Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Santé

Les armes de Sanofi pour lutter contre la contrefaçon de médicaments

Gaëlle Fleitour ,

Publié le

Entretien Cybersécurité, crime organisé, partenariat entre l’industrie pharmaceutique et Interpol… Alors que le Sénat examine ce 17 décembre la convention internationale Medicrime pour lutter contre les médicaments contrefaits, Geoffroy Bessaud, directeur de la coordination de la lutte contre la contrefaçon chez Sanofi, s’est entretenu avec L’Usine Nouvelle sur ce fléau.

 

Que représente Medicrime pour la lutte contre la contrefaçon ?

La contrefaçon de médicaments est une activité très lucrative avec une sanction pénale très faible. Cet outil juridique international va enfin criminaliser à partir du 1er janvier toutes les activités liées à la promotion, la distribution, la production ou la vente sur Internet des produits contrefaits. Sanofi est pour : c’est en favorisant le déploiement de sanctions beaucoup plus fortes que l’on combattra le phénomène. Et l’on peut espérer un effet d’entraînement sur les autres pays.

 

Pourquoi la France n’a-t-elle pas encore ratifié cette convention ?

Peut-être est-ce une question de priorité. Et la France dispose déjà d’un des meilleurs systèmes de distribution des médicaments au monde ! On s’en rend compte en vivant à l’étranger. En France, on dispose d’un circuit court entre les laboratoires, les grossistes et les pharmaciens, qui permet de tout contrôler.

Comment luttez-vous dans les pays plus exposés ?

Nous disposons d’un réseau mondial d’experts. Dans les différents pays, nos responsables sûreté travaillent avec les distributeurs pour repérer les produits suspects. Ils sont analysés dans notre laboratoire anti-contrefaçon de Tours, dont nous renforçons les moyens chaque année car la contrefaçon est de plus en plus poussée. Si nos soupçons se confirment, il faut agir très vite et constituer un dossier envoyé aux autorités, qui pourront s’en servir pour conduire des actions de police. En Ukraine, un réseau a ainsi pu être récemment démantelé et un site de production fermé.

Quelles précautions faut-il prendre ?

Ces enquêtes sont souvent longues, les gens se méfient… On ne peut pas exposer les visiteurs médicaux de Sanofi. S’ils identifient un produit dans une pharmacie, quelqu’un d’autre prend le relais pour l’acheter. Au Nigeria, même la patronne de l’autorité sanitaire a été menacée car elle voulait démanteler ces réseaux. Les contrefacteurs sont des gens très dangereux, qui travaillent pour le crime organisé ou des mafias car ce sont des activités très rentables, et encore une fois trop peu sanctionnées.

Sanofi est également derrière l’Institut de recherche anti-contrefaçon des médicaments…

L’IRACM a été créé par Sanofi avec l’objectif de se développer grâce à de nombreux partenariats. Il est dirigé par un ancien procureur, spécialiste des trafics de drogue et de ce type de grand banditisme. C’est un institut indépendant qui sert de ressource à l’ensemble des acteurs qui luttent contre la contrefaçon, y compris les autres laboratoires pharmaceutiques.

Medicrime en vigueur le 1er janvier dans cinq pays
Pour s’attaquer à la contrefaçon de médicaments, la convention internationale Medicrime entrera enfin en vigueur le 1er janvier 2016, grâce à la ratification de cinq pays : Ukraine, Espagne, Hongrie, Moldavie et Guinée. La France fait partie des 19 pays signataires, mais ne l’a pas encore adoptée : le Sénat se penche en première lecture sur ce texte ce 17 décembre.
Ne pourriez-vous pas aller plus loin dans votre collaboration entre industriels ?

Certains d’entre nous sommes déjà regroupés au sein d’un institut, le PSI.  Je crois qu’on peut encore améliorer les choses si l’on veut démanteler les réseaux. Certains sont peut-être encore un peu réticents, mais lorsque la douane saisit des médicaments contrefaits de quatre laboratoires, il faut mettre nos moyens en commun, plutôt que de faire chacun des recherches isolées. C’est ce que nous faisons aussi avec Interpol et les autorités du monde entier. C’est une question d’image, mais aussi de responsabilité : l’objectif est de protéger la santé publique : ce fléau tuerait 700 000 personnes chaque année !

Selon les experts, il faut aussi vous doter de nouveaux profils pour lutter…

C’est la somme d’expertises différentes qui fait notre force. La pharmacienne en charge du laboratoire de Tours dispose d’un profil de très haut niveau dans l’analyse chimique et biologique, pour s’adapter aux nouveaux types de produits contrefaits. Des autorités de santé de pays étrangers viennent d’ailleurs se former dans notre laboratoire ! Dans notre équipe, nous avons également d’anciens douaniers, policiers et gendarmes pour enquêter sur le terrain.

Et la vente de médicaments contrefaits sur Internet ?

Nous disposons d’une cellule dédiée à la cybersécurité, dirigée par un ancien commissaire de police qui travaille depuis dix ans sur ces sujets pour Sanofi. Avec l’aide de prestataires hyper spécialisés, elle réalise des mappings pour tracer ces plate-formes et leurs ramifications. C’est effrayant. Ces gens travaillent sur le modèle de la franchise, ils sont très bien organisés. C’est un monde de haute sophistication. Mais nous ne les laisserons pas détruire deux siècles d’avancées médicales.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

 

Chez Sanofi, la mobilisation s’étend au plan industriel
Au sein de la cellule coordonnée par Geoffroy Bessaud figurent une dizaine d’experts d’horizons différents chez Sanofi : département médical, affaires industrielles… L'industrie est très impliquée pour la prévention, avec plusieurs niveaux de colles pour protéger les boites d’éventuels contrefacteurs, des hologrammes pour les identifier, des encres spéciales… Grâce à l'implantation de la sérialisation dans les usines, les médicaments seront suivis dès 2017 à la boîte, et non plus au lot.

 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle