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Les cadres ont toujours la cote dans l'industrie

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Tribune Dans une étude de mars 2014, l’Association pour l'emploi des cadres (Apec) nous apprend que si l´emploi salarié dans l'industrie souffre durement depuis les années 2000, particulièrement depuis la crise de 2008, l'emploi cadre en revanche y connaît une progression régulière. L'innovation et le développement d'activités à plus forte valeur ajoutée sont les moteurs de cette tendance de fond, analyse Gabriel Artero, président de la CFE-CGC Métallurgie.

Les cadres ont toujours la cote dans l'industrie © Philippe Schaff

Si l'industrie met à mal l'emploi salarié depuis plusieurs années, les cadres tirent encore leur épingle du jeu. Mieux encore, les profils recherchés de plus en plus "pointus" que requièrent les fonctions d'encadrement et de gestion de projets complexes, aux équipes souvent multidisciplinaires, voient un recrutement de cadres expérimentés (plus de 10 ans d'expérience), opérationnels immédiatement, plus fréquent qu'en moyenne.

163 000 embauches pour 2014

Après deux années quelque peu inquiétantes de reflux accéléré et de baisse des recrutements de cadres (- 2% en 2012 et - 16% en 2013 dans l'ensemble des secteurs de l’industrie), 2014 laisse entrevoir pour cette catégorie de salariés de l’ensemble du secteur marchand, une stabilisation de la courbe des embauches autour de 163 000.

Comme l'a signifié Jean-Marie Marx, directeur général de l'Apec, aux Echos, "ce ne sera ni une bonne année, ni une catastrophe". Pourrions-nous avoir une bonne surprise en 2015 et espérer une "reprise" pour l´année suivante ? Rien n'est moins sûr tant les embauches semblent corrélées à la croissance et à l'investissement. La croissance, on le sait, restera molle, voire très molle en 2014, avec un PIB de +0,7% au global sur l’année, selon les dernières prévisions de l'Insee.

Le plus inquiétant, c'est la trop lente reprise des investissements, particulièrement dans l'industrie. Pas de quoi inverser la courbe générale du chômage me direz-vous ! Certes, mais ce qui est à souligner dans cette étude, c'est l'effet de ciseaux qui s'opère sur le couple "emplois-qualifications".

Le recrutement de cadres toujours "en vogue"

Si tout un chacun peut constater que la structure de l'emploi s'est profondément modifiée dans l'industrie, l'Apec, elle, le quantifie. Ainsi, plus de 90 000 emplois cadres ont été créés en 20 ans pendant que, dans la même période, un million d'emplois salariés était détruit.

Comment expliquer cela ? Outre les effets d'une crise qui dure, caractérisée par une  croissance atone, notre industrie a migré de manufacturière, au fort taux de main d'œuvre et à l'encadrement réduit, vers des structures à plus forte valeur ajoutée, avec des cadres plus nombreux et spécialisés. Le recentrage "core-business", avec l'abandon et l'externalisation de fonctions considérées comme non génératrices de valeur, a densifié encore plus cette proportion.  L'évolution comparée (base 100 en 1992) entre l'effectif salarié et l´effectif cadre dans l'industrie à nos jours est sans équivoque. La hausse tendancielle du nombre de recrutements de cadres dans l'industrie ne se dément pas. Depuis 25 ans, ce sont 30 000 cadres qui sont recrutés en moyenne chaque année.

Ainsi, le taux d'encadrement (rapport entre les effectifs cadres et les effectifs salariés) moyen de l'industrie est passé de 10% en 1992 à 17% en 2013. Il est à noter que celui-ci est variable selon les secteurs, plus faible pour l'agroalimentaire (9%), plus élevé pour les secteurs des équipements électriques et électroniques (30%) pour ne retenir que ces extrêmes.

L'Apec voit à cette progression deux éléments explicatifs. Le premier, une utilisation intensive du tandem "capital-travail" permet des gains de productivité et une innovation importante, favorisant, in fine l'emploi cadre. Le deuxième est purement arithmétique, résultant de la baisse des effectifs salariés (le dénominateur), concomitante à la progression des effectifs cadres (le numérateur), générant de facto un taux plus élevé. Si tous les secteurs de l'industrie ont profité de cette progression, ceux de l'automobile, de l'aéronautique-espace, des autres matériels de transport, des équipements électriques et électroniques ont enregistré les plus fortes poussées.

Même s'il est vrai qu'avec l'éclatement de la bulle Internet, les filières électroniques ou équipementières télécoms par exemple souffrent d'instabilité sous l'effet d'intenses restructurations, les deux secteurs les plus gros recruteurs de l'industrie sont toujours la mécanique-métallurgie (28% des embauches cadres en 2013 contre 21% en 1992) et les équipements électriques-électroniques (18% en 2013 contre 20% en 1992).

Toutefois c'est pour les fonctions Etudes et R&D qu'il conviendra d'être vigilant à l'avenir, 2013 ayant incontestablement marqué le pas en matière d’embauches de cadres. Sous l'effet conjoint des restructurations et du départ de la génération du baby-boom qui, plus tôt qu'ailleurs a quitté les entreprises, l'industrie a rajeuni ses effectifs cadres. De facto, les volumes annuels de départs à la retraite de cadres en poste ont diminué, passant de 10 210 en 2007 (pic de départs) à 5 550 en 2013.

"Faire toujours plus avec autant voire moins"

En parallèle de ces éléments quantitatifs, l'Apec a également publié une synthèse qualitative des facteurs structurant l'évolution de l'organisation du travail des cadres et de leurs impacts. Qu'il s'agisse de la perception de la qualité de leur travail ou de leur engagement à l'entreprise, les lignes bougent. Mais globalement, les cadres confient vivre sous le "régime" des injonctions contradictoires : plus d'instabilité des organisations, mais plus de mesures du travail..., plus de communication et d'échanges, mais moins de temps et de moyens à y consacrer...,  plus de contrôles, mais plus d'activités professionnelles en dehors des murs de l'entreprise..., plus de volonté de rationalisation, mais toujours plus de complexité à gérer..., plus de chiffrages et reporting, mais plus de bricolage..., plus d'ordre et in fine, plus de désordre.

Bref, les cadres ont le sentiment de devoir "faire toujours plus avec autant et moins si possible". Si ces facteurs d'origines diverses ne sont pas homogènes, se dessinent néanmoins de nouveaux rapports, de nouvelles façons d'être cadre, de nouvelles façons de les gérer. Ce dernier item n'est d'ailleurs pas sans occasionner quelques migraines aux DRH en ces périodes de fortes contraintes salariales.

Comment gérer les déroulements de carrière ou maintenir la motivation quand, comme dans certaines entreprises, plus de 50% de l'ensemble des effectifs salariés sont des cadres ?  Malgré tout cela, la progression globale des effectifs cadres dans l'industrie progresse, le "trend", global et moyen, est là.

La formidable évolution technologique qui traverse l'ensemble de nos secteurs industriels, la révolution numérique, le besoin croissant de nouvelles compétences et la montée en gamme de l'offre, inclinent à penser que ce trend va se prolonger. Rendez-vous dans un an pour le vérifier.

Gabriel Artero, président de la CFE-CGC Métallurgie

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