L'Usine Energie

Les cinq casse-tête énergétiques du président Macron

Aurélie Barbaux , , ,

Publié le

Candidat, Emmanuel Macron s’est engagé à poursuivre le travail mené par "Ségolène" en matière d'environnement. Mais tenir les objectifs de la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015 n’aura rien d’un parcours de santé.

Les cinq casse-tête énergétiques du président Macron
Emmanuelle Macron s'est engagé à suivre le travail de Ségolène Royale, ministre de l’Environnement, de l'Energie et de la Mer. En février 2016, ils lançaient ensemble un appel à projet pour des technologies vertes (photo).
© Ministère du développement durable

Ah bon !? Il y avait un volet écologie dans le programme d’Emmanuel Macron ? "La transition énergétique est un des fils rouges de la campagne d’Emmanuel Macron. Certes cela ne s’est pas entendu. Il n’a peut-être pas été bien vendu, mais le programme il y est", affirmait Corinne Lepage, quelques jours avant le second tour de la présidentielle 2017. L’ancienne ministre de l’Environnement, ralliée au candidat d’En marche ! en janvier 2017, reconnait que c’est un sujet avec lequel Emmanuel Macron n’est pas forcément à l’aise. "Il maîtrise assez bien les questions climatiques et le mot transition climatique est dans tous ses discours, rappelle sa porte-parole environnement. Mais lorsqu’il s’agit de dérouler les mesures, il est plus à l’aise avec le travail ou l’éducation." On avait remarqué.

Qu’importe, l’écologie et la transition énergétique étaient effectivement présentes dans son programme aux chapitres transport, agriculture, santé environnementale et alimentation, avec l’objectif de 50% de produits locaux de la restauration publique et privée. "Elle sera aussi présente en politique internationale, prévient Corinne Lepage. Emmanuel Macron veut donner au rôle majeur à la France dans l’application de l'Accord de Paris et la lutte contre le dérèglement climatique."

Emmanuel Macron s’est effectivement engagé publiquement, dans son discours du 1er mai, à poursuivre le travail de "Ségolène", en matière de transition énergétique et environnementale. Plus facile à dire qu’à faire. Car si la ministre de l’Ecologie et de l’Environnement  n’a effectivement pas ménagé ses efforts pour faire adopter la loi de transition énergétique pour la croissance verte en 2015 et faire publier les décrets d'application… il reste beaucoup à faire pour tenir les objectifs. A commencer par relever ces cinq défis.

1 - Réformer la gouvernance d’EDF

Impossible de tenir l’objectif de 50% de nucléaire dans le mix électrique français à l’horizon 2025, comme le prévoit la loi, si l’Etat ne peut pas imposer ses décisions, de fermeture de centrales notamment, à EDF alors qu’il en détient 84% du capital.  Car même si, candidat, Emmanuel Macron a déclaré qu’il n’était plus question de lier la fermeture de la centrale de Fessenheim à la mise en service de celle de Flamanvile, en l’état, il ne peut l’imposer.

2 - Obtenir une évaluation du coût réel du nucléaire

Sans ces données, même avec l’audit de 2018 de l’ASN sur la mise aux normes des 58 réacteurs nucléaires français, impossible de décider sur l’avenir du nucléaire. Le grand carénage, EDF l’évalue à 50 milliards d’euros, la Cour des comptes à 100 milliards et cela pourrait être plus. On ne sait pas si EDF, en difficulté, pourra payer. D’autant que le nucléaire finit par ne plus être rentable face aux énergies renouvelables. Et s’il est clair que l’on ne peut pas sortir du nucléaire d’un seul coup aujourd’hui, il est temps de penser dans le temps la manière dont on pourrait en sortir.

3 – Décentraliser la production d’énergie

Ségolène Royal a montré la voie en rendant légale l’autoconsommation collective. Mais pour effectivement créer une filière renouvelables en France, créatrice d’emplois, il va falloir libérer encore plus les énergies (et l’épargne) des territoires et des citoyens. Certes, le programme d’Emmanuel Macron prévoie 15 milliards d’euros pour accélérer la rénovation thermique de l’habitat et du tiers secteur, tout en formant les professionnels nécessaires. Mais pour développer le solaire et l’éolien en France, il faut plus impliquer riverains, et surtout simplifier les procédures et les outils de financement. Pas si simple. 

 Imposer un prix du carbone européen

Emmanuel Macron a pris l’engagement de passer à 100 euros, par étapes, le prix de la tonne de CO2. La France ne pourra pas le tenir seule. Il va falloir au président négocier une politique européenne qui fixera ce prix-là à l’échelle européenne.

 Trancher sur l’exploitation d’hydrocarbures en France

En mai 2016, alors qu’il était ministre de l’Economie, Emmanuel Macron avait défendu, lors du colloque Cyclope 2016, la mise en place "d’un corpus qui rend acceptable l’exploitation de notre sous-sol, les minerais comme les hydrocarbures".  Il avait tout de même tempéré ce propos en précisant à l’attention du PDG de Total, Patrick Pouyanné, qui allait lui succéder à la tribune, que cela "ne [voulait] pas dire que tout est possible". En clair, pas de gaz ni d’huiles de schiste. Mais interrogé par le WWF en février 2017, le candidat d’En marche ! affirmait ne plus vouloir accorder de permis pour exploiter les hydrocarbures fossiles en France. "Il faut avoir une vraie stratégie de sortie des énergies fossiles, avec un calendrier. […] C’est important - et j’ai connu ça en tant que ministre – les nouveau permis d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures : je prends l’engagement de ne plus en donner." En tant que président, il va devoir choisir. 

Aurélie Barbaux avec Myrtille Delamarche

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1 commentaire

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08/05/2017 - 17h51 -

Le quatrième point est impossible a mettre en œuvre car Merkel lui dira Nein immédiatement. L’Allemagne tire avantage de son charbon / lignite et ne pourra accepter d'handicaper ses entreprises électriques déjà dans de sales draps a cause de l'Energiwende outrancier. Mais le pire n'est pas là. Il est impossible de tenir les engagements de la COP21 sans nucléaire en France... La LTECV sera amendée par le parlement qui ne sera pas forcément favorable a Macron. Et si ce n'est pas le cas, alors nous importerons toujours plus de gaz et de combustibles fossiles venus ala fois de Russie, du Moyen Orient et même des Etats-unis qui commencent a exporter leur gaz de schiste ... La décentralisation des productions électriques (a ne pas confondre avec énergie comme les auteures de cet article) n'est pas compatible avec les limites de ressources minérales et métalliques de la planète dixit Olivier Vidal de l'ISTerre, une branche des laboratoires du CNRS. L'avenir sera donc l'inverse.
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