Les avantages d'une alliance en deux temps

Soucieuse de saisir à temps les opportunités de rapprochement existant dans le décolletage, Briffaz vient de rejoindre Ecvi créée par César Vuarchex et Enricau, deux autres décolleteurs savoyards.

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"Si j'avais encore attendu quelques mois, je n'aurais peut-être plus trouvé de partenaires à mon goût." Conscient que la tendance au regroupement touchant le secteur du décolletage est un phénomène irréversible et qu'il faut faire vite, "pendant qu'il reste des sociétés sérieuses à marier", Claude Briffaz, P-DG de l'entreprise qui porte son nom, a rejoint Ecvi Industries début 1994. Cette société a été créée fin 1991 à Scionzier par deux décolleteurs connus: Jean-François Dussaix, responsable de César Vuarchex, et Henri Caux, qui dirige Enricau. Briffaz représentait 100 millions de francs de ventes et fournissait surtout Renault. Intégrée dans la structure commune, elle fait désormais partie d'un ensemble de 270 millions de francs d'activité - ce qui en fait le deuxième décolleteur français derrière Eurodec - et devient fournisseur de Sogedac (la centrale d'achats de PSA). Briffaz a rejoint Ecvi car elle évolue dans le même secteur (l'automobile) tout en en étant complémentaire par ses gammes et ses équipements. Enricau usine en effet des pièces d'un diamètre inférieur à 30millimètres, César Vuarchex de moyen diamètre (de 30 à 50millimètres), et Briffaz, lui, intervient sur les diamètres de 50 à 160 millimètres. La réputation de sérieux des deux industriels fondateurs d'Ecvi a aussi joué. "Ils sont comme moi, certifiés A par les constructeurs d'automobiles."

Une taille critique renforcée

Se côtoyant depuis longtemps puisqu'ils sont voisins, Henri Caux et Jean-François Dussaix ont décidé de créer une société commune en 1991, "afin d'accroître leur taille critique par rapport au service achats des donneurs d'ordres de l'automobile" et pour avoir l'assurance "de rester fournisseur de premier rang du secteur". La structure mise en place (une SA au capital de 450000 francs) a relayé chacune des deux entreprises dans plusieurs domaines: gestion administrative (commandes, factures), informatique, achats, commercial, suivi qualité. L'alliance a joué comme un levier puisque, en 1992 et 1993, les deux entreprises ont individuellement progressé malgré la crise. Avec l'arrivée d'un troisième partenaire, Ecvi élargit ses perspectives. "A terme, on pourra regrouper les bureaux d'études respectifs et renforcer nos moyens en métrologie et en développement." Le groupement, qui s'apprête à accroître sa surface par rachat de petites entreprises de décolletage, désire se structurer afin de pouvoir prendre en charge la réalisation de sous-ensembles complets. A la demande des constructeurs d'automobiles, il se positionne d'ores et déjà comme donneur d'ordres par rapport à quatre petits décolleteurs "de second rang". L'alliance ouvre des opportunités à court terme. "A trois, nous allons pouvoir répondre aux appels d'offres concernant la future boîte de vitesses développée conjointement par Renault et PSA. Cela n'aurait pas été possible à titre individuel." Un peu surpris lorsque Claude Briffaz les a contactés pour les rejoindre, les deux fondateurs ont finalement donné leur accord, "car un supplément de 100 millions de francs de chiffre d'affaires constitue un argument de poids dans la course à la taille critique que traverse la profession." C'était aussi pour eux la possibilité d'amortir plus rapidement l'investissement initial réalisé lors du lancement d'Ecvi. Quand on se lance dans une logique d'alliance, il faut la pousser jusqu'au bout.





Des moyens initiaux importants

Jean-François Dussaix et Henri Caux n'ont pas lésiné sur les moyens quand ils ont créé Ecvi. Ils l'ont d'entrée dotée d'une capacité d'investissement de 5 millions de francs qui lui a permis d'acquérir 500 m2 de locaux dans un immeuble de bureaux flambant neufs situé à Scionzier, dès la sortie de l'autoroute Paris-Genève-Chamonix. A ceux qu'étonnent ce choix, les fondateurs répondent que cette solide coquille prouve leur volonté de réussir le rapprochement et la possibilité "de ne pas être bridés dans les projets quand la structure commune grandira". Même s'il se fortifie vite, le nouvel enfant aura toujours un endroit pour se loger.



Une structure "fonctionnelle"

Ecvi Industries joue d'abord un rôle fonctionnel par rapport aux trois unités industrielles qui la composent et leur facture ses services proportionnellement à leur chiffre d'affaires. Les trois unités opérationnelles gardent une grande autonomie de gestion et réinvestissent leurs bénéfices comme elles l'entendent. La structure commune reçoit seulement les ressources nécessaires pour mettre en oeuvre la stratégie définie en commun.



Les trois partenaires

César Vuarchex: 170 salariés, 110millions de francs de ventes.



Enricau: 120 salariés, 70 millions de francs de ventes.



Albert Briffaz: 195 salariés, 100 millions de francs de ventes.

USINE NOUVELLE - N°2469 -

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