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L'Usine Matières premières

Les choix contestés de Patrick Buffet pour Eramet

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le

Le bras de fer entre les actionnaires autour du financement des pertes de la SLN réveille les critiques sur les choix opérés par le groupe minier pour sa branche nickel.

Le nickel est l’activité historique d’Eramet. Son PDG Patrick Buffet revendique pourtant un modèle économique reposant d’abord sur le manganèse, avec des activités dans le nickel et la métallurgie. Sa "priorité donnée à la génération de cash" fait grincer les dents de ses détracteurs, qui regrettent qu’il n’ait pas appliqué cette politique lorsqu’il était encore temps. "Le manganèse a plus baissé [en un an] que le nickel. C’est important à noter." Si Patrick Buffet souligne la stratégie gagnante de réinvestissement dans le manganèse au Gabon, ses opposants lui renvoient la question : comment la baisse des cours du nickel, inférieure à celle du manganèse, peut-elle justifier autant de pertes ?

L’ancien dirigeant d’Elf, Loïk Le Floch-Prigent, souligne que, malgré l’effondrement des cours du pétrole, "Patrick Pouyanné n’a pas appelé l’État à l’aide. Quand une société perd 80% de sa valeur en cinq ans, c’est qu’il y a eu un défaut d’anticipation." Il est rejoint sur ce point par l’expert du nickel Didier Julienne qui a longtemps plaidé pour que soit étudiée la solution hydrométallurgique. Le député (UDI) de Nouvelle-Calédonie Philippe Gomès, administrateur d’Eramet, regrette que les investissements vitaux n’aient pas été réalisés à temps. "Cette situation n’est pas due qu’aux conditions de marché, mais aussi à l’incompétence de Patrick Buffet et à l’appétit de la famille Duval [qui détient 37 % du capital d’Eramet, ndlr]", assure le sénateur (LR) de Nouvelle-Calédonie Pierre Frogier.

Weda Bay, une opération "hasardeuse"

D’autres sources internes, qui préfèrent rester anonymes, partagent ces critiques, même si leurs préconisations divergent. Un ex-cadre d’Eramet déplore la diversification dans les sables minéraux et les terres rares. Faisant allusion à Weda Bay, en Indonésie, l’ancien dirigeant d’Elf a qualifié de "hasardeux" l’investissement d’Eramet dans ce riche gisement, acheté sous la direction de Jacques Bacardats en 2006 pour compenser la perte du minerai du Koniambo. Le développement de ce "gisement de classe mondiale" selon Eramet est désormais gelé, et pas seulement en raison du bas prix du nickel. L’environnement légal incertain en Indonésie et le partenariat raté avec Mitsubishi y concourent.

Si, en 2006, la SLN n’avait pas besoin d’argent mais de minerai, la situation s’est depuis inversée. Eramet réclame que les autres actionnaires, Nisshin Steel (10%) et la STCPI (34%), participent à combler les pertes de la SLN qui s’élèvent à un peu plus de 20 millions d’euros par mois. En Nouvelle-Calédonie, d’aucuns reprochent à la maison mère d’avoir longtemps financé le développement de ses autres activités sur la trésorerie de la SLN et de rechigner à la soutenir maintenant qu’elle rencontre des difficultés. Ou à un taux beaucoup plus élevé, selon une source interne. Eramet assure les fins de mois jusqu’en juin. Pour la suite, les salariés sont suspendus au résultat du bras de fer entre les actionnaires.

Et à plus long terme ? Pour Patrick Buffet, la réponse passe par la maîtrise des coûts de production et une réflexion sur un process à plus bas coût. "Que ne l’a-t-il fait avant !", soupire Didier Julienne.

Myrtille Delamarche

À l’État de jouer…

L’État est actionnaire d’Eramet via Bpifrance (25,6%), après avoir investi 780 millions d’euros en 2012 pour reprendre la part d’Areva dans le capital du groupe. Il a donc son mot à dire dans le sauvetage de la filière nickel. Deux options s’offrent à lui : recapitaliser Eramet ou faciliter son désengagement en soutenant la Société territoriale calédonienne de participation industrielle (STCPI), qui pourrait alors prendre le contrôle de la SLN, la filiale calédonienne du groupe, comme elle le revendique. Dans le second cas, Eramet perdrait tout espoir de profiter de la remontée des cours du nickel quand elle surviendra. Et se retrouverait avec deux branches à faible marge historique. C’est pourtant la solution qu’a esquissée Patrick Buffet en se déclarant "ouvert à des discussions" sur l’évolution du capital de la SLN. Un positionnement en ligne avec celui de la famille Duval, actionnaire majoritaire d’Eramet, qui refuse de réinvestir, sans pour autant sembler prête à se voir diluer dans le capital du groupe. M.D.

 

 

Droit de réponse

ERAMET s'étonne que le site I'usinenouvelle.com, dans deux articles intitulés « Crise dans le nickel calédonien » et « Les choix contestés de Patrick Buffet pour Eramet », publiés le 17 mars 2016, ait relayé les positions outrancières de détracteurs de son Président-Directeur Général – et à travers lui de tout le management du Groupe - qui n'ont ni la compétence ni la légitimité requises dans ce domaine.

Eramet a relevé plusieurs erreurs, qui reviennent, pour certaines, de manière récurrente dans le traitement que vous lui consacrez, alors que les faits en question ont tous été abordés pendant la présentation des résultats annuels du Groupe, le 18 février dernier.

La branche Manganèse n'est pas une branche à faible marge historique : elle est, depuis très longtemps, fortement rentable pour Eramet, grâce à I'un des meilleurs gisements de manganèse au monde et à un positionnement très compétitif sur le marché des alliages de manganèse. La branche Manganèse est ainsi le premier contributeur en termes d'EBITDA et de résultat opérationnel courant du Groupe.

La réflexion sur un modèle à bas coût en Nouvelle-Calédonie, comme vous le mentionnez, ne concerne pas à court ou moyen terme la mise en place dans notre usine de Doniambo d'un procédé hydro-métallurgique. ll s'agit plutôt de réfléchir à un modèle pyro-métallurgique à plus bas coût, comme cela a été mentionné explicitement au cours de la présentation de nos résultats annuels.

Vous indiquez qu'il est reproché à Eramet d'avoir financé d'autres activités au détriment de celles en Nouvelle-Calédonie. Cependant, sur les 15 dernières années, Eramet a investi dans sa filiale calédonienne plus de 1,3 milliard d'euros.

Les détracteurs que vous citez soulignent que nous aurions dû maîtriser plus tôt nos coûts de production. Une telle affirmation est inexacte : depuis près de 10 ans, Eramet met en place à la SLN des plans de réduction des coûts qui ont déjà permis d'abaisser notre coût de production de plusieurs dollars la livre de nickel (plans 2008-2012, plan de réduction des coûts et d'amélioration de la performance opérationnelle 2014-2017). Face à I'ampleur de la crise qui touche depuis de nombreux mois le secteur du nickel, des mesures complémentaires sont actuellement mises en place, alors que d'autres sont en cours d'élaboration.

ll aurait fallu rappeler à cet égard qu'actuellement, plus de 70% des acteurs du nickel produisent à perte. 

Des plans de réduction des coûts et d'amélioration de la performance opérationnelle ont également été mis en place dans chacune des autres branches d'Eramet depuis de nombreuses années ainsi qu'au niveau des services centraux du Groupe : c'est ainsi que nous avons atteint un niveau record de production de minerai de manganèse tout en réduisant nos coûts de production. Du côté de la branche Alliages d'Eramet, le résultat opérationnel courant d'Aubert & Duval a fortement augmenté sur les 4 dernières années, signe des effets de nos programmes d'amélioration de la performance.

Concernant son évolution vers de nouveaux métaux, Eramet a effectivement diversifié sa palette de métaux, comme dans le domaine des sables minéralisés au Sénégal par exemple. La pleine production des opérations de Grande-Côte dans ce pays a été atteinte fin 2015 et, malgré des prix très bas, a dégagé un EBITDA positif sur les 5 derniers mois de l'année 2015

 

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