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"Les banques donneront la priorité aux entreprises"

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Entretien Pour Jean-Laurent Bonnafé, le directeur général de BNP Paribas, les PME continuent d’être financées. Même si la crise modifie la donne.

Les banques donneront la priorité aux entreprises

Les perspectives de croissance ont été sérieusement revues à la baisse. Cela vous inquiète-t-il ?
Le ralentissement de l’économie européenne se fait sentir depuis la fin de l’année dernière. Tous les pays ne sont cependant pas égaux. Jusqu’à présent, et notamment parce que son système bancaire a été performant dans sa capacité à financer l’économie pendant la période 2008-2012, la France a été relativement à l’abri. Aujourd’hui, nous mesurons ce ralentissement, même en France.

On dit souvent que la crise que l’on traverse est une crise de la production, que l’Europe n’arrive plus à produire. Partagez-vous ce diagnostic ?
Là encore, toutes les géographies d’Europe ne sont pas égales. Il est vrai que notre balance commerciale s’est dégradée dans la période récente. Pour renverser cette tendance, il faut aller vers plus d’investissement, plus d’innovation et un peu plus de compétitivité au sens du coût du travail et du niveau des prélèvements.

Pensez-vous qu’il y ait un retard d’investissement des entreprises en France ?
Nous avons des leaders dans de nombreux domaines, y compris industriels. Cette position ne s’acquiert pas sans investir. Sur les dix dernières années, le niveau d’investissement s’est situé en deçà de celui des entreprises allemandes. Il existe deux moyens d’être compétitifs : pratiquer des coûts salariaux très bas ou créer de la valeur ajoutée grâce à un très haut niveau d’investissement. La France n’est pas au meilleur niveau pour l’investissement et elle l’est encore moins par les coûts salariaux. Nous devons trouver le réglage qui nous permettra de nous améliorer dans ces deux domaines.

Le gouvernement travaille-t-il dans le bon sens ?
Je crois que les autorités françaises, depuis l’origine de la crise en 2008, ont été parmi les plus entreprenantes dans les réformes qu’il fallait pousser en Europe. On peut aussi citer des initiatives comme la Banque publique d’investissement, encore en projet. Cette banque permettra de renforcer l’action d’Oséo et du Fonds stratégique d’investissement [FSI]. Tout cela constitue une panoplie de financement très importante. Cela dit, même s’il faut un cadre favorable, la vitalité d’une entreprise se juge surtout par sa capacité d’innovation et sa détermination à gagner des parts de marché. Un industriel n’investit dans la durée que s’il pense que l’équation d’ensemble est satisfaisante, et notamment si les règles sont claires, durables et stables. Pas comme celles du crédit d’impôt recherche qui changent tout le temps! Cela fait partie des choses où, sans mobiliser plus les dépenses publiques, de la stabilité serait profitable.

Selon Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, la BPI doit se faire sans les banques. Comment réagissez-vous à ce type "d’attaques" ?
À mon avis, il n’existe pas d’opposition entre un système bancaire privé et l’intervention publique. Le secteur public tient à la bonne santé de ses usagers, mais le secteur privé ne serait rien sans la bonne santé de ses clients! Nous faisons partie d’un écosystème et l’ensemble doit fonctionner de la façon la plus efficace possible. Nous travaillons déjà très bien avec Oséo, avec le FSI quand c’est nécessaire ou avec les agences d’exportation comme la Coface pour la France.

Comment vous mobilisez-vous ?
Dans notre groupe, le financement de l’industrie, c’est non seulement une priorité mais un atavisme! Nous mettons à disposition des PME, artisans et commerçants une enveloppe de crédits nouveaux de 5 milliards d’euros et 40000 projets entre le 1er juillet 2012 et le 30 juin 2013. Nous leur proposons également un dispositif dédié: 25 centres d’affaires pour les entreprises moyennes et 60 maisons des entrepreneurs permettant de gérer, en un seul lieu, les besoins professionnels et personnels des chefs d’entreprise. Nous venons aussi de lancer la création de dix pôles innovation, dont deux déjà ouverts à Grenoble et à Toulouse, pour favoriser le développement des entreprises innovantes. Enfin nous mettons à la disposition des entreprises exportatrices un réseau de 150 centres d’affaires en Europe.

Les conditions économiques ne rendent-elles pas plus difficile l’accès au crédit ?
Un même projet porté par une même entreprise dans un scénario économique moins porteur se finance de façon un peu plus onéreuse ou avec une quantité de fonds propres supérieure.Mais cela n’est pas lié à la volonté d’un établissement bancaire ou du régulateur, simplement à une conjoncture plus difficile. Dans la situation actuelle, un bon dialogue entre les entrepreneurs et leurs banques est essentiel.

Doit-on craindre un rétrécissement du crédit du fait des nouvelles règles prudentielles de Bâle III ?
Sur les ratios de capital, les règles sont connues et établies. Les banques françaises seront parmi les premières à atteindre les nouveaux ratios et BNP Paribas a quasiment déjà atteint le niveau requis. Dans le domaine de la liquidité, il est plus difficile d’en parler parce que les ratios sont toujours à l’étude. Les banques vont, selon toute vraisemblance, être enmesure de donner la priorité aux entreprises. Un bon projet de financement ne devrait donc pas être en butte demain à des difficultés qui seraient nées des nouvelles contraintes réglementaires. Dans le moyen terme, la nouvelle réglementation aura pour effet d’accroître le recours des entreprises moyennes et grandes aux marchés de capitaux, notamment au marché obligataire. Depuis 2010, dans toute l’Europe, nous avons accompagné 46 clients émetteurs pour la première fois sur les marchés financiers, pour 23 milliards d’euros.

Les entreprises françaises sont-elles prêtes à franchir le pas ?
Cela dépend, il n’y a pas de règle. Par contre, il ne faut pas se leurrer, vous ne rencontrez pas une entreprise un jour pour que, le lendemain matin, elle émette des obligations. Cela se fait petit à petit, par une conversation continue. C’est tout l’intérêt d’avoir des banques qui proposent à la fois du crédit classique et des financements de marchés. Il s’agit toujours du même client.

Craignez-vous que l’on vous impose de nouvelles règles sur la séparation de vos métiers ? Le gouvernement travaille sur un projet…
Les activités de marché qui existent dans une banque comme la nôtre ont pour vocation de répondre aux besoins commerciaux de nos clients. Nous l’avons expliqué au gouvernement dans divers groupes de travail auxquels nous avons participé. On peut donc espérer que cette réalité sera prise en compte. Certes, toute règle nouvelle comporte des contraintes supplémentaires et nous comprenons parfaitement la nécessité, tant de protéger les dépôts que d’éviter que les banques ne s’éloignent de leur raison d’être, le service aux clients. En France, cette culture du client est restée dominante, mais la crise mondiale a jeté l’opprobre sur le secteur bancaire dans son ensemble. C’est pourquoi, nous estimons qu’un cadre réglementaire nouveau est sans doute nécessaire pour recréer un climat de confiance avec les clients.

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