Les ambitions d’E.on pour les barrages hydroélectriques français

Le groupe énergétique allemand E.on fourbit ses armes en préparation de la remise en concession d’une partie des barrages hydroélectriques français. Il va annoncer cette semaine son association avec le groupement d’entreprises locales de distribution (ELD) électrique Hydrocop Concessions.

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Les ambitions d’E.on pour les barrages hydroélectriques français

Cette association prendra une forme capitalistique encore à préciser mais dans laquelle E.on sera très largement majoritaire. "Ce partenariat montre notre volonté d’ancrer avec les acteurs du territoires notre projet de développement dans l’hydroélectricité", expose Luc Poyer, DG de E.on France, basé à Paris.

Hydrocop Concessions regroupe huit ELD présentes dans 6 régions (Soregies, SICAP, Ene’O, ESL, SICAE du Carmausin et Terralis Power composée de SICAE ELY, SICAE La Ferté-Alais, SICAE de l’Aisne), son siège social est à Lannemezan.

Ces ELD assurent 5% de la distribution électrique françaises et sont désireuses de s’intégrer partiellement en amont. Pour autant, la remise en concurrence d’une partie des barrages français lancée par Jean-Louis Borlooo, alors ministre de l’Ecologie, en avril 2010 promet d’être un processus complexe.

Dans le cadre d’une révision du droit des concessions hydroélectriques demandée par l’Union Européenne, les concessions arrivant à leur terme (30 ans le plus souvent) doivent désormais faire l’objet d’une mise en concurrence. Jusqu’en septembre 2008, il y avait au contraire reconduction préférentielle des contrats pour l’exploitant en place, Edf dans la plupart des cas, mais aussi Gdf-Suez.

L’hydroélectricité assure 12% de la production électrique française et les barrages jouent un rôle clé dans l’équilibre du réseau, notamment en pointe dans la mesure où c’est le seul moyen de stockage de masse de l’électricité.

Sur les 25000 MW installés, 5300 MW de capacité repartis sur 10 sites dans tous les massifs français sont concernés d’ici à 2015, avec une accélération à partir de cette année "Nous nous fixons comme objectif de gagner 2000 MW mais le chemin sera long et les premières décisions sont attendues pour 2016 au mieux", indique Luc Poyer.

Troisième producteur d’électricité en France, derrière Edf et GDF Suez, E.on exploite des centrales à gaz mais aussi à charbon (Gardanne, Hornaing, Lucy, Emile Huchet). Mais il entend "décarbonner" son mix de production d’électricité.

L’Allemand exploite déjà plusieurs parcs éoliens et photovoltaïques mais veut passer à la vitesse supérieure dans les renouvelables, grâce à l’hydroélectricité. Il a par ailleurs renoncé à se porter candidat à la première vague d’appel d’offre sur les parcs éoliens offshore, "faute d’éléments suffisamment clairs sur l’économie des projets", selon Luc Poyer.

Chez E.on France, une équipe dédiée de 4 personnes, sans compter des experts allemands ou suédois du groupe travaillent à préparer la candidature aux différents appels d’offres hydroélectriques à venir.

Si l’Etat a adapté son droit, depuis 2008 dans les faits, ces appels d’offre ne sont pas encore publiés même pour les concessions arrivant à échéance ce début d’année. Le ministère de l’écologie vient de choisir 4 consultants pour l’aider à fixer le cadre juridique, technique, financier et la planification du projet.

Une fois cette phase achevée, et les premiers appels d’offres publiés les candidats feront l’objet d’une présélection, avant de pouvoir véritablement concourir. En attendant, les concessions déjà échues comme celle du Lac Mort dans l’Isère feront l’objet d’une prolongation provisoire selon la procédure du "délai glissant".

Les barrages français remis en concurrence d’ici à 2015

Classement dans l’ordre de remise en concurrence
(Exploitant actuel et puissance maximale brute en MW)

Ossau (Gdf Suez): 303
Lac Mort (Edf) : 10
Têt (Gdf Suez): 37
Louron (Gdf Suez) : 56
Drac (Edf): 218
Truyère (Edf) : 2014
Bissorte (Edf) : 882
Dordogne (Edf et Gdf Suez) : 1551
Beaufortain (Edf) : 128
Brillanne-Largue (Edf) :45

Parmi les candidats probables, on compte, outre les exploitants en place (EDF ou GDF Suez selon les cas), de nombreux électriciens européens tous opérateurs hydroélectriques : le suédoisVattenfal (associé à la SNCF, Rhodia et ArcelorMittal), les suisses Alpiq et BKW, l’italien Enel, le finlandais Fortum, le norvégien Statkraft ainsi que l’alliance entre Direct Energie et le Suisse EGL.

Pour sa part, "E.on bénéficie d’une très grande expérience de l’hydroélectricité en Europe, pour 6 100 MW de capacité repartis en 212 ouvrages que ce soit au fil de l’eau, en retenue ou aussi en installations de pompage turbinage, une technologie promise à un grand développement", note Luc Poyer.

Le groupe détient 30% environ de la capacité en Allemagne. Il est aussi présent en Suède, en Espagne. En Italie, il exploite aussi un ensemble de barrages de retenue au nord de Rome, notamment près de Terni sur le Tibre et les célèbres chutes de Marmore, que le groupe a ouvert à la presse vendredi 3 février 2012. Sur le marché italien totalement libéralisé E.on avait repris ces installations dont certaines datent du fascisme, dans le cadre de son rachat conjoint d’Endesa avec Enel en 2008.

En France, lors de la phase de préselection les candidats devront démontrer leur capacité industrielle, financière ainsi qu’en matière de ressources humaines car le personnel des barrages est couvert par le statut social dit des IEG (Industries électriques et gazières).

Le choix final, qui sera du ressort du ministère de l’Ecologie à l’issue d’un "dialogue compétitif", prendra en compte tous ces critères, ainsi bien sûr que la maximisation technique de la ressource énergétique selon des critères et investissement restant à définir. L’Etat souhaitant accroitre de 10% le potentiel hydroélectrique, notamment dans le cadre de l’objectif européen de 20% d’énergie renouvelable fixé pour 2020.

A noter que dans certains bassins comme sur la Dordogne ou la Truyère dans le Massif Central des concessions encore en cours seront néanmoins remises en jeu dans une logique de "système complet" de vallée, ce qui pourrait conduire un nouvel entrant à payer une forte compensation financière à l’exploitant sortant.

La concertation avec les acteurs locaux sera aussi un élément important du fait des multiples usages, parfois contradictoires de la ressource en eau (énergie, tourisme, sport, pêche, agriculture…). Dans ce cadre, des enquêtes selon le processus dit GEDRE (Gestion Équilibrée et Durable de la ressource en Eau) ont déjà été menées dans certaines vallées comme celle d’Ossau dans les Pyrénées. La vallée d’Ossau exploités par la SHEM (GDF-Suez) comporte 5 ouvrages totalisant 100MW dont les concessions arrivent à échéance ce début d’année et sur lesquelles E.on sera candidat.

"Dans tous les cas, il nous faut trouver le meilleur équilibre possible entre les parties prenantens, avec qui nous avons pris contact, dans le respect des équilibres financiers, des investissements à réaliser et de l’impératif absolu de la sécurité. C'est ce que nous faisons par exemple en Italie sur le Tibre. Nos ouvrages jouent un rôle de protection de Rome contre les innondations et ont aussi une grande fonction touristique", juge Luc Poyer. Mais, il faudra compter aussi avec les oppositions de certaines associations de protection de l’environnement.

La remise en concession des barrages comporte enfin un changement majeur décidé lors du Grenelle de l’environnement : l’exploitant devra s’acquitter d’une redevance annuelle. Son montant n’a pas été fixé par l’Etat mais elle devrait s’élever de 25% à 30% du chiffre d’affaires annuel à charge pour chaque candidat de proposer un taux dans la cadre du dialogue compétitif. Ces redevances seront partagées entre l’Etat et les départements, et à terme leur niveau atteindra des centaines de millions d’euros.

Les élections au printemps et la possible alternance politique pourraient retarder encore le processus de remise en concurrence mais dans un contexte de fortes tensions budgétaires, ces nouvelles redevances seront un sérieux stimulant !

A Terni (Italie), Pierre-Olivier Rouaud

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