Les composants évoluent vers des solutions intégrées

La rénovation énergétique est au point et les composants sont performants. A condition de les mettre en place de façon intégrée et cohérente. Pour superviser ces chantiers, de nouveaux métiers voient le jour.

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Isoler, ventiler, chauffer ou rafraîchir un bâtiment, on sait faire. Qui plus est, avec des performances conformes aux objectifs de réduction de la consommation d'énergie. C'est au moins le résultat obtenu par la réglementationa thermique, qui a tiré l'innovation sur les principaux composants du bâtiment.

Ainsi, les isolants traditionnels, polystyrène expansé et laines minérales, ont vu leur

Les clés de la basse consommation


>Des briques technologiques (isolation, fenêtres, ventilation...) adaptées aux contraintes de la rénovation.
>Des solutions intégrées cohérentes.
>Un nouveau métier. Le coordinateur capable de gérer l'ensemble des travaux.

conductivité thermique chuter de 20 % en une quinzaine d'années. Du coup, ces produits n'ont plus de grandes marges de progrès, sauf à augmenter les épaisseurs de matériaux (ce qui peut être pénalisant pour la surface habitable, notamment en rénovation).

La relève, pour certaines applications, pourrait venir à terme des panneaux isolants sous vide, constitués d'un matériau nanoporeux sous vide dans une enveloppe étanche. Leur grand avantage : très isolants et très minces, ce sont des composants adaptés à la rénovation. Mais ils sont fragiles et peu maniables sur un chantier...

Les fenêtres, elles aussi, ont fait leur révolution thermique. Verres faiblement émissifs, double et maintenant triple vitrage, lame de gaz entre les verres, menuiseries à « rupture thermique » : une fenêtre peut, en termes d'isolation thermique, faire aussi bien qu'une paroi opaque... avec la transparence en plus ! De leur côté, chaudières et ventilations ont progressé sensiblement (rendement, consommation d'énergie).

La plupart des composants ont déjà une offre destinée à la rénovation. Mais les industriels continuent d'anticiper sur les évolutions du marché. Ainsi, chez le fabricant de menuiseries K.Line, on s'attend à ce que les techniques d'isolation par l'extérieur, peu répandues aujourd'hui en France dans le résidentiel, mais qui ont des avantages en rénovation, soient en forte croissance sur les prochaines années. Le fabricant vendéen présentera à Batimat un système de mise en oeuvre des fenêtres adapté à l'isolation par l'extérieur. Les spécialistes de la ventilation attendent beaucoup de la rénovation. Pour Aldes, elle représente aujourd'hui la moitié des ventes, et sans doute bien plus dans quelques années. « L'amélioration de l'étanchéité de l'enveloppe du bâtiment, dans un but d'isolation, crée un besoin de ventilation », souligne Jean-François Nouvel, le directeur de la recherche chez Aldes. Pour s'adapter au marché de la rénovation, les équipements de ventilation se font compacts et silencieux, car il faut concevoir des installations par appartement, voire par pièce (ventilation répartie).

Les particuliers démunis

Si tous les composants d'une rénovation sont disponibles, il reste cependant à les assembler de manière efficace. Ce qui n'est pas donné d'avance. « Jusqu'à présent, la réglementation thermique n'a pas vraiment induit de changement dans les systèmes constructifs. De plus, elle peut avoir des effets pervers : pour atteindre l'objectif, on joue parfois sur les performances des équipements (une chaudière à haut rendement, par exemple), mais on néglige l'isolation de l'enveloppe », affirme Philipe Romanoz, le directeur du développement du bureau d'études Synapse Ingénierie.

En fait, si une démarche de rénovation cohérente est déjà en place pour des chantiers publics (HLM...), le problème se pose de manière criante pour les particuliers, qui n'ont ni les moyens de mettre au point une solution globale pour leurs locaux, ni d'interlocuteur pour les y aider. « Il faut développer, dans chaque métier, une approche systémique qui aujourd'hui est inexistante faute de formations adaptées », affirme Pierre Mérieux, le directeur de Agi2d, cabinet de conseil en démarche « développement durable ».

Quatre briques technologiques à assembler pour...

...renforcer l'isolation des parois
L'isolation thermique par l'extérieur (ITE), très efficace, est encore relativement peu pratiquée dans le résidentiel en France. Mais la technologie continue à progresser, comme ici avec le système Sto-Poly RT+ de STO, dont les performances sont 20 % supérieures à la génération précédente, grâce à une couche de polystyrène contenant des particules de graphite.

...ventiler
Les systèmes de ventilation, d'abord conçus pour la construction neuve, s'adaptent à la rénovation. En réduisant l'encombrement et le bruit des composants. Sous forme de ventilations réparties, ils n'obligent pas au passage d'un réseau de canalisations (ici chez Aldes).


...optimiser thermiquement les fenêtres
Les fenêtres à triple vitrage faiblement émissif sont disponibles (ici une fenêtre Minco équipée de vitrages Saint-Gobain). Elles assurent une isolation thermique maximale, notamment quand elles incluent une couche de gaz inerte (de l'argon ou du krypton). Mais pour le climat français tempéré, des solutions à double vitrage donnent déjà des résultats très satisfaisants.

...intégrer les énergies renouvelables
La production locale d'énergie renouvelable contribue au bilan énergétique favorable d'une rénovation. L'intégration dans des éléments du bâti (ici des collecteurs solaires thermiques en zinc-titane de Rheinzink), poussée par des tarifs avantageux de rachat de l'électricité, facilite son utilisation dans un bâtiment existant.


Une nécessité qui suscite des initiatives de tous bords. Ainsi, l'association Promodul, qui compte une soixantaine d'industriels des composants du bâtiment, a tout récemment refocalisé sa « mission » sur la promotion de la performance énergétique. Et elle propose une série de logiciels de simulation, destinés aux professionnels ou au grand public, permettant d'effectuer un diagnostic et d'évaluer (coûts, performances) différentes options de travaux.

Un parc de 3,5 millions de maisons ciblé

Dans l'accord signé entre l'Anah et la mairie de Paris sur un plan de rénovation des logements, il y a notamment la définition d'une série de bouquets de travaux, plus ou moins ambitieux en termes d'économie d'énergie. Ces ensembles cohérents d'actions, dont les effets sur la consommation ont été évalués par simulation, seront proposés par les professionnels du bâtiment.

Une première étape de clarification, dans le sens d'une approche globale de la rénovation énergétique, passe par l'intégration de multiples solutions techniques. Pour aller plus loin dans la mise au point de solutions intégrées, la fondation Bâtiment Energie, qui associe des industriels (Arcelor, Lafarge, EdF, GdF), l'Ademe et le CSTB, a financé deux projets, axés sur la maison individuelle. Le parc immobilier ciblé : 3,5 millions de maisons construites entre 1945 et 1974, peu ou pas isolées.

Les structures légères optent pour la climatisation passive

Les matériaux à changement de phase (MCP), qui ont la capacité d'absorber un excès de chaleur pour la restituer quand la température diminue, s'affirment comme une solution pour améliorer le confort thermique des bâtiments à structure légère, très sensibles aux variations de température. En évitant ou limitant le recours à la climatisation. DuPont, dont le MCP Energain se présente sous la forme de panneaux de 5 mm d'épaisseur, a testé son efficacité en équipant une partie des combles d'une maison française. Résultat : en été, jusqu'à 7°C de moins dans la pièce équipée ; en hiver, une économie de 15 % de chauffage, grâce à la chaleur solaire emmagasinée le jour et restituée la nuit. De son côté, BASF, qui introduit son MCP Micronal dans des plaques de plâtre, a équipé plusieurs bâtiments en Allemagne et en France un bâtiment de logements sociaux à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne).


Dans le projet Mitech, architectes et industriels (isolation, fenêtres, ventilation...) mettent au point une solution basée sur l'isolation par l'extérieur : un « manteau » isolant et fonctionnel, qui doit accueillir l'ensemble des équipements (fenêtres, volets roulants, ventilation, câblage...). Le projet a démarré par un inventaire des techniques de bâti utilisées dans les maisons existantes et doit déboucher sur un catalogue de solutions cohérentes.

Vers un nouveau mode de fonctionnement

Les partenaires travaillent sur les interfaces entre composants, et sur la mise au point d'une isolation extérieure épaisse de 20 à 25 cm. Ils comptent réaliser trois expérimentations sur des maisons en 2008. « L'idée est qu'ensuite l'ensemble des travaux soient pris en charge par des réseaux d'artisans intégrateurs, baptisés " améliorateurs", indique Jean-Pierre Loustau, le directeur de TBC, société de conseil en innovation qui pilote Mitech.

La définition de ce nouveau métier est au coeur de l'autre projet de la fondation. Baptisé Adelie et mené par le réseau d'architectes Architecteurs, EdF et l'expert thermicien Pouget Consultants, il doit définir une méthode générale de rénovation, capable de prendre en compte les contraintes propres à chaque maison, et mise en oeuvre par le fameux « améliorateur ». Une trentaine de réalisations est prévue dans les deux ans à venir, qui reflèteront la diversité des constructions existantes. « L'idée directrice est qu'il est inutile de choisir un équipement performant tant que l'on n'a pas agi sur le bâti », souligne Pierre-Luc Langlet, chez Architecteurs. Ces démarches collectives peuvent avoir un effet d'entraînement bénéfique vers un nouveau mode de fonctionnement de la filière bâtiment. A condition qu'un point essentiel, la définition des réseaux d'« améliorateurs » aboutisse à un consensus. Architecte ? Ingénieur ? Artisan « coordinateur de travaux » ? Formé sur le terrain à cette nouvelle fonction ou par des études spécialisées ? Le futur interlocuteur du propriétaire décidé à réhabiliter efficacement son logement ou son bâtiment n'a pas encore de profil bien défini. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que son rôle sera déterminant dans la réalisation effective d'un plan de rénovation généralisé.


T.L.





Publié la semaine du 1er au 7 novembre 2007

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