Les Allemands entre résignation et inquiétude concernant le rachat d'Opel par PSA

Ce vendredi 17 février, le pays reste divisé sur l'éventuel rachat du constructeur français PSA sur Opel, entre chance de nouveau départ et peur pour le maintien des emplois.

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Les Allemands entre résignation et inquiétude concernant le rachat d'Opel par PSA

Trois jours après qu'un rapprochement entre Opel par PSA a été évoqué , les négociations prennent désormais une tournure plus politique. Hier, le secrétaire d’Etat Matthias Machnig (SPD) a ainsi été nommé pour coordonner les discussions entre les parties prenantes. Entendant rester ferme sur les positions du gouvernement, il a déclaré dès sa nomination : "L’Etat et les Länder veulent travailler main dans la main avec les représentants du personnel et les syndicats pour le maintien des lieux de production et des emplois chez Opel", reflétant l’inquiétude qui est en train de gagner le pays. Et d’enfoncer le clou : "il est indispensable que les employés soient intégrés aux discussions à venir. Seule la transparence peut redonner confiance". Avec ces propos, il rappelait que le gouvernement, tout comme le syndicat IG Metall, n’ont pas encore digéré le fait d’avoir été écarté des pourparlers entre les Français et les Américains.

Pour autant, ce vendredi, le ton est en train de changer et tourne à la résignation. En témoigne l’évolution des déclarations de la nouvelle ministre de l’économie, Brigitte Zypries (SPD). Alors qu’elle avait jugé "inacceptable" que GM et PSA aient négocié sans faire intervenir le gouvernement régional de Hesse, le Land qui abrite le site historique du groupe, elle juge aujourd’hui le rachat plausible. "Je pars du principe que cela se fera, a-t-elle déclaré hier, préférant toutefois parler de rapprochement et non de reprise. Il est vrai que les deux groupes se connaissent déjà bien. Depuis 2012, PSA et Opel ont en effet signé des accords de coopération pour le développement et la production de trois modèles, dont le nouveau Zafira produit en France à Sochaux/Montbéliard chez PSA et le successeur du C3 Picasso qui sera fabriqué en Espagne chez Opel.

Une marque bien implantée en Allemagne

C’est pourquoi, certains journaux, comme le Handelsblatt, vont même plus loin en estimant que le rachat par PSA pourrait être "une chance" pour la marque à l’éclair. Malgré sa petite taille (seulement 1,1 million de véhicules ont été vendus en 2015) et le fait qu’il appartienne à GM depuis 90 ans, Opel continue d’occuper une place dans le cœur des automobilistes allemands et reste bien implantée outre-Rhin. Plusieurs journaux n’hésitent d’ailleurs pas à critiquer la nouvelle stratégie de Mary Barra, la patronne de GM, qui préfère aujourd’hui se concentrer sur la rentabilité du groupe plutôt que sur la présence mondiale et la taille critique. "Cela pourrait même théoriquement enlever quelques chaînes à Opel", estime sans détour le Hessenschau, dans son édition d’hier. "La marque ne devra plus se cantonner à l’Europe. Pour les Français, la Chine est en effet, après l’Europe, un marché important", poursuit le journal régional, sous réserve que le gouvernement demande des garanties sérieuses à la marque au Lion.

Des craintes pour l'emploi

En effet, l’inquiétude grandit dans les principaux centres de production allemands, et principalement à Rüsselheim (Hesse). Le site, où sont notamment fabriqués les Insignia, les Zafira, ainsi que des composants et les boîtes de vitesse, emploie 8000 des 15 000 employés de la marque en Allemagne. Or, malgré une croissance de 9,4% du marché automobile au premier semestre, la question des surcapacités industrielles des deux constructeurs se pose. "Est-ce que ce rachat a du sens ?, se demande ainsi le journal économique Manager Magazin. Non. Les positionnements et les modèles sont en effet trop proches pour se compléter". L’expert automobile Ferdinand Dudenhöffer va également dans ce sens. Selon lui, "un regroupement de Peugeot et d'Opel ne produirait pas grand-chose, car les deux se marchent dessus en Europe. De plus, les deux entreprises ne sont pas assez représentées là où il y a de la croissance", à savoir sur les marchés émergents.

Pour finir, l’effondrement du marché russe et le Brexit du Royaume-Uni ont profondément affaibli la marque fondée en 1862. En conséquence, des licenciements chez Opel, en production, mais aussi dans tous les domaines connexes (marketing, vente, R&D…) sont à craindre. Ferdinand Dudenhöffer n’hésite d’ailleurs pas à avancer qu’ "un tiers des emplois à Rüsselheim pourraient être concernés". L’autre site à Eisenach (Thuringe), où sont produits les Corsa et les Adam (qui compte 1850 employés), et celui de Kaiserslautern, où 2100 employés fabriquent les moteurs et les composants, pourraient aussi être touchés. Une très mauvaise nouvelle pour le groupe qui tente de sortir la tête de l’eau depuis 2009. Les discussions ne font donc que commencer.

A Berlin, Gwénaëlle Deboutte

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