Les autorités plus indulgentes avec Diane 35 qu'avec le Mediator ?

Ce jeudi 31 janvier, l'Agence européenne du médicament (EMA) a indiqué qu’elle allait procéder à un réexamen du dossier de l’anti-acnéique de Bayer Diane 35 et de ses génériques. La veille, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a ordonné la suspension de sa commercialisation… dans un délai de 3 mois. Une décision incompréhensible pour les avocats de Marions Larat, première plaignante dans l’affaire des pilules de 3ème génération.

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Les autorités plus indulgentes avec Diane 35 qu'avec le Mediator ?

"L’inquiétude plane pour toutes les femmes qui se sont vues prescrire Diane 35 ou n’importe quelle autre pilule de 3ème et 4ème génération depuis que Marion Larat a déposé plainte en décembre dernier", souligne Philippe Courtois, l’avocat de la première plaignante, interrogé par L’Usine Nouvelle. "La plupart de ces femmes n’ont pas attendu la décision de l’ANSM pour s’alarmer et prendre rendez-vous chez un spécialiste", réagit-il, suite à l’annonce par l’agence du médicament de la suspension de la commercialisation de Diane 35. Celle-ci sera effective dans 3 mois seulement.

Un retrait effectif sous 4 jours pour le Mediator

Pourquoi donc imposer ce délai ? "Dans le cadre d’une suspension de produit, on ne peut pas le retirer de la vente instantanément sauf s’il y a contamination", justifie-t-on à l’ANSM. Retour en 2009, lorsque l’Afssaps (l’ancêtre de l’ANSM) annonce la suspension de l’autorisation de mise sur le marché du Mediator, elle est effective 4 jours après.

"Pourtant il s’agissait d’un traitement contre le diabète, les patients avaient tout autant besoin de trouver un autre traitement que ces jeunes femmes qui s’en servent comme anti-acnéique… ou comme contraceptif", s’insurge Philippe Courtois. Il existe cependant une différence non négligeable entre ces deux scandales sanitaire : dans l’affaire de Diane 35, les risques sont indiqués distinctement dans la notice, ce n’était pas le cas pour le Mediator. "Il n’y a pas de nouveauté par rapport à ce qui était déjà connu pour Diane 35, appuie l’ANSM. Nous avons seulement réévalué le bénéfice-risque".

Le décision de l'Europe sera contraignante en France

Le sort du médicament de Bayer est désormais entre les mains de l’Agence européenne du médicament. Elle va procéder à un réexamen du dossier, tout comme elle va le faire pour les contraceptifs oraux de 3ème et 4ème génération. Ce processus devrait prendre plus de 3 mois, le France aura donc le temps de voir s'appliquer la décision de l'ANSM de suspendre la commercialisation. Si l'autorité européenne juge ensuite qu’il n’existe pas de raison suffisante à son retrait du marché, sa décision sera contraignante pour la France. Diane 35 pourra donc à nouveau être prescrite et commercialisée.

En attendant, Philippe Courtois voit s’amonceler sur son bureau des témoignages de jeunes femmes ayant été victimes d’un accident alors qu’elles prenaient Diane 35 ou ce type de contraceptif. Certains font froid dans le dos : "Une mère nous racontait par exemple qu’un dermatologue avait conseillé à sa fille d’aller voir un gynécologue afin qu’il lui prescrive Diane 35 dans le but de l’aider à régler ses problèmes de peau. Lorsqu’elles sont allées voir le gynécologue, cette mère a précisé qu’il y avait eu des antécédents familiaux (thromboses, embolies…). Le médecin lui a tout de même prescrit Diane 35, la jeune fille a fait une embolie pulmonaire", raconte Philippe Courtois, voulant attirer l’attention des autorités compétentes sur les risques de ces différents traitements.

Prescrire en seconde intention

"Nous ne sommes pas montés au créneau pour Diane plus que pour les autres. Nous les mettons tous ces traitements sur un pied d’égalité. Ce qui nous parait évident, au fil des témoignages que nous entendons, c’est que les pilules de 3ème et 4ème génération ne sont pas meilleures, sont plus chères, et présentent plus de risque que celles de 1ère et 2ème génération", fait valoir l’avocat qui s’apprête à déposer 100 nouvelles plaintes à la mi-février.

Du côté de l’ANSM, il n’est pas question de suspension pour ce type de contraceptifs. L’agence recommande, en revanche, de les utiliser en seconde intention : "Mais nous ne voulons absolument pas qu’elles soient suspendues, elles sont utiles pour toute une catégorie de femmes qui ne supportent pas les autres générations".

Astrid Gouzik

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