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"Les coopérations spatiales sont un outil formidable de diplomatie économique", confie Jean-Yves Le Gall du CNES

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Entretien La France est le pays disposant le plus de coopérations spatiales au niveau mondial. Jean-Yves Le Gall, président du CNES, revient sur la collaboration avec l’agence chinoise autour du satellite de l’étude des océans CFOSat lancé en octobre dernier. Selon lui, les fabricants de satellites français et européens doivent travailler avec leurs homologues chinois tout en sachant protéger leurs technologies.

Les coopérations spatiales sont un outil formidable de diplomatie économique, confie Jean-Yves Le Gall du CNES
Jean-Yves Le Gall, président du CNES
© Guittet Pascal

L'Usine Nouvelle - Le satellite franco-chinois d'observation des océans CFOSat a été lancé avec succès fin octobre. Vous avez qualifié d'historique la coopération entre les deux pays. Pour quelles raisons ? 

Jean-Yves Le Gall - Pour le lancement du satellite, je suis allé sur le pas de tir de Jiuquan. J'ai reçu un accueil extraordinaire car c'était la première fois que les Chinois faisaient un satellite en coopération internationale. Nous en recueillerons les premières données dans les mois qui viennent.

Quand ce programme CFOSat a été lancé il y a quelques années, personne n'imaginait alors coopérer avec la Chine. Je fais le parallèle avec les années 70 quand seule la France travaillait avec l'Union Soviétique. Là encore, nous montrons la voie. Dans deux ans, nous lancerons un second satellite franco-chinois, le satellite SVOM pour l'astronomie. Ces deux satellites ont un très fort intérêt scientifique. Avec CFOSat, c'est la première fois que l'on étudie simultanément l'influence des vagues et du vent sur le climat. Le satellite SVOM embarquera le premier instrument spatial capable d'observer les sursauts Gamma, utiles à l'étude des ondes gravitationnelles.

Quelles suites voulez-vous donner à cette coopération ?

L'idée est que cette coopération franco-chinoise ne soit pas un «one shot» et qu'il y ait une suite. J'en veux pour meilleure preuve que le Président de la République a consacré en janvier dernier l'une de ses trois demi-journées à Pékin à la visite du centre où a été assemblé CFOSat. Ce déplacement a aussi été l'occasion de signer un accord entre les deux pays dans les domaines de l'exploration spatiale et de l'étude du climat.

Quelle est l'importance de ces coopérations pour le CNES? 

Au-delà de la Chine, nous travaillons avec les Etats-Unis, l'Inde, la Russie, le Japon et les pays émergents... Nous sommes l'agence qui dispose le plus de coopérations au niveau mondial. C'est un outil formidable de diplomatie économique, qui met le pied à l’étrier à l'industrie française à l'étranger. 

Cela nous permet d'avancer et d'abaisser le coût de nos projets. Quand nous mettons notre instrument d'études SWIM (fabriqué par Thales Alenia Space, ndlr) dans un satellite chinois, le coût de la mission et de la donnée récupérée est très inférieur à celui que l'on aurait si l'on réalisait la mission par nous-mêmes.

Dans quelle mesure la Chine devient-elle un partenaire incontournable ?

La Chine est devenue un acteur spatial majeur. Sans toutefois être au niveau des Etats-Unis, qui restent la première puissance spatiale mondiale. Derrière il y a deux numéro 2 : l'Europe au niveau qualitatif et la Chine au niveau quantitatif. Le lancement fin octobre de CFOSat représentait le 32ème lancement chinois de l'année et une dizaine d'autres sont programmés d'ici la fin de l'année. C'est impressionnant.

Si leurs lanceurs marchent bien, ils sont en revanche un peu moins performants au niveau des satellites qui sont moins précis et dont la durée de vie est inférieure à ceux que nous développons. L'Europe se distingue avec des missions extrêmement ambitieuses comme BepiColombo pour l'étude de Mercure, ou celle de la famille des satellites MetOp qui contribuent à l’amélioration des prévisions météorologiques et au suivi du climat à l’échelle mondiale.

A-t-on une idée des moyens que Pékin consacre à son ambition spatiale ?

C'est très difficile à dire. Il y a une très forte ambition côté chinois avec un système qui rappelle celui de l'Union Soviétique il y a vingt ou trente ans, mais modernisé et qui va très vite. Ils veulent faire du spatial tout azimut. Quand mon homologue chinois me demande "Combien êtes-vous au CNES", je réponds 2 500, lui me réplique alors qu'ils sont 110 000 ! Un chiffre qui toutefois intègre leurs activités spatiales militaires et industrielles.

Qu'est-ce que leur permet une telle force de frappe ?

Ils sont sur tous les domaines. Sur les lanceurs, ils sont impressionnants. Au congrès international d’astronautique (IAC) qui s'est tenu début octobre à Brême, leurs industriels présentaient sur leurs stands des lanceurs privés réutilisables. Cela s'ajoute à leurs cinq ou six modèles de lanceurs étatiques. Ils peuvent s'appuyer sur quatre pas de tirs, trois en Chine continentale et le nouveau pas de tir de Wenchang sur l'île de Hainan.

En termes de missions, ils sont présents sur l'observation du climat, le vol habité avec la mini-station spatiale... En matière d'exploration, ils ont pour ambition de poser un rover sur la face cachée de la Lune, ce qui n'a jamais été fait. Ils ont aussi une mission martienne en préparation. Nous sommes un peu stupéfaits par la quantité de projets qu'ils ont.

Quelles opportunités la Chine représente-t-elle pour les industriels français ?

La Chine est une grande puissance mondiale qui a besoin de satellites. Il est fondamental que l'industrie spatiale française soutenue par le CNES puisse travailler avec les Chinois. Déjà, un certain nombre d'industriels français sont en relation avec la Chine en fournissant notamment des charges utiles de satellites (l'instrument embarqué qui réalise la mission spatiale, ndlr). Thales Alenia Space a ainsi livré l'altimètre de CFOSat.

Pourtant, il y a des contraintes comme la réglementation ITAR, qui interdit d'embarquer des composants américains sur les satellites chinois...

C'est une réalité et cela fait partie des règles du jeu à respecter. Nous n'envoyons pas en Chine de composants ou d'instruments touchés par cette réglementation. 

Comment s'assurer que ce type de coopération ne se retourne pas contre nous en renforçant  la concurrence chinoise,  comme cela a pu arriver dans les domaines des télécommunications ou du ferroviaire ?

Dans le secteur spatial, le risque est beaucoup plus limité. Cette activité est très encadrée. En livrant les charges utiles des satellites, nos industriels ne fournissent pas des boîtes noires mais presque. Les Chinois n'ont pas accès à la technologie que nous envoyons.
Nous ne sommes pas dans une coopération de co-développement à proprement parler. Je fais confiance à Airbus et Thales pour respecter la réglementation et ne pas créer un concurrent qu'ils ne souhaitent pas avoir.

Craignez-vous l'émergence d'un industriel champion chinois ? 

Il existe déjà! La Chine a déjà vendu à un certain nombre de pays des systèmes de télécommunications spatiales complets incluant le satellite, le lanceur et la formation des opérateurs.

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