions de consommateurs tirent la sonnette d’alarme sur les substances potentiellement toxiques, ou du moins controversées, contenues dans les cosmétiques.

En février, la liste s’est allongée : 11 composants indésirables ont été trouvés dans 400 cosmétiques. Pour ne rien arranger, alertée par les études de l’UFC-Que Choisir, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a fait retirer de la vente 140 références en octobre. Elles contenaient toutes des allergènes, notamment de l’isobutylparaben et du méthylisothiazolinone (MIT), bannis des produits cosmétiques depuis respectivement le 30?juillet 2015 et le 12?février 2017. Ajoutons à cela les débats récurrents sur les perturbateurs endocriniens, le cocktail est détonnant ! Les consommateurs deviennent méfiants et réclament davantage de transparence. Et le marché semble prendre un nouveau tournant. Un premier sursaut avait déjà été observé en 2005, après la diffusion d’un numéro d’« Envoyé spécial », sur France 2, consacré aux parabènes. « Nous avons vraiment ressenti un changement en France. Notre chiffre d’affaires a plus que doublé cette année-là », se souvient Sophie Roosen, la responsable marketing et communication de la marque Dr Hauschka en France. Nous avons bénéficié de croissances à deux chiffres de 2005 à 2008. Depuis, c’est plus calme, mais nous avons enregistré 8 % de croissance dans l’Hexagone en 2016. » Le bio, pour les consommateurs désorientés dans les dédales des parapharmacies, désarçonnés face à des listes d’ingrédients interminables, est devenu une valeur refuge.

Un label très convoité

Depuis, c’est un peu la guerre de tranchées. D’un côté, la cosmétique dite conventionnelle utilise des ingrédients ­issus de la chimie de synthèse et de la distillation du pétrole. De l’autre, la cosmétique bio préfère les ingrédients d’origine végétale et minérale et obéit à une charte rigoureuse. Entre les deux, une zone un peu floue, la cosmétique naturelle, occupée par les deux camps… Par les fabricants de produits biologiques, naturellement. Mais aussi par les industriels conventionnels, qui se sont empressés d’étoffer leurs gammes de produits naturels mais pas estampillés « bio » pour autant. Car pour décrocher le convoité logo vert sur un produit cosmétique, il faut respecter des règles strictes et ­surtout consentir à quelques renoncements… parfois coûteux.

En France, l’association Cosmebio, qui représente 350 sociétés et 9 000 références de produits cosmétiques bio, a créé le label Cosmebio en 2003. La première exigence pour l’obtenir [lire l’infographie ci-contre] concerne le dosage : 95 % des ingrédients utilisés doivent être d’origine naturelle et 20 % d’entre eux doivent provenir de l’agriculture biologique. Pour bien comprendre cette proportion – qui peut paraître peu élevée –, il faut savoir que l’eau, principal composant de nombreux produits cosmétiques, ne peut être certifiée bio. Si l’on considère uniquement les ingrédients végétaux d’une formule, 95 % d’entre eux doivent être biologiques pour obtenir le label. Les 5 % restant peuvent être issus de la chimie de synthèse. Toutefois, il existe une liste noire d’ingrédients que les fabricants doivent exclure. Par exemple, les parfums de synthèse, notamment les phtalates, ou encore les huiles minérales comme les silicones. Depuis janvier 2017, la charte Cosmos, élaborée par cinq associations européennes, dont Cosmebio, régit tous les produits fabriqués en Europe.

Les informations sur les ingrédients sont fournies sur tous les packagings de cosmétique. C’est ce que l’on appelle la dénomination Inci (pour « International nomenclature of cosmetic ingredients »). Le nom des produits entrant dans la composition y est mentionné en anglais pour les substances d’origine synthétique et en latin pour les ingrédients naturels. Et cette liste n’est pas établie au hasard : les différents éléments sont classés dans un ordre bien précis, du plus concentré, en tête, jusqu’au moins concentré. Une seconde exigence concerne les procédés de transformation qui doivent être le moins polluants possible. Pour le nettoyage des cuves dans les usines, les industriels aspirant au label « bio » ne peuvent utiliser que certains produits, respectueux de l’environnement. Les process de fabrication, tout comme les usines, font l’objet d’une amélioration continue, à l’image de l’unité de production de Léa Nature à Périgny (Charente-Maritime) [lire page 34]. Enfin, les emballages doivent être recyclés ou recyclables. Pour les flacons de sa marque ­Natessance, le leader français du bio expérimente un plastique à base de canne à sucre. La matière première est importée du Brésil, puis moulée chez ses fournisseurs en France. « Notre objectif est de ne plus utiliser de plastique d’origine fossile pour l’emballage de nos produits d’ici à 2020 », explique Valérie Marcadet, la directrice de la filière cosmétique de Léa Nature.

Une production plus complexe et plus coûteuse

Mais le plus grand défi auquel sont confrontés les industriels du bio reste la formulation des produits. La palette des ingrédients est bien plus restreinte, pour la conservation notamment. « La reformulation est notre lot quotidien, car dès que le moindre doute apparaît à propos d’un ingrédient, nous l’interdisons dans notre cahier des charges », détaille Valérie Marcadet. Conséquence : un tiers des produits est reformulé chaque année dans les laboratoires de Léa Nature. « Nos fournisseurs nous proposent de plus en plus de matières premières certifiées bio. Depuis peu de temps, on peut se procurer de la vitamine C biologique, par exemple, utilisée comme antirides et antioxydant », affirme Fanny Spriet, la responsable communication cosmétique pour le groupe.

« Une filière est en train de se structurer autour du bio, observe Pierre Gadrat, le directeur de la business unit cosmétique du cabinet Alcimed. Plus que la fabrication, c’est le fournisseur de la matière première qui est important dans ce domaine. » Pour chaque ingrédient, l’industriel doit pouvoir apporter la preuve qu’il est issu de l’agriculture biologique, en cas de contrôle par l’organisme certificateur. Des contrôles réguliers et des exigences qui allongent de presque 20 % le temps de développement et de fabrication d’un produit bio par rapport à une version traditionnelle, selon Léa Nature. « Nous n’avons pas le même niveau de marge que dans la cosmétique traditionnelle. C’est la raison pour laquelle ceux qui se convertissaient au bio en sont un peu revenus », confie Fanny Spriet. « Côté conventionnel, les industriels se rendent compte que le marché est en pleine croissance. Mais ils réalisent aussi que les contraintes sont nombreuses et que la rentabilité n’est pas toujours au rendez-vous… C’est pourquoi ils ont commencé à vendre des cosmétiques “naturels” et au prix du biologique… », déplore Romain Ruth, le président de Cosmebio. Mais ils n’ont visiblement pas tous abdiqué… Une marque de cosmétiques de luxe serait sur le point de lancer une gamme certifiée bio ! ??

La diversité du paysage français

 
Le marin : Paris Exclusive TO
Date de création 2007
 
Comme son nom ne l’indique pas, Paris Exclusive TO est la première marque de soins cosmétiques à base d’algues. Pour ses produits bio-marins, 15 espèces d’algues fraîches – qui, même si elles sont naturelles, ne peuvent être répertoriées en tant que produits bio – sont associées à 20 plantes issues de l’agriculture biologique.
 
Le pionnier : Cattier
Date de création 1968
 
Le cœur de l’expertise de Cattier, c’est l’argile. Dès 1968, Pierre Cattier perçoit toutes les richesses et les bienfaits de cet élément. La marque renforce son expertise en matière de cosmétologie naturelle en développant une offre de produits naturels. Au début des années 2000, elle se positionne comme l’un des pionniers de la cosmétique bio.
 
Le petit nouveau : Alaena
Date de création 2017
 
Le petit dernier de la galaxie bio est né de l’union d’une dermatologue, Sylvie Peres, et de sa fille Anne, chirurgienne esthétique. Après deux ans de recherche, les laboratoires Alaena ont développé un actif breveté, élaboré à partir de graines de chia, de lin, de blé et de soja vert bio. En remplaçant tous les produits dangereux par des produits « clean ».
 
Le haut de gamme : Patyka
Date de création 2004
 
De la cosmétique made in Paris ! Patyka – le mot signifie apothicaire en hongrois – se décrit sur son site internet comme « le fruit de rencontres et d’années de recherches qui ont permis de découvrir des centaines de plantes rares, des formules oubliées ou jalousement gardées ». Rachetée en 2009 par l’entrepreneur Pierre Juhen, la société conjugue luxe et biologique.
 
Le plus connu : Melvita
Date de création 1983
 
C’est la marque la plus connue en France. Bernard Chevilliat, son fondateur, a initialement développé une gamme de produits autour de la ruche. En 2008, l’entreprise est devenue une filiale de L’Occitane en Provence. Elle propose aujourd’hui une gamme de 220 produits et a réalisé un chiffre d’affaires de 15,7?millions d’euros.
 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Notre sélection : Les écoles d'ingénieurs, vivier préféré de l'industrie

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle