LES CONSTRUCTEURS AUTOMOBILES A PLEIN REGIME EN CHINE

Les perspectives de développement du marché embrasent les industriels occidentaux qui investissent à tour de bras. Au risque de déchanter rapidement.

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Jean-Martin Folz aurait-il été piqué à vif ? Un mois après que Nissan a dévoilé ses ambitions chinoises, le patron de PSA renchérit. Il investira 600 millions d'euros pour doubler la capacité de son usine et la porter à 300 000 unités en 2007. Il est vrai que son concurrent japonais a frappé fort. Absent il y a encore deux ans, voilà Nissan à la tête de la holding DongFeng (51%), qui gère la co-entreprise... avec PSA ! Qui plus est, il joue le cheval de Troie en ouvrant grand la porte à son allié Renault dont les déboires dans ce pays constituent un vrai feuilleton. Le dernier en date étant le « capotage » de son partenariat avec Brillance, associé par ailleurs à BMW. Désormais, non seulement la marque au losange devrait officialiser son implantation en avril, mais elle investit elle aussi avec DongFeng dans les véhicules utilitaires.
Des perspectives alléchantes, mais incertaines
Cette agitation est loin d'être franco-française. Pas une semaine ne passe sans qu'un investissement ne soit annoncé dans le secteur automobile. Au risque de conduire à la surchauffe. Et d'aboutir à de nouvelles désillusions. Les constructeurs semblent avoir oublié les leçons du passé. Comme il y a dix ans, ils se précipitent, le nez sur les statistiques. Et, certes, elles sont encourageantes. L'année dernière, les ventes ont progressé de 32 %, pour atteindre 3,6 millions. La Chine est devenue le troisième marché mondial, derrière les Etats-Unis et le Japon, devant l'Allemagne (3,4 millions) et la France. Un cru 2003 qui ne peut pas être qualifié « d'accident ». En 2002, les immatriculations avaient déjà augmenté de 42 %. Selon Automotive Resources Asia, la croissance devrait continuer à un rythme de 15 à 20 % ces cinq prochaines années.
A ces perspectives de volume, s'ajoute un autre facteur d'enthousiasme : la simplification du marché. L'essor d'une classe moyenne, la libéralisation politique et les adaptations aux règles de l'OMC ont eu leur effet. De commandes à majorité publiques, les ventes ont basculé, il y a deux ans, dans le giron des ménages qui s'adjugent désormais 60 % des immatriculations. Le parc privé compte 10 millions de véhicules. Les achats de voitures particulières ont fait un bond de 66 %, en 2003, pour atteindre 1,96 million de véhicules. Et les prévisions pour 2004 tablent sur un nouvel essor à 2,4 millions.
La « privatisation » du marché a modifié la demande qui s'équilibre entre les voitures compactes (38,9 %), les berlines (30,5 %) et les véhicules de luxe (30,6 %). Le segment des 4x4 opère même une percée et plusieurs constructeurs envisagent de construire des SUV (Sport utility vehicle) sur place.
Cette explosion de la demande emballe les usines. Au point qu'elles ont fabriqué 1,98 million de véhicules l'année dernière, contre 1,09 million en 2002, hissant la Chine au quatrième rang mondial... devant la France. Comme des abeilles sur un pot de miel, les constructeurs étrangers se précipitent pour élargir leur offre. Et c'est pour enrichir sa palette que PSA investit massivement. « La 307 que nous lançons au premier semestre sera complétée par la 206, dès 2005. A l'horizon 2007, nous prévoyons de vendre 100 000 Peugeot », précise Frédéric Saint-Geours, le directeur général.
14 millions d'unités en 2007
Volkswagen, numéro 1 local avec 35 % de parts de marché, double sa mise lui aussi. Il produira 2 millions de véhicules en 2007, contre le million prévu initialement, et injectera 600 millions d'euros. Dans l'immédiat, il construit un nouveau site d'une capacité de 330 000 unités. General Motors, le numéro 2 avec 8 % de pénétration, portera sa capacité de production à 766 000 en 2006 et fabriquera la Cadillac dès cette année, alors que le modèle devait seulement être importé. Toyota, Hyundai, Honda... chacun y va de son projet.
Mais dans cette course au développement local, le risque est grand de déraper et d'aboutir aux excédents de capacité qui pénalisent les sites de production, comme en Europe et aux Etats-Unis. JP Morgan estimait, l'été dernier, au vu des programmes annoncés, que l'industrie automobile serait surcapacitaire de 18 % dès 2005. Le gouvernement chinois lui-même s'alarme. La Commission d'Etat au développement et à la réforme prévoit une capacité de 14 millions de véhicules en 2007, alors que la demande ne portera a priori que sur la moitié... A moins, bien sûr, d'exporter. Honda est le premier à oser. Il produira, cette année, des véhicules destinés... au Japon.
Florence De Goldfiem
L'Usine Nouvelle N° 2900 - (15/01/2004)

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