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L'Usine Agro

"Les consommateurs aspirent à boire de la meilleure bière", affirme François Sonneville

Franck Stassi , , ,

Publié le

Entretien Le développement des produits dits "artisanaux" à travers le globe et l’essor fulgurant de la demande chinoise constituent deux tendances fortes du marché de la bière, rappelle François Sonneville, directeur Boissons de la banque néerlandaise Rabobank. Dans un entretien accordé à L’Usine Nouvelle , il analyse les enjeux de ces mouvements et leur impact sur les matières premières.

Quelles tendances notables avez-vous constaté dernièrement sur le marché mondial de la bière ?
Globalement, nous observons une croissance de la consommation dans les marchés émergents (augmentation du revenu moyen, du nombre de consommateurs et de l'offre) et une baisse dans les marchés matures (saturation du marché, difficultés économiques voire récession, et montée des préoccupations liées à la santé). Cependant, à court terme, la croissance de la Chine ralentit. Le pays est assez mature avec une consommation supérieure à la moyenne par habitant, a subi une météo défavorable l’an dernier et installe des mesures anti-corruption qui nuisent au développement des entreprises. Sur les marchés développés, nous constatons l'émergence des bières artisanales et des bières aromatisées. Les consommateurs ne boivent pas plus de bière, mais ils boivent mieux et plus cher. L'augmentation du nombre de nouveaux produits freine temporairement la baisse de la consommation.

Quels sont les impacts de cette évolution de la demande sur l'orge et le malt ?
La demande est essentiellement bouleversée par la volonté des consommateurs de boire mieux. Cela est notamment vrai en Amérique du Nord, où l’industrie de la bière artisanale utilise de l'orge (alors que la Budweiser est principalement fabriquée avec du riz), en Europe, mais aussi en Asie. En Chine, par exemple, l'utilisation de l'orge de brasserie n'a pas suivi la tendance de la consommation de bière. La Chine a utilisé de moins en moins d'orge par litre de bière, en raison des prix de l’orge ou du malt importés. Comme les consommateurs chinois deviennent plus riches, les bières "haut de gamme" (incluant les références telles que la Stella Artois, par exemple) ont de bons résultats. A l'échelle mondiale, les taux d'inclusion d'orge par litre de bière ne baissent plus, ils augmentent.

L'offre de céréales et les capacités, ainsi que la localisation, des transformateurs correspondent-ils à ce nouveau paysage mondial de la bière ?
Traditionnellement, la bière est fabriquée avec de l'orge à faible taux de protéines qui pousse mieux dans les climats tempérés de l'Europe occidentale, du Canada et de l'Australie. En conséquence, on retrouve davantage de capacités de maltage dans ces pays. Pour les brasseurs qui vendent de la bière dans les marchés émergents, cela signifie l'importation d'ingrédients, entraînant des coûts de transport et des taxes supplémentaires. Les investissements et la R&D font que cultiver de l'orge brassicole est plus viable dans certains marchés émergents (par exemple, l'Ethiopie possède de hauts plateaux où l'orge peut croître, tandis que l'Argentine répond maintenant aux besoins des brasseurs brésiliens).

Comment l'essor de la bière artisanale (craft beer) influe-t-il sur les acteurs des matières premières ?
Il y a de nombreux types de bière artisanale : ce terme tend à devenir générique ! Aux États-Unis, l'artisanat est en train de devenir une partie sérieuse de la catégorie de la bière. En termes de volume, nous avons atteint 10% et nous pensons que ce marché atteindra une part de 20% en 2020. En Europe, la bière artisanale gagne du terrain, mais sa part reste beaucoup plus petite. En Afrique et de la Chine, la bière artisanale est une très petite niche. Pour l'instant, son impact sur la demande en orge y est négligeable. La plupart des bières artisanales utilisent trois à cinq plus de houblon que pour une lager traditionnelle. Pour l'orge et le malt, le facteur est plus petit et dépend de la lager qu'il remplace.

Comment cela se traduit-il en termes de demande ?
Aux États-Unis, la Budweiser est la bière dominante et cette bière est faite à partir de riz. Si un litre de Budweiser est remplacé par un litre de bière artisanale, la quantité d'orge nécessaire augmente fortement. En Europe occidentale, la plupart des bières artisanales sont faites avec à peine plus d’orge. Bien qu'il y ait une augmentation de la demande pour l'orge, l'augmentation est moindre qu’aux États-Unis. En Afrique et en Chine, différentes céréales sont aussi utilisées dans le processus de fabrication de la bière, comme le manioc ou le sorgho. Comme aux États-Unis, le remplacement d'une bière standard par une bière artisanale dans ces régions a un grand impact sur la quantité d'orge par litre.

Quelles raisons expliquent la forte croissance du marché chinois de la bière ces dernières années, et ses acteurs sont-ils en mesure de faire face à la demande ?
Plusieurs raisons expliquent la hausse du marché chinois de la bière. Traditionnellement, la Chine est un pays de buveurs de bière et le climat et la nourriture s’accordent bien avec la bière. L’offre y a été améliorée. Plusieurs brasseurs appartenant à l'État dominent le marché. En prévision de la croissance de la consommation, la Chine a investi massivement dans sa capacité de maltage. La demande pour la bière s’accroît parallèlement à l’essor du revenu disponible. En Chine, il faut un peu plus d’une heure de travail au salaire minimum pour acheter 0,5 litre de bière dans un bar ou un restaurant. C’est plus qu'en France (0,6 heure) mais moins qu’en Russie (1,6 heure), au Mexique (2,2 heures) ou en Géorgie (15,1 heures). La bière est assez abordable dans le pays, cependant divisé entre l’Est (où la richesse et la consommation de bière sont élevées) et l'Ouest (où la richesse et la consommation de la bière sont plus faibles, mais en croissance). Je pense que l'Est du pays est maintenant à un point où les consommateurs ne vont pas nécessairement boire plus, mais boivent mieux. Le développement d’Internet parmi les jeunes consommateurs contribue également à développer la consommation (Budweiser et Heineken ont une portée mondiale avec le parrainage des Jeux olympiques ou la Coupe du Monde).

Comment envisagez-vous le devenir de ce marché ?
Une partie de la demande supplémentaire en orge sera satisfaite par le biais de l’amélioration des pratiques des paysans chinois. Il est important de noter que l'orge est, en Chine, en concurrence avec d'autres céréales (blé, maïs) qui sont nécessaires pour nourrir la population. La croissance de la production d'orge chinoise devra provenir principalement de l'amélioration des rendements et moins de l'augmentation de la superficie. Le solde des besoins en orge de la Chine devra être importé, principalement d'Australie. Comme l'orge canadienne sera utilisée de plus en plus pour la bière artisanale américaine, l'Europe pourra quant à elle bénéficier de la demande chinoise pour ses surplus d’orge, toutefois dans une moindre mesure que l'Australie, en raison des coûts de transport élevés.

Propos recueillis par Franck Stassi

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