Les constructeurs italiens, plus optimistes

La reprise de la consommation mondiale d’équipements de production vient à point nommé pour l’Italie, troisième dans le classement des pays exportateurs, après l’Allemagne et le Japon.

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Les constructeurs italiens, plus optimistes
Plus de 1200 exposants ont proposé 3000 machines pour une valeur de 300 millions d’euros
Plus de 1200 exposants sont venus du 5 au 9 octobre à Milan, à la 27 ème édition de la Bi-Mu, la biennale italienne de la machine-outil. Avec dans leur besace, quelques 3000 équipements dont la valeur dépassait les 300 millions d’euros. La preuve que les affaires reprennent dans ce domaine stratégique, très affecté en 2009 par la crise économique. L’industrie italienne de la machine-outil, quatrième producteur et troisième exportateur mondial, a enregistré l’année dernière une baisse record de 30% de son chiffre d’affaires. Selon l’UCIMU (l’association des constructeurs italiens de machines-outils), on assiste cette année à une reprise de la demande. « La consommation mondiale de systèmes de production devrait s’accroître de 4,7% en 2010 pour une valeur totale de 37,4 milliards d’euros », commente Giancarlo Losma, président de l’UCIMU. « Une évolution qui devait continuer jusqu’en 2014, quand la consommation de machines-outils devrait atteindre les 70,2 milliards d’euros. » Après avoir traversé une situation dramatique ces deux dernières années, avec un marché domestique divisé par deux, les Etats-Unis sont le leader de la reprise des investissements en bien d’équipements. Suivis par le Brésil (+22,4%), l’Inde (+14,2%), la Chine (+11,6%), l’Italie (+11,8%)...

La situation de l’industrie italienne de la machine-outil est néanmoins contrastée : les constructeurs transalpins enregistrent encore une baisse de 5,5 % de leurs livraisons au premier semestre 2010 par rapport à la même période de l’année précédente. Une situation due à la faiblesse des exportations, qui connait une baisse de 25,4%. Mais qui devaient reprendre selon l’étude de l’UCIMU dans la deuxième partie de 2010. En revanche, la demande intérieure, dopée par la loi Tramonti-Ter, reprend du poil de la bête avec une croissance de 47,5% pendant les premiers six mois de 2010. Rappelons que cette loi a permis jusqu’au 30 juin 2010 une détaxation des bénéfices investis dans les équipements de production de haute technologie. Son arrêt inquiète fortement les constructeurs italiens qui demandent de nouvelles mesures en faveur de l’investissement productif. « Bien que la reprise de l’activité soit incontestable, le souci d’une rechute demeure toujours valable », constate Giancarlo Losma. Le responsable de l’UCIMU demande la mise en place des mesures fortes pour encourager l’investissement. A savoir, la défiscalisation des profits réinvestis dans de nouveaux équipements, la création d’une prime à la casse des équipements obsolètes et des systèmes d’amortissements libres comme aux Etats-Unis. Des incitations qu’appuient à l’unisson les constructeurs italiens. « Ce n’est pas suffisant », considère toutefois Danilo Salamoni, responsable de MCM France. « Il faut aussi lancer des programmes économiques ambitieux capables d’encourager les investissement productif. »
En attendant ces mesures providentielles, les constructeurs ont profité de la foire de Milan pour présenter leurs dernières innovations. A l’évidence, la sophistication technologique a laissée la place à des solutions plus pragmatiques qui visent en priorité la réduction des coûts de production.
L’outil de simulation d’usinage dévoilé par le constructeur de fraiseuses de haute précision Fidia permet ainsi de contrôler en temps réel la fabrication d’une pièce. « Le programme VI-Mill installé sur notre commande numérique C20 permet à l’opérateur de visualiser et de tester avant ou pendant les opérations d’usinage les éventuelles collisions entre l’outil, la tête d’usinage et les autres éléments de la machine », explique Mauro Adriano, directeur de ventes de la division UGV (usinage à grande vitesse) du constructeur italien. Ce système, qui sera commercialisé à la fin de cette année, tient compte de conditions d’usinage réelles dans l’atelier. Fidia propose un autre dispositif qui réduit les temps de production. Brevetée, la tête de mesure HMS assure un calibrage rapide de têtes d’usinage continues ou indexées ou des tables tilting (basculantes). Equipé de trois capteurs connectés à la commande numérique de la machine, ce dispositif s’installe sans peine sur la table de la machine. Piloté par un logiciel spécifique, il teste et assure une correction en temps réel des erreurs géométriques, de la précision de positionnement ainsi que des paramètres de l’outil de coupe. « Cette solution réduit le temps de contrôle nécessaire dans le cas des solutions classiques d’une journée à moins d’une heure », assure Mauro Adriano. Il permet aussi de mesurer toutes les positions de la tête ou de la table et non seulement les positions orthogonales. Une aubaine pour les utilisateurs de centres d’usinage 5 axes. Quant à la loi Tremonti-Ter, Fidia n’en a pas beaucoup profité. « Seules deux machines ont été vendues grâce à cette facilité », regrette Mauro Adriano. « Nos perspectives pour 2011 sont cependant très bonnes avec un carnet de commande de 30 millions d’euros. »

Le souci du pragmatisme était aussi mis en avant par Jobs qui a racheté il y a un an Sachman, un fabricant d’équipements pour la mécanique générale. Ce qui lui a permis d’étendre son domaine d’activité et de proposer trois nouvelles machines : Thor pour la mécanique générale, Ever pour l’énergie et TS-T/TRT pour les moulistes. Leur dénominateur commun c’est un rapport prix/performances très intéressant.
Chez Pama, un constructeur italien de machines de grande taille pour le domaine de l’énergie ou le BTP, le bureau d’étude ne cesse de revoir la configuration des machines pour améliorer aussi bien leur dynamique que réduire leur coût. « Nous réalisons environ 80% de notre chiffre d’affaires à l’exportation, dont un tiers en Asie », précise Michele Archenti, directeur marketing de cette PME qui emploie 400 personnes et a réalisé en 2009 un chiffre d’affaires de 155 millions d’euros. « Ce qui ne nous a pas permis hélas, de profiter de la loi Tremonti-Ter. » La société, qui a fourni des machines pour la nouvelle usine de Liebherr à Colmar en Alsace inaugurée le 1 er octobre, rationalise fortement sa production. « Nos machines ont de nombreux composants commun et leur rigidité est renforcée grâce au bâti en fonte ainsi qu’aux montants en acier mécano-soudés », remarque le spécialiste. Le prix de vente est ainsi plus abordable et la précision de pièces usinées, améliorée. Les ingénieurs de Pama utilisent bien d’autres astuces pour ces machines dynamiques malgré leur taille et puissantes (la broche d’usinage a une puissance qui varie de 37 à 100 kW), qui s’installent directement sur le sol. Comme par exemple, un système de récupération des copeaux et du lubrifiant intégré à la machine.
Autre source d’économie : les équipements capables d’assurer plusieurs fonctions. Comme les centres de forage et de fraisage d’IMSA, un fabricant de machines spéciales pour les moulistes, le nucléaire ou l’automobile. « Des équipements dotés d’une dizaine d’axes qui terminent la pièce en une seule fixation », explique Serge Trotzky, gérant d’Alphatech qui distribue IMSA en France. Des machines qui peuvent être palettisées, disposent d’un magasin d’outils extensible de 50 à 250 places et dont le coût se situe entre 100000 et 1 million d’euros.
Moyens efficaces pour réduire les coûts de fabrication, les systèmes flexibles d’usinage sont eux aussi, passés par les fourches caudines du pragmatisme. Une approche illustrée par Mandelli, une filiale du groupe Riello Sistemi. « Nos cellules flexibles ne comptent plus que deux à trois machines, à l’instar de celle livrée à Caterpillar en France », précise Davide Viciguerra, responsable marketing du constructeur de Piacenza. « Les installations sont plus simples, avec moins de machines mais qui usinent plus vite et mieux », confirme également Mauro Adriano de Fidia. Ce qui les met à la portée des PME. Exemplification avec le système flexible doté de trois centres d’usinage 5 axes G996RT livré par Fidia à un fabricant suisse de jantes automobiles. Une installation qui supporte des pièces de 1000 à 1200 kg et dispose d’une navette qui charge les pièces en fonction des ordres de priorité et du taux d’occupation de chaque machine. Moyennant quoi le rendement de l’installation a été doublé et le temps d’exploitation atteigne les 85%. Son coût : environ 1,5 million d’euros.
Synonyme de l’usinage de très haute précision, Parpas confirme cette tendance. Son système flexible qui sera opérationnel en 2013 chez Lockheed Martin pour la fabrication du cockpit des F-35 Lightning II met en œuvre quatre machines qui peuvent usiner aussi bien des pièces en titane qu’en aluminium ou en composite.
Souvent intégrées dans des cellules flexibles, les centres d’usinage de MCM s’adaptent à l’usinage des matériaux difficiles à usiner utilisés par certaines industries comme l’aéronautique. « Un usinage qui nécessite souvent une lubrification sur mesure qui peut endommager les machines », indique Danilo Salamoni, responsable de MCM France. « Nous fabriquons donc tous les éléments concernés en acier inox. »

Enfin, la réduction des coûts ne concerne pas que l’usinage par enlèvement des copeaux. La découpe laser vise elle aussi cet objectif avec la généralisation des sources à fibre. BLM dévoilait au salon italien une machine de découpe de tubes dotée d’une source laser à fibre d’IPG de 2 kW. L’amélioration de la précision d’usinage, de la vitesse de découpe et la réduction de la taille de la machine en sont les principaux avantages. Et une source d’économie. Avis donc aux amateurs…
Mirel Scherer

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