Les bérets Beatex en partie fabriqués en… Espagne

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Les bérets Beatex en partie fabriqués en… Espagne
©Beatex - Pierre Lemoine patron de Beatex.

Finalement, il l’a fait ! « Je délocalise une partie de la production pour sauvegarder l’entreprise », n’hésite plus à déclarer Pierre Lemoine, à la tête de Beatex, fabricant de bérets à Oloron, en Pyrénées-Atlantiques.

Depuis quelques semaines, il menaçait de délocaliser la production en Espagne si la situation de blocage bancaire qu’il vivait ne trouvait pas de solution. La semaine dernière, Pierre Lemoine a démarché six fournisseurs espagnols. Deux d’entre eux, l’un à Saragosse et l’autre à Huesca, réaliseront la confection de 40 000 coiffes de bérets.

UN.COM. Pourquoi optez-vous pour la délocalisation de votre production ?

Pierre Lemoine. Je suis en phase de développement, avec un besoin de trésorerie qui s’élève à 840 000 euros. Sur la globalité de ce montant, 280 000 euros sont apportés par la Sofired, un fonds de financement de la Défense. Le dossier est accepté. Mais les fonds seront versés sous la condition que deux autres financements me soient alloués... A savoir celui du Conseil régional d’Aquitaine à hauteur de 280 000 euros et celui des banques.
Le BDE - Bureau de Développement de l’Economie Adour-Pyrénées -, dont la gestion est confiée à la CCI de Pau, doit s’engager sur un montant avoisinant 150 000 à 180 000 euros, mais le dossier met du temps à se concrétiser. Cela dit, il doit être étudié le 19 septembre prochain. De son côté, la banque CIC ne valide pas mon dossier et ne veut pas s’engager. Si elle n’accepte pas, je ne peux pas financer mon développement. Or, nous fabriquons 250 000 bérets par an pour l’Armée. Et j’ai des marchés qui vont tomber dans notre escarcelle. J’ai 800 000 euros en commandes pour des marchés à l’export.
Avec la Suisse, l’appel d’offres pour 35 000 bérets est passé. Nous sommes en train de fabriquer 40 000 pièces pour l’Espagne. Pour le Brésil, qui représente 400 000 bérets, nous avons été homologués et 1 700 bérets ont été livrés.
En Pologne (50 000 bérets), les échantillonnages ont été réalisés. Et en Russie (500 000 bérets), nous sommes en phase d’homologation. Voilà pourquoi j’ai donc décidé de délocaliser une partie de la production.
La situation est-elle réellement bloquée ?
Je le crains. Depuis 2008, je cherche un partenaire bancaire sur lequel je puisse compter. Lorsque j’ai repris l’entreprise, la banque Pouyanne m’a laissé tombé à l’époque à hauteur de 100 000 euros.
En 2009, je me suis retrouvé devant le médiateur du crédit qui a préconisé une aide du CIC à condition que soit garanti à 100 % un emprunt de 100 000 euros. Le CIC ne s’est pas engagé dans cet emprunt.
En fait, j’observe que je fais l’objet de très gros blocages au niveau des banques locales. Elles ne veulent pas me financer. Il est vrai que je ne suis pas béarnais. Je suis un étranger qui a repris une entreprise du cru ! Quant à l’usine dont je suis propriétaire, elle est implantée sur 10 000 m² à Oloron. Je pense que cela intéresse beaucoup les promoteurs immobiliers qui ne verraient pas d’un mauvais œil de racheter pour une bouchée de pain le terrain si la société était liquidée.
Finalement, j’estime que les banques se polarisent sur les sociétés de services et oublient les industries de base qui pourtant font le PIB.
Irez-vous plus loin dans ce processus ?
J’ai fait mes calculs. Je suis propriétaire des bâtiments et des machines. 80 % de ma charge financière vient du personnel. L’usine emploie 58 salariés. Dans ma masse salariale, il y a 50 % de salariés avec un fort savoir-faire et 50 % de personnel qui s’occupe de l’emballage et de la logistique, sans savoir-faire spécifique.
La semaine dernière, aidé par le Syndicat du textile de l’Aragon et par mes relations au gouvernement de cette province, j’ai rencontré six fournisseurs espagnols qui sont prêts à prendre du travail, tels que la coiffe des bérets, les broderies, le marquage, l’emballage. Les prix sont deux à trois fois moins élevés qu’en France. A Oloron, je pourrai ne garder que l’activité tricotage et assemblage.
Deux fournisseurs espagnols désormais réalisent 40 000 coiffes. Cela occupait 9 salariés au sein de Beatex. Cette délocalisation est une décision inévitable pour sauvegarder Beatex.
Propos recueillis par Colette Goinère

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